vendredi 27 janvier 2012
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J'aimerais bien savoir ce qu'il se passe avec mon PC depuis ce matin. Tout fonctionne, sauf le bureau. J'ai beau cliquer et doublecliquer sur les icônes, bernique, rien, aucune réaction. Je n'arrive à ouvrir ni programme, ni document, le mystère complet. De guerre lasse, j'alpague mon fils au passage.
- Tu veux pas regarder ce qui se passe ?
Il prend le PC , clique ici et là, et me rend le bidule, un sourire en coin.
- Je sais pas, tu demanderas à papa quand il rentre.
Allons bon.
C'est quand je l'entends rire dans l'escalier que la certitude me foudroie. C'est encore un de ses coups foireux. Je le course, le ramène au PC.
- C'est quoi le plan ? Je le tiens par son point sensible, le muscle du dessus de l'épaule, il risque pas de se barrer.
- Boooon, ça va, je vais te le réparer.
- Oui, mais avant tu me dis quoi.
- Une blague. J'ai fait une capture de ton bureau, et je l'ai mise en fond d'écran...
Le numéro des mères maltraitrées, c'est quoi ?
samedi 14 janvier 2012
Cours d'histoire...
L'une de mes charmantes élèves me déclare, en ouvrant son cahier de texte Au fait, mardi, j'ai un contrôle d'histoire! Sur les lumières du 17ème siècle. Allons bon, je sens qu'il va falloir une fois de plus recadrer un tout petit peu. 18ème siècle, ma belle, les lumières, c'est le 18ème. Je lui retrace le contexte, rappelle les leçons précédentes, insiste sur le rôle de Montesquieu et la séparation des pouvoirs. Elle prend des notes, assidue et toujours intéressée. Je jette un coup d'oeil sur son papier, histoire de reprendre mon souffle entre l'évocation du rôle de Julie Lespinasse dans les mathématiques de d'Alembert et quelques anecdotes sur Catherine de Russie. Les notes d'une gamine de treize ans, c'est toujours un plaisir esthétique, et quelquefois une source d'hilarité sans égale. Cette fois-ci, elle a fait très fort. J'en crache mon café : j'ai sous les yeux la preuve qu'il faut toujours, toujours, bien expliciter son propos quand on s'adresse à dles mômes.
Sous l'influence des lumières, les monarques absolus deviennent des spots éclairés.
Finalement, y'a pas plus beau métier que celui de prof. Le seul adulte qui ait jamais réussi à me faire rire plus qu'un élève de quatrième, c'est Greg, le père de notre trémulant Achille. Ca vient sûrement de leur point de vue sur le monde...
vendredi 13 janvier 2012
Prodigieuses créatures.
C'est le titre du dernier roman de Tracy Chevalier, surtout connue pour "La jeune fille à la perle".
Il fait référence, bien sûr, aux dinosaures découverts par Mary Anning sur les côtes du Dorset au début du 19ème siècle, avant la publication par Darwin de l'Origine des Espèces, à une époque où le rôle des femmes dans les découvertes scientifiques reste anecdotique. Bien que romancée, cette biographie de Mary Anning retrace fidèlement le parcours d'une jeune demoiselle qui, au sens propre comme figuré, a pris la foudre et ressucité des espèces depuis longtemps eteintes. Exploitée par les scientifiques de la Royal Académy, accusée de falsification par Cuvier qui juge plus qu'improbable la constitution du plésiosaure, elle aura, comme tant d'autres dont l'histoire a occulté le nom, largement contribué à remettre en question l'organisation statique du monde telle que prêchée par l'Eglise. A lire, donc, non seulement pour l'intérêt historique, mais aussi pour les agréables qualités d'écriture du texte.
lundi 9 janvier 2012
J'ai plus d'enfants!
Le plus jeune de mes fils, quinze ans aux dernières fraises, se prépare désormais activement à passer son bac de français et, réfractaire au commentaire composé préfère concentrer ses énergies sur la dissertation. L'exploration et l'organisation des idées, d'une argumentation réfléchie et construite n'est pas une si mince affaire. Il y faut du temps, du travail et - ça me flatte encore - les conseils avisés de môman.
Il me semble que c'était hier que je le guidais pour l'écriture de ses premières rédactions... mais la fraîcheur, la spontanéïté d'alors ont désormais fait place à une réflexion presque adulte. Je l'écoute m'exposer son sujet : Le roman est-il la meilleure forme littéraire pour défendre une cause ? l'aiguille par des questions, lui montre quelques pistes et le renvoie à son devoir qu'il me ramène, quelques jours plus tard, afin que je me livre à une relecture circonstanciée.
Trois feuilles doubles ? Tudieu chéri, t'as bien bossé !
L'expression est un peu chaotique, bousculée par l'urgence de ses vues. Il cause des romans, cite, argumente, fait valoir les qualités bien supérieures à son goût de l'essai, tout entier dédié à sa cause, lui, et illustre son propos par un exemple. Certes, Germinal est un roman prenant et bien écrit. Il n'en reste pas moins que les oeuvres de Marx ont plus fait pour les prolétaires que celles de Zola...
Allons, il faudra bien que je m'y fasse. La lecture des philosophes m'a tué mes saints innocents.
samedi 31 décembre 2011
Dans le dauphiné libéré d'aujourd'hui
"Les Suisses ont découvert le ski bien avant les Français, à cause des Anglais qui ont très tôt fréquenté leurs stations". Dans le genre connerie cosmopolite, on fait guère mieux !
samedi 17 décembre 2011
vice et versailles
C'est le titre du dernier bouquin d'Alain Baraton, qui a consacré sa vie à l'entretien du parc de Versailles. Un livre court, qui se dévore en deux heures, une approche des lieux savoureuse et très différente de celle des historiens, bref, un fascicule (1) que je vous recommande hautement !
(1) rappelons que le fascicule est, dans son sens premier, la quantité d'herbe que l'on peut porter sous son bras. Le terme est donc particulièrement approprié pour l'ouvrage d'un jardinier -)
mercredi 7 décembre 2011
Le mystère de la foi.
Si vous allez chercher dans le dictionnaire du cnrs (en lien) un équivalent à "certitude", vous vous verrez proposer "parole d'évangile". C'est de saison.
lundi 5 décembre 2011
Lire, être lu.
Les librairies à taille humaine, échoppes d'artisans où le libraire vous accueille en complice et sort de dessous son comptoir les perles qu'il vous a sélectionnées depuis votre dernière visite parce qu'il vous connaît bien et sait ce que vous aimez sont en voie de disparition. Le livre est devenu une industrie à part entière, livrée au marketting, à la visibilité de la marque. Certains auteurs sont sûrs du succès commercial : leurs bouquins sont disposés en piles monumentales à l'entrée et se vendent comme des biscuits. Nombre de lecteurs n'iront même pas fouiller plus loin. Comment l'immense cohorte des auteurs vit-elle l'obscurité qui entoure leurs livres ? Richard Beard répond à la question ici.
Pour mémoire, je vous rappelle que Richard Beard a publié deux bouquins en français (traduits par mes soins) que vous pouvez vous procurer et offrir ou vous offrir à Noël à ces adresses :
Le rugbyman nomade (pour les amoureux de l'ovalie)
Le porteur d'os (pour les amoureux de l'excellence).
mercredi 16 novembre 2011
T'as mal où ?
Au ventre, harg! à ne pas pouvoir me déplier pour me mettre debout. Ca fait quelques temps que ça dure, mais là, depuis deux jours, c'est intenable. Chéri m'enjoint d'aller chez le toubib. Mais les toubibs, j'aime pas. Alors je prends du doliprane. Autant mettre un emplâtre sur une jambe de bois. De guerre lasse, j'y vas. Chez le toubib. Il est sept heures du soir, et il m'engueule un peu. Non, vous ne rentrez pas chez vous, je vous fais un courrier et vous filez aux urgences.
Bon, si vous êtes sûr...
Les urgences, ça n'a pas changé. On me colle sur un brancard, électrocardiograme, prise de sang, glandage. Sur le coup des deux heures du mat, radio, puis examen gynéco... RAS. Finalement, deux heures plus tard, je vois débouler trois blouses blanches légèrement affolées. Perfusion d'antibios, antidouleur (enfin!). Je suis dans le coltar comme jamais avant. Qu'est-ce qu'il se passe ? je demande. Vous avez une sigmoïdite, me répond-on.
Sigmo-quoi ? Et puis finalement, je m'en fous, je voudrais juste dormir, trop naze. Je les entend causer de scanner, de perforation, et puis j'entends plus rien, je sombre. Je me réveille quelques heures plus tard quand un toubib passe me voir. Il m'explique. Sigmoïdite, c'est une infection de l'intestin due à des diverticules, minuscules hernies, l'équivalent d'une péritonite, mais dans le côlon. Ha bon. C'est pas grave alors?
Je ne cherche pas à vous faire peur, me répond l'homme en blanc, mais il vaudrait mieux qu'on puisse éviter l'opération dans l'état où vous êtes. Il faut d'abord calmer l'inflamation, et enlever à froid le morceau infecté. J'ai toujours eu du bol. Deux jours passent, puis trois... ça devrait jouer. Je commence à récupérer, j'ai moins mal. Au quatrième jour, c'est le chef de service que je vois arriver, suivi de sa pléthore d'internes et d'infirmières.
"Alors Elle va mieux ? Elle remonte la chemise que je l'examine ?"
Il me palpote le bide. "Elle a le ventre souple, la perforation se referme, si le mieux continue, Elle pourra passer aux antibiotiques Per Os d'ici deux à trois jours".
Des antibiotiques quoi ? qu'Elle demande, interloquée ?
"Per Os, par la bouche" qu'il me répond. "Nous autres médecins sommes très attachés au latin..."
Elle a pas le temps de s'entendre répondre : Oué, je savions bien ça, Diafoirus est jamais bien loin.
Elle voit tout de suite que c'était pas la bonne réponse. Le monsieur tique, d'autant plus que dans son dos internes et infirmières peinent à masquer leur hilarité (du latin hilariter, je me marre).
C'est tout de suite après qu'Elle se marre moins. Un mois de régime sans résidu (en gros pâtes, riz, patates), puis coloscopie, et opération. Je savais bien, moi, qu'aller chez le toubib c'était jamais une bonne idée... et en plus je ne sais toujours pas quel est le rapport entre la sigmoïde des matheux et celle des toubibs, mais finalement, je m'en fous...
vendredi 21 octobre 2011
Polésie à ma mère.
Elle disait le bonheur, c'est facile : comme de faire du vélo sans les mains, comme de danser jusqu'au petit matin. Elle disait dévorons, les cerises du voisin, il en a des milliasses, les abricots coulants de soleil ardéchois, les tagines d'Habiba, elle les fait comme personne. Elle disait cousons, des robes fanfreluches, des casquettes militaires ornées de mille boutons. Elle disait allez, filons à la rivière voir le soleil briller dessus les galets plats. Elle disait les étoiles dans le ciel de minuit couchée sur une paillasse au milieu du jardin. Elle disait, les mômes, allez chercher la balle, on se fait un rugby, tous les coups sont permis, même les poings dans la gueule, et elle se gênait pas pour nous latter la tronche et tirer le ballon entre deux arbres droits. Elle disait va fouiller, dans le carton du coin, y'a de vieilles cassettes d'au Théâtre ce Soir : les décors sont de Roger Hart. Elle disait sors les cartes, et aussi des amandes et puis du chocolat, je vous mets la pâtée. Elle disait arrête la voiture par là, y'a des roses trémières, je vais piquer des graines et on les plantera. Et on plantait les graines, et dessous sa fenêtre, y'a des roses trémières, une glycine folle, un chèvrefeuille doré, des lauriers, des lilas, et des iris partout qui font un ciel par terre d'avril jusques à juin.
J'ai dispersé ses cendres autour de l'olivier. J'ai ravalé mes larmes. Le bonheur c'est facile, même si tu n'es plus là.




