Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

jeudi 24 avril 2014

remue-méninges.

L'un des problèmes que rencontre l'étranger qui apprend le français, c'est l'usage des pronoms et des prépositions. Comment choisir entre "en" et  "y" "depuis" et "de » ? D’autant plus ardu que ces mots passe-partout sont parfois compléments, parfois préposition et qu 'il faut amener  l'étudiant qu'on a en face de soi à se plonger de son plein gré dans un panier de crabes. Expliquer simplement ce genre de choses, c’est impossible, et un examen un peu poussé de différentes grammaires vous en convainc vite.

Il y a s’emploie seulement dans un contexte passé, nous dit sans rougir le manuel de grammaire du Français langue étrangère de Hachette.

 Même dans « il y a un quart d’heure que je t’attends ? »

Exit la  grammaire spéciale langue étrangère, ça fait trop de fois que je la prends en défaut flagrant d’imbécillité. Je me suis donc, une fois de plus, tournée vers Grevisse, qui n’a que l’inconvénient de n’entrer pas dans la photocopieuse, ce qui m’oblige à me le recopier.

Je vous laisse ce passage exquis extrait du paragraphe B2 mentionnant l’usage contemporain qui « substitue depuis à de pour exprimer un point de départ, enregistré par l’académie depuis 1989 avec la mention « abusivement ». L’abus, si abus il y a, est fortement installé dans la langue littéraire. »

Suivent nombre d’exemples d’auteurs qui appellent leur mère depuis la cuisine, matent les boniches depuis le perron, ou planquent leurs chevaux pour qu’ils ne soient pas visibles depuis le chemin.

Bon, c’est pas le tout, va falloir que je synthétise toute cette grammaire anecdotique pour la rendre à la fois accessible et efficace. C’est pas gagné, d’autant que les étudiants ont le chic pour trouver –comme par hasard – LE exemple à la con qu’on est pas fichu d’expliquer de façon rationnelle, ne serait-ce que par la généralisation au 19ème siècle d’un usage finalement entériné, quoiqu’abusif, par notre vigoureuse académie à la fin du vingtième.

Tenez, à titre d’anecdote. L’un de ces jeunes gens me dit « Je suis allé en Italie par le tunnel du monT-blanC ». Je l’arrête, bien sûr. Les consonnes finales sont presque toujours muettes, on dit le Mont-Blanc.

« Bon, d’accord, je suis allé en Italie par le tunnel du Mont-Blanc, et je suis revenu par le tunnel de Fréju. » Hé ben ouais, c’est pas de bol, t’avais qu’à passer par ailleurs.

 

 

Posté par Marie Fox à 16:12 - equarissage - Commentaires [0] - Permalien [#]

piedmarie3


samedi 19 avril 2014

Le remède à la désespérance.

Une jeune demoiselle qui finit cette année sa licence, et qui fréquente ma cuisine pour que je la remette à niveau en anglais (et il y a du boulot) m’expliquait hier que lors de son dernier oral d’anglais, en janvier, le prof qui était assis en face d’elle s’est mis, sitôt qu’elle a commencé son commentaire de texte, à se taper ostensiblement le front sur la table. Elle a poursuivi quelques secondes, puis a ramassé ses affaires et est partie sans finir.

Des histoires comme celle-là, j’en entends souvent. Mais j’ai du mal à comprendre l’attitude de ces enseignants, qu’est-ce qui les pousse à ce genre de comportement ? Je n’y trouve qu’une explication rationnelle : ils se rendent compte, enfin, de la qualité médiocre de l’enseignement qu’ils procurent, et ça les désespère. Bien fait pour eux. Ils n’ont pas le droit d’enseigner la grammaire ? Et pourquoi, conscients du désastre auquel mène cette politique, ne prennent-ils pas le gauche ? Les entrepreneurs se mettent à l’abri des foudres du FISC en tenant une comptabilité secrète. Il ne serait pas plus difficile, pour les enseignants, d’occulter leurs cours de grammaire aux inspecteurs, en falsifiant sur le cahier de texte qu’ils doivent tenir le contenu du cours donné, et en demandant à leurs élèves d’avoir, pour la grammaire, un carnet noir, celui qui répertorie les informations cruciales à soustraire au regard de l’administration.

 

 

                                                                                                                                                           

Posté par Marie Fox à 11:07 - Les mômes. - Commentaires [1] - Permalien [#]

piedmarie3

vendredi 18 avril 2014

Marquez.

Il fut mon premier monstre. J’avais vingt ans, et notre prof de licence nous avait proposé de traduire les Chroniques d’une mort annoncée. Des heures de palabres, entre étudiants français et latinos ou espagnols, autour d’un café toujours froid, pour cerner chaque mot, soupeser chaque virgule, hasardant des formulations françaises que nous jugions faibles ou brillantes selon la forme du moment. Marquez ne nous faisait pas peur. Il y a fort à parier que nos traductions ne l’effrayaient guère non plus. Présomptueuse jeunesse… Ce roman, je l’ai tellement aimé que j’ai lu tous les autres. De Marquez,  mais aussi des autres latinos, qui savaient créer une atmosphère tellement réelle que j’avais le sentiment, en les lisant, de toucher du doigt leurs personnages, de sentir, imprégnée au cœur du papier, l’odeur de leur brouillards. Longtemps l’espagnol a été ma langue de prédilection, à cause d’eux, à cause de lui, du plaisir que je prenais à tourner leurs pages. Aujourd’hui, c’est lui, Marquez, qui a tourné la dernière page de son histoire, l’a close d’un point final. Mais peut-on mourir quand on a construit, de sa seule plume, le mythique Macondo ? Hasta la vista, illusionniste. Tu fus, tu resteras, le magicien de ma littérature.

Posté par Marie Fox à 08:49 - Je suis formelle. - Commentaires [5] - Permalien [#]

piedmarie3

mardi 15 avril 2014

Comment traiter la langue par le minimalisme....

Schtroumpfs

C'est bien connu, c'est lorsqu'on arrête de chercher qu'on trouve. Après avoir passé une bonne partie de mon week end à éplucher, sans grand succès, ma bibliothèque pour dénicher Le texte à proposer à mes élèves espagnols (voir le billet précédent), j'ai tout envoyé au diable et, munie d'un chiffon, me suis employée à dépoussiérer la tranche supérieure des bouquins. C'est sur une étagère depuis longtemps délaissée, celle qui héberge les premières lectures de mes enfants, que j'ai enfin trouvé ce qui me manquait. Là, entre  deux Spirou et un Cédric, il y avait deux albums des Schtroumfs. Merdalors ! mais voilà !

Hier soir, j'ai donné à mes élèves quelques planches des petits bonshommes bleus, et je leur ai demandé de remplacer chaque "schtroumf" intempestif par le mot approprié. Verbe conjugué, adverbe, adjectif ou nom, fournissant des équivalents, déroulant l'écheveau des mots pour les mettre en bobine, prêts à l'emploi, pour le plus grand plaisir de mes élèves, conquis par l'exercice. J'avais, à la fac, un prof particulièrement doué pour ça. D'un seul mot pris au vol, il faisait un feu d'artifice d'idiomatismes, touillant les termes dans son chaudron pour nous faire goûter à sa potion magique, inégalable. J'espère lui avoir fait honneur hier, et je vous recommande l'exercice avec des enfants de primaire - qui devraient aimer pareil.

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jeudi 10 avril 2014

Décourayant ?

Qu'on me pardonne mon manque d'assiduité sur ces pages, mais il fait beau, je bulle au bord du lac, et quand je ne bulle pas, je bosse. C'est justement ce qui me ramène ici. Depuis quelques semaines, je donne des cours de français à des espagnols, et l'exercice n'est pas si simple qu'il y paraît. Ce n'est pas pour rien que les enseignants de FLE (français langue étrangère) suivent une formation particulière. Je passe donc des heures à me constituter un réservoir de documents exploitables, qui tous soulèvent immanquablement des difficultés majeures. Un véritable casse tête pour mettre la main sur la page de BD, l'extrait de journal, le poème, le vers de Racine, de Vian, qui illustreront pile poil l'emploi adverbial d'un participe présent, la règle de l'élision, ou n'importe quel point de grammaire qui peut leur paraît insurmontable. Achille Talon fait des merveilles quand il s'agit de définir un champ lexical particulier. Les serpents qui sifflent piègent à tous les coups. Serpe qui sifflant ? Ben oui, ça semble improbable à celui qui est bien installé dans sa langue, mais ça dépayse quand on débarque, même si on a comme ceux-là déjà une relative maîtrise des bases. S'adresser à un public qui a le niveau de language d'un enfant de cinq ans, mais tout le reste au niveau Bac + 5, et qui s'impatiente des vices des passés simples du troisième groupe, c'est pas de tout repos. Heureusement, là, j'ai trois jours devant moi pour préparer le prochain cours. Je vais éviter Brassens cette fois, ils ont vraiment eu du mal.

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vendredi 28 mars 2014

Psychostasie.

 

 Sur le sable brûlant, rutilante luciole,

Brille le matador, insignifiant insecte au dard semeur de mort.

Il agace au début et de ses ailes roses

Danse sa vanité devant le lourd taureau.

Chaussé de noir et gainé d’or

Provoque de la voix la bête amorphe et sourde

Cambre les reins, bombe le torse

Esquive dans son vol une charge retorse[1]

Et de l’arène monte un cri

Les picadors sont là

Faisant luire au soleil leurs pointes enrubannées

Fières et colorées comme un jouet d’enfant

Olé

Olé toro !

Les rubans sont souillés du sang de l’animal

Qui souffre et qui s’essouffle

Le matador enfin troque son aile rose pour sa cape de sang

Muleta

Foulard pourpre et voile qui descend sur la vie du taureau.

Prends toi garde Animal

Sous le linceul l’épée déjà vise ton coeur

Gloire a toi Animal

Ton sang est dans leurs yeux pleins de bonheur sauvage à l’idée du trépas

Il sort de leurs trompettes un air de Te Deum

Quand enfin l’épée plonge pour le mettre à genoux

Il meugle sa souffrance une dernière fois

Et l’arène est debout

Viva el Matador

La tache s’élargit sur le sable brûlant et le fleuve des hommes en bon ordre s’écoule

On va boire et chanter

Et célébrer la vie

 

Et l’âme du taureau gémit sur les toits d’Arles et se perd dans la nuit.



[1] On dirait du Victor Hugo !

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samedi 22 mars 2014

Dame pipi psychologue.

Bixed5xIIAATge_

piqué dans Brilliant Adds.

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piedmarie3

mercredi 19 mars 2014

Pour prétendre écrire

m'explique un monsieur," il faut métriser parfaitement la langue."

Je vais faire un effort.

 

Posté par Marie Fox à 14:28 - entendu de mes propres yeux. - Commentaires [2] - Permalien [#]

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samedi 8 mars 2014

8 mars,

Journée de la femme de qui ? Vingt ans que je demande, et je n'ai toujours pas de réponse.

Posté par Marie Fox à 08:48 - Comme je veux - Commentaires [3] - Permalien [#]

piedmarie3

lundi 3 mars 2014

Ses aïeux.

Chéri est né dans les montagnes, celles qui jouxtent la Suisse, où l’on cause lent, en déformant tellement les voyelles qu'elles en deviennent méconnaissables. A écrire mes aïeux, il m’est apparu combien les siens m’étaient présents. Il fallait qu’ils prennent leur place. J’ai donc laissé mes doigts causer tout seuls sur le clavier, et à la relecture, je me suis trouvée vache. Vraiment ? Un peu sans doute, je les écris comme je les vois, influencée par mon histoire avec eux. Alors j’ai tout repris, poncé les angles, mais c’était pas bon.  

Et si, me suis-je alors interrogée, et si j’allais lire ce que les ethnologues en disent ?

Je vous laisse quelques extraits. Pour  les portraits, «  je suis après ». Ca veut  dire « je suis dessus ». Le Savoyard est fâché avec les prépositions, les   pronoms relatifs, et Vaugelas en général. C’est d’ailleurs l’une de ses plus remarquables singularités.  Il va en champ les vaches, rentre quand lui, et se pisse parmi si on lui en raconte une bien bonne.   Les extraits, donc, et moi qui me trouvais vache…

« Dans les communes les plus élevées, la plupart des mariages ont lieu entre jeunes gens de la même commune, aussi les femmes qui viennent d’une autre commune n’y sont-elles pas les bienvenues. Les filles de l’endroit gardent longtemps rancune contre le jeune homme qui est allé prendre femme ailleurs. Il n’est pas jusqu’au vieux curé qui ne  considère sa conduite comme une félonie, et à l’occasion il ne manquera pas de venger en chaire les filles de sa paroisse. Quant à la nouvelle venue, il faudrait qu’elle fût née sous une bien bonne étoile, ou qu’elle eût de la corde de pendu dans sa poche pour échapper à la malveillance des vieilles et des jeunes. »

« Un grand nombre de communes sont séparées même aujourd’hui par des antagonismes séculaires, soit de plaine à montagne, soit de part et d’autre d’une rivière et dans ce cas il y a une sorte d’interdiction pour les jeunes gens de prendre mari ou femme chez l’adversaire. »

« J’ai rencontré à plusieurs reprises une sorte de reste de l’organisation des clans dans les communes isolées : par exemple à Brison, il y a trois familles primitives qui d’abord étaient des clans autonomes et qui ne se sont fusionnés par intermariage qu’au cours du siècle dernier ; actuellement, le cousinage est tel que la règle endogamique se heurte aux prescriptions légales. « 

Piqué dans : De quelques rites de passage en Savoie. Arnold Van Gennep. 1910.

Brison, ce village où les clans subsistent encore (Van Gennep donne leurs noms, mais je ne les répèterai pas), c’est le village antagoniste de celui de chéri, de l’autre côté de la rivière.  

 

Posté par Marie Fox à 13:50 - mes aïeux - Commentaires [3] - Permalien [#]

piedmarie3



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