Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

dimanche 28 juillet 2019

comment empêcher les chiens d'aboyer ?

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce moyen d’empêcher les chiens d’aboyer, piqué dans Les œuvres magiques de Henri Corneille Agrippa : Dites, en entrant sur le territoire, et avant qu’ils vous aient senti, Terra Farra[1] Garra, par la vertu de mon couillon gauche, laissez nous passer, je m’en vais en débauche, répétez-le trois fois, retenant de la main votre couillon gauche et le tournant[2].



[1] L’ouvrage étant imprimé dans la typographie antique qui note f les s, il ne sera pas inutile d’essayer la formule Terra Sarra Garra

[2] Pour les filles, c’est plus dur.

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piedmarie3


Comment venir à bout des hémorroïdes...

Les maux les plus triviaux, et constants de l’humain, souvent prêtent à rire à ceux qui en sont exempts. Parmi ceux-ci, on pourra citer les hémorroïdes, qui depuis que l’homme est homme empoisonnent son existence. Il est rare, pourtant, de trouver dans la littérature un héros affligé de cette douloureuse affection. Je ne me souviens de l'avoir vue mentionnée qu’une fois lors de mes lectures, dans « Les âmes mortes » de Nicolas Gogol qui écrivait « Il soupa d’un cochon de lait, se déshabilla, se glissa sous la couverture et s’endormit aussitôt d’un profond sommeil, du merveilleux sommeil, apanage des heureux mortels qui ignorent les puces, les hémorroïdes et l’excès d’intelligence.

Or ce matin, vaquant à des lectures erratiques (les meilleures), je tombe dans l’Enchiridion Leonis Papae (publié pour la première fois aux environs de l’an 800 et gracieusement offert à Charlemagne) sur ce remède qui j’en suis sûre en intéressera plus d’un.

« Dites, en les repoussant trois fois avec le doigt du milieu de la main droite : Broka Broker, que dieu m’a fait, je ne les ai plus de par Jésus. Frottez les deux fois par jour avec du beurre frais mêlé de jus de morelle[1] ».

Si d’aventure cet antique expédient s’avérait inopérant, vous pourrez toujours tester celui recommandé par Henri Corneille d’Agrippa dans ses Œuvres Magiques en 1547 : « Prenez, du doigt du milieu de la main droite de la salive à votre bouche et touchez-en les hémorroïdes en disant : Broches, va-t’en, Dieu te maudit, au nom du père du fils et du saint esprit. Après quoi dites neuf Pater et neuf Ave. L’on continue pendant neuf jours, le second, on n’en dit que huit, et l’on diminue chaque jour en suivant l’ordre de retour. »

N’hésitez pas, surtout, à revenir sur ces pages pour me faire part des résultats…

 

 



[1] plante herbacée de la famille des Solanacées, appartenant à l'important genre Solanum, qui contient notamment la pomme de terre, l'aubergine, la tomate, et la douce-amère

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piedmarie3

vendredi 21 juin 2019

Un problème de timing...

J'ai consacré ces dernières semaines au polissage d'une traduction d'examen, travail qui m'a pris plus d'un an. Il me restait quelques points noirs ici et là, des choses pas jolies à améliorer. Ceux qui ont l'habitude des examens savent qu'il y a des erreurs à ne pas faire. Garder la tête dans le guidon par exemple, en négligeant d'aller s'aérer l'esprit sur Facebook par exemple. Hélas pour moi, c'est une erreur que je répète à chaque fois. Quand un problème m'obsède, je lui consacre tout mon temps, toute mon énergie, et jusqu'à mes heures de sommeil où tous mes rêves tournent autour de cette obsession. Comment traduire timing ? "The timing has to be right". A force d'employer des anglicismes, nous devenons incapables de les contourner. C'est ce qui est arrivé pour cette fois. J'ai gardé ce fatidique timing en français, bien consciente pourtant qu'il n'avait rien à faire là. Je vais payer cher mon erreur. Si j'avais, comme tout un chacun, fermé mon fichier pour aller faire un tour sur Facebook, j'y aurais trouvé de lien envoyé par un copain,

Le mot juste en anglais

Un blog destiné à tous les locuteurs français qui s'intéressent à la langue anglaise DE DIVONNE-LES-BAINS À LOS ANGELES : UN PONT ENTRE LE MONDE FRANCOPHONE ET LA CULTURE ANGLO-AMÉRICAINE

https://le-mot-juste-en-anglais.typepad.com


et j'y aurais trouvé toute prête la solution à mon problème. Le timing, c'est "le choix du bon moment". Bien fait pour moi. Mais aussi, Xavier, si tu m'avais envoyé ça par mail, je l'aurais lu dans la foulée, c'est de ta faute !

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jeudi 14 mars 2019

singing in the wind

Tout autour le ciel délavé à peine ponctué de sternes dessinait un linceul d’été. Les jupes des rares passantes s ‘envolaient de mistral, salé, mouillé à peine de quelques gouttes, comme un parfum vaporisé. Les pins parasols torturés montraient aux acacias frivoles qu’on n’ondule pas dans le vent quand on est né bien éduqué en restant droits dans les bourrasques. Ici et là des clebs amorphes imprimaient leur odeur fétide  à des jardins en déshérence clos de bambous mal équarris, des vieux aux pupilles transparentes parlaient entre eux des jours passés,  en désignant du bout ferré de leurs cannes à tenir courbé une môme aux mollets maigres prisonnière d’une corde à sauter, et sur les fils pendus dans l’air, les tourterelles faisaient entendre le même chant qu’hier et demain, le coucourou des jours qui passent, un jour brûlant, un jour glacé, sous le ciel ponctué de sternes qui dessine un linceul d’été.

 

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mardi 12 mars 2019

Aujourd'hui est un grand jour

Pas pour moi, et c'est bien normal vu les degrés de glandage auxquels j'atteins depuis quelques mois, mais pour mon copain de plume Christian Cottard, dont le premier ouvrage est enfin publié là :

https://tiretdu6.eu/accueil/37-du-sud-9782490274024.html?fbclid=IwAR3f9VWYVKy8UPx34bbAElmVik4LvYFLySQQakSae9-0WArYftq2tqQAQ_s

C'est présenté comme un recueil de nouvelles, mais à mon sens ce ne sont pas des nouvelles qu'écrit Christian (vous savez que je pinaille toujours sur les définitions). Ce sont des portraits. De vous, de moi, du monde comme il est. Surtout le monde du sud, mais pas que. Des portraits tout en finesse, écrits avec une plume bien chantournée, chaude et dorée comme une plume de faisan. Un faisant de mots rouges, dorés, brun d'automne ou bleu profond autour du cou, coup de maitre ou coup de grâce suivant le temps qu'il fait dehors. Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse suivre le fil et lire tout seuls. Bravo Christian. Son blog est là https://cestpourdire.blogspot.com/

 

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mercredi 7 novembre 2018

TedX

La dixième édition du TedX se tenait hier soir au Grand Rex. Une douzaine d’intervenants de tous horizons, pour certains visiblement morts de trac au début de leur show, étaient venus nous parler de l’Inconnu. Les grands fonds marins, l’Autre, l’Univers, le clitoris ou le Dark Web, et bien d’autres choses encore, toutes passionnantes. Un grand moment de découverte et de plaisir partagés. Un exercice d’autant plus difficile pour les conférenciers qu’ils ne disposent que d’un petit quart d’heure pour nous faire entrevoir leur champ de recherches. Allez donc faire rêver un néophyte à l’expansion de l’Univers en si peu de temps. Et pourtant, tous ont réussi leur pari, avec plus ou moins de bonheur suivant la réceptivité au sujet des auditeurs rassemblés là.

Dans les années 80, Françoise Gaill avait fait partager au monde sa découverte des créatures des grands fonds marins, nourries de sulfure dans des conditions si peu propices à la vie qu’elles faisaient figure d’extra-terrestres. Son micro exposé, hier soir, nous a rappelé à quel point la nature sait faire feu de tout bois. La nature a horreur du vide. Est-ce pour cela que l’univers est en expansion ? J’admets bien volontiers que les explications de Sandrine Codis n’ont fait qu’effleurer doucement mon cortex, mais les astrophysiciens sont des poètes, des rêveurs insensés qui pointent du doigt la cohérence des étoiles là où vous et moi ne voyons que poussière, et distinguer, grâce à eux, le contour vague d’un ordre sous-jacent est toujours une expérience magique. Mais l’intervention la plus marquante, et sûrement la plus importante, était sans doute celle de Ludovic Duguépéroux, marin de l’Aquarius, venu partager une vision du monde bien plus terre à terre et essentielle. On ne saurait, dit-il, faire passer les considérations politiques ou économiques avant l’humanité. Lui a vu, jour après jour, la détresse de ces hommes, femmes et enfants embarqués sur des radeaux d’infortune, rejetés par les hommes et la mer, mais toujours vivants d’espoir. L’espoir de vivre encore, encore un peu, tout simplement. Si son plaidoyer s’est achevé devant une salle debout, émue aux larmes par son récit, c’est justice, et c’est aussi la preuve que si Pétain n’est pas mort, la France des Lumières non plus. La lumière qu’il a fait naître dans le cœur et les yeux des gens, et qui continuera de briller, et d’accueillir l’Inconnu, d’où qu’il vienne.

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vendredi 10 août 2018

Les lupins de Victor.

D'avril à Novembre, ma grand-mère Victor passait ses journées au jardin. Un jardin essentiellement utilitaire, qui nous nourrissait une bonne partie de l'année, mais aussi foisonnant de fleurs. Elle aimait les Lys Harpagon (allez savoir, elle qui n'avait jamais lu Molière), les Bégonias, les Marguerites, mais sa plus grande tendresse allait à ses lupins. Tous les ans, Victor plantait d'immenses massifs de lupins roses, et tous les ans, elle se désespérait. A la mi-aout, ses lupins viraient au bleu sombre, l'un après l'autre, sans qu'elle pût jamais s'expliquer pourquoi. Aujourd'hui, j'ai trouvé la clé du mystère dans un livre sur les plantes. Victor, écoute bien, ça relève du merveilleux, et tu n'y pouvais rien.

Les lupins sont dotés de panaches de petites fleurs innombrables, aussi, pour s'assurer une pollinisation complète et une reproduction maximale, les lupins coopèrent avec les abeilles en leur signalant qu'une fleur a déjà été pollinisée en la faisant virer au bleu. Aucun risque, ainsi, que les abeilles n''oeuvrent en vain, ni qu'une fleur échappe à leur diligence. Mais aucune chance pour Victor de garder ses lupins roses une saison entière... ainsi va la nature.

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lundi 25 juin 2018

Prof de FLE.

Le sigle est encore étranger à beaucoup de gens. Ca veut dire Français Langue Etrangère. Mon public est exclusivement constitué de garçons africains de quinze à dix-sept ans, anglophones ou arabophones, certains ayant suivi un minimum de scolarité (jusqu'à la 6ème), d'autres n'ayant jamais vu un cahier de leur vie. Prof de Fle, c'est surtout de l'apprentissage sur le tas, faire flèche de tout bois et dans tous les registres. Ces gamins-là, comme bien des autres, ont un faible pour le dessin animé poilant. Les histoires de souris qui molestent les chats, ou de chats qui molestent les chiens, à grand renforts de dents menaçantes, de moustaches hérissées et d'yeux si expressifs qu'on se passerait sans doute fort bien de mots. Oui da, mais c'est que justement, on est là pour mettre des mots sur les choses, et donc à la deuxième lecture du dessin animé, je coupe les scènes et je leur demande soit de décrire, soit de monter un dialogue. C'est comme ça qu'on passe d'attendrissant à propulsé, de manger à mangeaille, bouffe, nourriture, se mettre un bon chat sous la dent... Il va sans rire, pardon, sans dire, que l'ambiance est joyeuse et leurs tentatives d'autant plus approximatives qu'elles sont noyées dans l'hilarité. Mais quand ils ont bien ri, je leur balance de la grammainre, et "sa li très méchant" devient "le chat est méchant". Evidemment, ils sont beaucoup moins enthousiastes. Seulement comme c'est moi le chef, il faut bien qu'ils s'y collent. Le temps devient poisseux, ils peinent. Les plus avancés en sont à leur seconde tentative pendant que le plus lent retourne pour la troisième fois son cahier, toujours pas sûr du sens... "putain l'est difficile bordil"... et puis au bout d'un quart d'heure, le plus impatient se lève et range ses affaires, à une heure de la fin du cours.

- Tu fais quoi là, Sanna, c'est pas fini...

- Moi partir minant Madame, moi savoir tout li conziguizon nickel.

- Je vois oui. Tu te fiches de moi ? allez, tu vas les faire au tableau.

- Mais Madame, moi iternié en plus !

- Quoi ?

- Comme li bonhomme, li iternié a cause li sa, li allerzique.

- Bon, tu m'écris ça en bon français au tableau et après je te lâche.

- Quoi écrit ?

-"Je suis allergique à la conjugaison."

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dimanche 3 juin 2018

Les premières cerises...

Il était minuit, ou deux heures, et enveloppée dans un burnous improvisé pour me protéger de ces saloperies de moustiques ardéchois, je contemplais les étoiles dans le jardin de ma mère. Ca sentait l'herbe sèche, le pin, le ventre de grenouille. Le ciel explosait de poudre scintillante, les montagnes, plus noires encore que la nuit, refermaient l'horizon. Les oiseaux s'étaient tus, et par intermittence, très loin, une mobylette tentait de se faire plus grosse que le boeuf. Maman relevait alors la moustiquaire de sa fenêtre et murmurait : "Tu as pas envie de cerises ?". Sans attendre ma réponse, elle glissait pieds-nus dans mon dos, s'accroupissait à mes côtés. "Viens on va faucher celles du vieux en bas." Sans abandonner mon burnous, je la suivais, on descendait la route sur le goudron collant, jusqu'au premier virage, on dévalait la côte du champ tondu ras et piquant sous les pieds. Elle connaissait le cerisier par coeur. Les branches basses, les fourches... Grimpe. Je grimpais. Les cerises étaient tièdes du soleil de la veille. On dévorait à l'aveuglette. La peau épaisse craquait sur les chairs gorgées de sucre, elle crachait ses noyaux en l'air dans l'espoir toujours vain de m'avoir au passage. Quand on était gavées, elle me disait descend. Mais invariablement, ce putain de burnous s'était pris dans les branches, et elle me rejoignait, dans sa chemise pâle, pour me libérer du piège vert. On rentrait en riant, les mains rouges du forfait toutes les nuits répété, et puis on s'endormait dans le soleil levant, au moment où les mouches reprenaient leur danse folle.

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vendredi 18 mai 2018

La mère de Saibou.

Saibou a quinze ans. Saibou est un enfant. Ou presque. Il a traversé l'Afrique, la méditerranée et l'Italie seul et à pied ou en bateau pour arriver ici, au pied des montagnes, dans le froid de l'hiver. La première fois que je l'ai vu, il attendait devant la porte de la Croix Rouge, un peu perdu, envoyé là par une assistante sociale pour apprendre à parler français. Une gageure pour lui qui n'était jamais à l'école. Il a rejoint la petite bande de gamins de son âge qui venaient au même endroit au même moment avec le même objectif. Ils étaient cinq, tous africains. Après quelques semaines, Saibou m'a demandé de lui apprendre à lire. Les autres, Boubou, Ahmed, Koulibali et Salim ont levé les yeux, intéressés eux aussi. J'ai pris une grande inspiration. Ils ne parlaient que quelques mots de notre langue, et apprendre à lire à l'adolescence, dans une langue que l'on ne connaît pas, quand on a aucun terrain d'apprentissage théorique, ça me semblait utopique. Mais bon, va pour l'utopie. On a commencé par l'alphabet. BA-ba. Un vrai casse tête pour trouver des mots qui soient simples à lire et qu'ils connaissent. A raison de quatre heures par semaine, dans des conditions qui provoqueraient une grève immédiate de n'importe quel syndicaliste sensé, on s'est mis au boulot. Après le cours, ils retournaient à l'église où un curé leur installait des matelas pour la nuit. Au cours des semaines qui ont suivi, leur situation s'est un peu améliorée. On leur a trouvé des places en foyer, avec des vrais lits, trois repas par jour, et même une connection wifi. Et jour après jour, on a avancé. "Putain, c'est dur lire, mais écriture, très dur!". Il ne leur a fallu pourtant que quelques semaines pour maîtriser le ba-do-pu-fi-ta-ché-ja. Nous ne nous rendons même pas compte de la ressemblance sournoise du d et du b, du t et du f, abreuvés que nous sommes de lecture depuis notre plus tendre enfance. Eux en chient, passez-moi l'expression. Et puis un jour, c'était la semaine dernière, le déclic s'est produit. Ils lisaient. Oh bien sûr, pas de philodendrons vermeil ou d'asphodèles enchanteurs dans nos exercices, mais les premières oeuvres de Ratus sont désormais à leur portée. Balo a trouvé le vélo de Ratus dans la rue, il le lui a ramené. Ils en sont maintenant à ce stade de lecture où la confiance s'installe et où, pressés de bien faire, tout ce qui commence par che est cheval, et ils ont pris l'habitude de se donner une tape sur la tête quand ils se font avoir par un piège, mais ils ont aussi commencé à parler, à me raconter leur histoire. Hier, j'ai emmené Saibou boire un café après le cours. Il était resté le dernier pour lire encore un peu avant d'aller manger. "Pas café moi, après la tête tout chaud". Il a commandé un coca, et on a profité du soleil en silence un moment. Je lui ai demandé s'il avait des frères et des soeurs. Il m'a dit que oui, il a une soeur de dix ans, qui est restée en afrique avec sa mère. Son père est mort. Alors l'année dernière, sa mère lui a donné tout l'argent qu'elle avait et lui a dit de partir en France. Et puis il s'est tu. Il regardait son téléphone fracassé, il attendait. Alors j'ai posé la question. Tu as pu téléphoner à ta mère depuis que tu es parti ? Oui, une fois, quand il est arrivé à Grenoble en décembre. Depuis plus rien. Téléphoner Afrique pas facile. C'est dur. Pas nouvelles.

C'est dur pour lui, ici, tout seul, sans personne à qui parler, sans nouvelles de sa mère. J'ai fini mon café, et puis, cherchant comment lui faire reprendre un peu d'espoir, je lui ai dit que la prochaine fois qu'il pourra parler à sa mère, il pourra lui dire qu'il sait lire. Il pourra lui dire aussi, mais ça je l'ai gardé pour moi, j'attends que l'assistante sociale confirme, qu'il a un appartement et qu'il va à l'école. Ca devrait se faire d'ici une ou deux semaines. Mais quand j'évoque la mère de ce môme, au fin fond de la Somalie sans nouvelles de ce fils auquel elle a renoncé pour lui donner une chance, j'ai du mal à refouler mes larmes. Alors je pense à ces gros cons de militants identitaires qui n'ont rien de mieux à faire que surveiller leurs petites frontières de merde dans l'espoir de stopper les nègres qui s'incrustent, et je me dis qu'on est plus nombreux qu'eux et qu'il y aura un avenir pour Saibou et pour les autres. J'espère.

Posté par Marie Fox à 09:00 - Comme je veux - Commentaires [4] - Permalien [#]

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