Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

vendredi 17 avril 2015

Les examens se profilent

et comme chaque année à cette période, ma cuisine grouille d'étudiants pour des révisions de fin de parcours. Ils sont, en général, plutôt au point sur la grammaire. C'est le vocabulaire qui leur fait défaut, et c'est bien naturel. D'abord, il y a tant de mots dans une langue (et surtout l'anglais) qu'il est impossible d'en faire le tour même en planchant dessus à plein temps, et ensuite, il y a le problème de la mémorisation. Apprendre des listes par coeur, ça vaut ce que ça vaut : pas grand chose. J'encourage mes étudiants à utiliser la méthode des "doublons sonores". A chaque mot nouveau, j'en associe un autre proche phonétiquement. La cigogne en pleine tempête, stork et storm, le plombier et la ventouse, plumber et plunger, la dispute pour un bracelet, wrangle et bangle, le cinglé excentrique, cranky crazy... on peut multiplier les exemples à l'infini et curieusement, la mémorisation est bien plus facile comme ça que si l'on se contente de les lister sans les associer. Hélas, quelques efforts que l'on fasse pour engranger le maximum de mots, on tombe à chaque page, je suis bien placée pour le savoir, sur un mot rare ou abscons qu'on ne connait pas, comme le shibolet(1), l'accipiter (2)ou le quacksalver(3) que l'on sera bien en mal de traduire sans dictionnaire, même avec des capacités surdéveloppées d'interprétation...

1) chibolet : terme d'une langue qu'il est impossible à un non natif de cette langue de prononcer correctement.

2) bandage sur le nez

3) imposteur qui se fait passer pour un médecin.

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piedmarie3


jeudi 16 avril 2015

Russia's greatest love machine...

Bon d'accord ça date déjà un peu, mais ça met toujours en forme le matin...

Boney M - Rasputin

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piedmarie3

mercredi 15 avril 2015

Du lard et du cochon.

Je passe un temps considérable (et pas seulement de lapin) à répéter à mes élèves qu'il faut appeler un chat un chat, et que la grammaire requiert un peu de rigueur. Aussi quand, aujourd'hui même je me suis embourbée dans l'erreur la plus élémentaire pour n'avoir pas fait la différence entre un gérondif et une forme progressive (je vous épargne le cours, mais c'est grave), je suis partie dans une recherche sur des bases complètement erronées dans mes bouquins de grammaire. Un peu la même situation qu'un physicien fatigué qui se serait planté dans une bête multiplication en démontrant une théorie compliquée et qui négligerait de la vérifier (sa multiplication) parce qu'il est pas physicien pour rien, il connaît son alphabet. Bref, je vous passe mes périgrinations de gourde obstinée comme obsolète à la recherche de mon Graal en plastique à trois balles dans des livres en papier, ainsi que le ridicule public, foutez-vous de moi vous aussi, c'est pas grave. Toujours est-il que ces périgrinations m'ont conduite à la découverte d'une nouvelle antonomase anglaise, le Belisha beacon qui désigne le bitoniau dans lequel est insérée la balle orange lumineuse qui trône aux deux extrémités des passages piétons chez nos voisins grands bretons, Belisha étant le nom du ministre des transports en fonction dans les années 30 lors de la mise en place de ces dispositifs ; et beacon se traduisant par "signal lumineux". Au sens figuré, a beacon of hope est une lueur d'espoir, et c'est mieux de conclure une journée là-dessus que sur le shame on you que mérite ma bourde. Hélas.

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piedmarie3

mercredi 8 avril 2015

Encore un extrait de Forsyth ?

Aujourd'hui, c'est de saison, les papillons.

Allez savoir pourquoi, dans toutes les langues du monde, on a apporté à la désignation du papillon une attention toute particulière, bien plus qu'a celle de toute autre créature.

De la norvège à la malaisie, ils portent des noms extraordinaires.

Le pluriel des noms du maltais n’a rien de commun avec le nôtre. Nous le marquons d’un s, ils utilisent la répétition du nom. Tables devient ainsi table table. C’est un système qui n’est pas dépourvu de logique. Un mot, une chose, deux fois le même mot, plusieurs de cette chose. Il arrive cependant qu’un mot soit au singulier la répétition de lui-même, comme pour le papillon, qui se dit rama rama. Il faudra donc dire, au pluriel, rama rama rama rama. Ce procédé de duplication du mot peut également être employé pour mettre l’emphase sur un verbe. J’aime se traduit par suka.  J’aime vraiment sera traduit par j’aime j’aime : suka suka.

Les anglais, eux, utilisent occasionnellement la répétition du verbe dans le même but d’insistance, quand ils disent par exemple I’ve got to, got to see this film. Il faut absolument que je voie ce film.

Bref, en Maltais on traduira donc j’aime beaucoup les papillons par Saya suka suka rama-rama rama-rama.

Les italiens les appellent farfalle et ont baptisé ainsi l’une de leurs variétés de pâtes qui ont la forme d’un papillon et qu’on trouve dans tous les supermarchés, bien que le plus souvent, hors d’Italie, on ignore leur véritable nom. Les américains, eux les appellent bow ties, rejoignant le nœud papillon des français, qui pourrait avantageusement être remplacé par une farfalle en cas d’urgence. En Russie le même mot baboshka désigne le papillon, la demoiselle, et le nœud papillon. Le mot est revenu en anglais et en français sous des orthographes légèrement maquillées babushka et babouchka, et désignent à la fois les femmes (de tous les âges) et les poupées russes.

En Norvège, le morne hiver fait disparaître tous les papillons, aussi lorsqu’ils émergent de leur chrysalide au début du morne été, on les nomme oiseaux d’été, somerfogl.

Les Français, sans surprise, ont emprunté le leur au latin papilio. Dans un accès de créativité, ils se rendirent compte un jour que les larges tentes dans lesquelles s’installaient les rois, durant les joutes, ressemblaient à des papillons, ils les rebaptisèrent illico papillons elles aussi,  léguant aux anglais le  pavilion qui trône au bout du Saint des Saints Anglais, le Lord’s Cricket Ground à Londres.

Pourquoi tant de complexité et de magnificence pour le papillon, alors que personne ne s’est jamais penché sur l’humble mouche ? La Musca  latine, mya en grec, a essaimé partout. Les anglais l’appellent fly qui signifie aussi voler.Plus utilitaire, tu meurs. Mais peut être que si le papillon a attiré l’attention de tant de cultures différentes, c’est que partout il incarne l’âme humaine libérée par la mort de son chapelet d’infortunes qui virevolte enfin gaiement dans les champs parfumés de l’au-delà.

Cette croyance était partagée par les maoris et les aztèques, dont la mythologie mentionne une déesse du nom d’itzpapalotl, la déesse du papillon d’obsidienne, une âme enfermée dans une pierre qui ne pourrait être libérée que par un autre dieu virelangue nommé Tezcatlipoca.

Les grecs pourraient bien avoir partagé un peu de cette croyance , eux qui nommaient le papillon psyché, allégorie de l’âme qui a donné naissance au magnifique poème des amours de psyché et de cupidon, et est à l’origine de l’étude de l’âme, la psychanalyse.

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piedmarie3

mardi 7 avril 2015

Cojones.

Dans toutes les langues, les attributs virils font recette. Les espagnols ne sont pas en reste, voir ici.

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piedmarie3



lundi 6 avril 2015

Antonomase.

Toujours piqué dans l'Etymologicon de Mark Forsyth (voir article précédent).

 

Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire. Le poète Elisabéthain Sir John Harington est l’auteur de ces vers :

Jamais trahison ne prospère : à cela est-il une raison ?

C’est que quand trahison fleurit, personne n’ose lui donner ce nom.

L’histoire, cependant, est plus juste que le langage, qui s’empare de votre nom pour en faire ce que bon lui semble. Il arrive quelquefois, pourtant, qu’il fasse œuvre de justice. C’est le cas avec le nom quisling, qui a le sens de « traître ».

Vidkun Quisling, un mathématicien prodige norvégien inventeur de sa propre religion, s’était mis pendant la seconde guerre mondiale dans un très mauvais cas en s’employant à convaincre les norvégiens de se rendre aux Nazis, espérant être récompensé par une présidence fantoche. Il mena à bien son plan, et dix semaines après sa nomination, on pouvait lire dans le Times : Le Major Quisling a apporté un nouveau mot à la langue anglaise. Son nom est pour les écrivains une bénédiction. Si on leur avait commandé un vocable inédit pour « collabo » ils n’auraient pas trouvé bien mieux. A l’oreille, il évoque quelque chose d’à la fois tortueux et glissant, visuellement, il a le mérite suprême de commencer par un Q, lettre qui (à une auguste exception près) n’est employée que pour qualifier le quidam quérulent.  Le Q du quignon de pain sec,  de l’immonde quenelle, le Q du quinquagénaire quinaud, le quitus du questeur,  le Q du Qui va là et du Qu’en dira-ton,  quintessence des bêtes quelconques.

Et après tout, bien fait pour lui. La langue n’est toutefois pas toujours du côté de la justice. De ces trois noms, Guillotine, Derrick[2] et Jack Robinson[3], lequel vous évoque un méchant ?



[2] Célèbre bourreau de Tyburn, il a par antonomase donné son nom au gibet anglais, puis aux tours de forage dont la forme évoque celle des potences.

[3] Nom du Gouverneur de la Tour de Londres de 1660 à 1679. Il est resté dans l’expression anglaise « before you can say Jack Robinson » qu’on peut traduire par notre « en moins de temps qu’il ne faut pour le dire ». L’une des hypothèses pour expliquer l’origine de cette expression est qu’elle se réfère à la vitesse de la hache tombant sur le cou du condamné, qui n’avait pas le temps de dire le nom du Gouverneur de la tour entre le moment où la hache se levait et celui où elle le touchait.

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piedmarie3

vendredi 3 avril 2015

Autopénectomie.

Cet article est extrait de l'Etymologicon de Mark Forsyth.

J'ai découvert ce passionnant bouquin voici quelques semaines lors d'un séjour à Londres, et j'ai demandé à l'éditeur la permission d'en traduire quelques extraits. Hélas, mon mail est resté sans réponse. Vous connaissez le proverbe : Qui ne dit no consent. Si toutefois mon entreprise les contrariait, mon mail est en haut à droite. Dites un seul mot, et en ces temps de pâques, vous serez exaucés. En espérant que la traduction soit à la hauteur de l'original, je vous laisse découvrir l'histoire de la création du Oxford Dictionary, l'équivalent, en plus gros (mais uniquement parce que l'anglais compte plus de mots) de notre Littré national, rédigé sensiblement à la même époque (enfin, soyons justes, un peu plus tôt).

 

Le dictionnaire anglais Oxford, le plus fantastique ouvrage de référence de tous les temps, est essentiellement le fruit de la collaboration d’un Ecossais qui n’avait fréquenté les bancs de l’école que jusqu’à l’âge de 14 ans et d’un criminel américain à la santé mentale défaillante.

L’écossais, un ancien gardien de vache du nom de James Murray, avait appris tout seul le Latin, l’Allemand, l’Italien, le Grec ancien, le Français, le Russe, le Tongien et probablement bien d’autres langues. Nul n’a jamais su exactement combien d’idiomes il maîtrisait, mais on s’accorde à en fixer le nombre aux alentours de 25. Murray devint instituteur et, pour que sa femme, malade, puisse recevoir les soins dont elle avait besoin,  vint s’installer à Londres. C’est alors, on était en 1960, qu’il devint membre de la Société Philologique, célèbre pour son amour des mots.

La société philologique s’était attelée à la rédaction d’un dictionnaire d’anglais qu’elle voulait plus complet que tous ceux qui l’avait précédé et finit par conclure un contrat avec les Presses Universitaires d’Oxford.  James Murray, toujours enseignant, prit la tête du projet.

Le dictionnaire d’Oxford devait retracer l’évolution de chaque mot de la langue anglaise, ses différentes acceptions listées par ordre chronologique et illustrées d’exemples d’auteurs. Compiler les citations n’était pas un problème, il n’était que de lire tous les livres rédigés en anglais,  mais Murray lui-même ne pouvait mener à bien cette tâche tout seul. Il publia donc des annonces afin de recruter des lecteurs volontaires[1], des gens qui affronteraient franchement les bibliothèques afin d’en extraire méthodiquement les phrases les plus représentatives.

Il nous faut cependant laisser Murray à ses lectures méthodiques un moment pour nous concentrer sur les personnes de Eastman et Lucy Minor, un couple de missionnaires qui avait quitté la Nouvelle Angleterre dans le louable but de convertir  l'île païenne du Sri Lanka au culte de Jésus. C’est là qu’en 1834 leur était né un fils, William Minor.

Hyper religieux, les Minor, très tôt, jugèrent excessif l’intérêt que portait leur fils à la gent féminine. Leur puritanisme les porta peut-être à exercer une répression démesurée, mais la suite des événements montre qu’ils n’avaient pas forcément tort. Ils expédièrent leur rejeton, avec toutes ses malles, dans un internat américain qui exercerait sur ses ardeurs l’effet d’une douche froide. On se souvient que  l’Amérique du XIXème siècle ne badinait pas avec les mœurs.

De la vie sexuelle de William Minor durant ses années d’internat, nous n’avons, Dieu merci, pas de trace. Il finit par s’inscrire comme étudiant en médecine à l’université de Yale, et dès le début de la guerre civile, s’engagea comme chirurgien de camp dans les rangs unionistes.

L’exercice de la médecine est en général assez plaisant. On guérit des patients, ça les rend heureux, et même s’ils ne guérissent pas, ils restent raisonnablement reconnaissants au médecin de ses efforts. Hélas, Minor se vit confier la tâche fort peu thérapeutique de marquer les déserteurs.

Il était de coutume de marquer au fer rouge les infortunés repris par l’armée qu’ils avaient désertée. Le D imprimé sur leur joue les dénonçait publiquement comme lâches. C’est à Minor que fut confiée la tâche de manier le fer et, détail important pour la suite de notre histoire, l’une de ses victimes était un immigré irlandais.

La guerre finie, il fut envoyé à New York, mais rapidement ses supérieurs, choqués de son opiniâtreté à fréquenter les bordels, le mutèrent en Floride. Le fait qu’il ait réussi à faire rougir des militaires donne à penser que les parents de Minor n’avaient peut-être pas si  mal jugé leur fils.

Il devint alors parfaitement fou ; on le renvoya de l’armée. Il emménagea en Angleterre, dans le quartier de Lambeth à Londres, quartier qui, coïncidence, regorgeait de putains. Mais les prostituées n’étaient pas le véritable problème de Minor. Son problème, c’était le marquage des déserteurs qui pesait lourdement sur sa conscience. Un jour, Minor rencontra un Irlandais du nom de George Merret et se figura qu’il était au nombre de ses victimes, venu à lui dans l’intention de se venger. Minor se procura un flingue et descendit l’irlandais. C’était déraisonnable, Merret n’étant pas défiguré par un D sur la joue, et c’était en outre illégal.

Au procès, on constata la folie furieuse de William Minor et il fut envoyé à Broadmoor, le nouvel asile à la mode pour criminels déments, pas aussi détestable pourtant qu’on pourrait l’imaginer. C’était un hôpital, pas une prison, et Minor était suffisamment pourvu d’argent pour se payer un serviteur et tous les livres qu’il lui plairait de lire. C’est alors qu’il tomba sur l’une des annonces de Murray.

Minor avait du temps à revendre, et l’avantage (toujours critique dans le domaine de la lexicographie) de la psychopathie. Il commença à lire, à lire, encore et toujours, relevant citation après citation, envoyant ses notes à Murray. Des centaines de notes, puis des milliers. Sa contribution au Dictionnaire Oxford serait telle que Murray dirait un jour que l’intégralité de l’évolution de la langue anglaise, des Tudor à l’époque moderne, aurait pu être retracée en utilisant uniquement les citations fournies par Minor.

Cependant jamais Minor ne fit savoir qui il était. Il n’était pas fier de son crime, et Asile pour criminels déséquilibrés de Broadmor n’était pas l’adresse la plus recommandable en Angleterre. Il signait ses lettres W.C. Minor, Crowthorne, Berkshire, ce qui, techniquement, était vrai. Crowthorne est la ville la plus proche de Broadmor.

Ce n’est qu’en 1890 que James Murray découvrit que son contributeur d’excellence, l’homme sur lequel était construit son dictionnaire, était un dangereux dément. Il sauta dans le premier train pour aller lui rendre visite, et l’amitié entre eux fut immédiate. Ils étaient fort différents, mais se ressemblaient comme des frères, également barbus et pourvus d’une abondante crinière blanche, également amoureux des mots. Murray essaya d’apporter tout le soutien émotionnel possible à Minor, sans pourtant réussir tout à fait. En 1902, Minor se tranchait le pénis.

Ce geste, désigné sous le vocable d’autopénectomie, ne doit être pratiqué qu’après mûre réflexion. Minor avait une bonne raison. Son confinement l’avait amené à la conclusion que ses parents et ses supérieurs de l’armée ne s’étaient pas trompés : tous ses problèmes venaient de son hypersexualité. Même s’il avait raison, il aurait pu faire ce qu’auraient fait la majorité des hommes soucieux de réduire leur appétit sexuel, ce que fit le théologien Origène, et s’en tenir à une amputation des testicules. L’un des problèmes posés par la pénectomie, c’est la difficulté à uriner. Rapidement, l’état de Minor se dégrada. En 1910, Murray obtint des autorités judiciaires que Minor soit relâché et renvoyé en Amérique où il finit ses jours, emportant dans ses bagages les six premiers volumes du dictionnaire. L’histoire, hélas, ne dit pas si cela le consola de la perte de son membrum virile.



[1] En fait, ces annonces parurent avant que Murray n’assume la direction du projet, mais nous nous appliquons à éviter les digressions.

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piedmarie3

samedi 28 mars 2015

Des jardins et des fleurs.

Le lecteur, plongé dans son livre, est comme le promeneur d’un jardín d’agrémement. Il suit les sentiers tracés parmi les massifs de roses, admire l’effet du vent qui joue dans les ajoncs à la pointe d’une pièce d’eau, admire le cadrage des fenêtres d’un kiosque à musique soigneusement tourné dans un bois odoriférant, sourit à une pierre posée là, qui évoque le profil d’un indien… Pourvu que le jardin soit réussi, le jardinier est oublié. Nul ne songe aux heures qu’il a passées dans une friche vierge, à élaborer patiemment les détails de son œuvre, sauf peut-être un autre jardinier.

L’auteur, comme le jardinier, trace ses méandres au cordeau, apprivoise son histoire, la contraint à épouser la nature du terrain. Si l’on trouve là de la rocaille, là des tulipes, c’est que la terre est propice ici à telle ou telle floraison. Celui qui est le plus à même de déchiffrer le plan du jardin de l’auteur, c’est le traducteur, qui se promène dans les allées avec l’œil d’un jardinier étranger, né sous un climat où ne poussent pas les mêmes variétés. Trouve-ton des baobabs dans un jardin breton ? Il se prend à rêver de reconstruire chez lui le même jardin, de reproduire les mêmes effets en s’adaptant aux essences qui pourront fleurir sous son ciel. De temps en temps, il découvre une plante qui lui est inconnue, dont il ne trouve nulle mention dans ses almanachs. Il en prélève alors une bouture et la transplante en espérant qu’elle prenne. Et puis, son jardin reconstruit, il y promène un œil critique. Ce bleu, là, n’est pas tout à fait celui qu’il espérait, et en le contemplant de plus près, il s’aperçoit, mais oui, que sans s’en rendre compte il a trimballé sous ses chaussures quelques graviers du jardin d’origine qui sont venus se déposer dans le sien. C’est ainsi que, des années après avoir traduit « le porteur d’os » de Richard Beard, j’ai découvert, en préparant un cours d’anglais pour des élèves architectes, le nom d’un représentant du Bauhaus qui m’était étrangement familier. Moholy-Nagy. Moholy, c’était le nom de l’un des personnages du livre, et Nagy, celui de la femme de l’auteur. Coïncidence ? Non bien sûr, clin d’œil de l’auteur à son histoire personnelle, appuyé par la consonance du nom. Dans une histoire de Saintes Reliques, le Holy (en anglais « sacré ») venait juste à point relever l’odeur d’épices d’un massif de giroflées autrement innocent. Mais l’innocence n’est pas le point fort des auteurs, qui se plaisent à cacher sous la plus humble marguerite une perle où tous les lecteurs, même les plus attentifs, ne verront qu’un caillou.

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piedmarie3

lundi 23 mars 2015

Je hais les jeunes.

C'est récent, mais c'est sincère. En milieu de semaine dernière, je m'engouffre dans une rame bondée du métro de Londres, qui aux heures de pointe vaut bien celui de Pékin. Derrière moi, on pousse, devant aussi. Je me retrouve coincée entre des dizaines de torses, de jambes, brinqueballée sans même pouvoir me retenir à une barre ou un dossier de siège. Un brusque à-coup me fait vaciller plus ostensiblement. Et là, une môme de vingt ans, avec un large sourire, me cède sa place assise. Mon fils, près de moi, peine à cacher son hilarité.

M'enfin ? j'ai l'air à ce point délabrée ?

Je vous le dis, je hais les jeunes.

Posté par Marie Fox à 08:05 - equarissage - Commentaires [5] - Permalien [#]

piedmarie3

lundi 16 mars 2015

journée de la langue française.

Ben tiens. C’est qu’il est urgent de lutter contre l’invasion de l’anglais dans notre langue de Molière à nous. Nos politiques insistent. Si les moins de trente ans aujourd’hui ne sont pas foutus d’identifier un passé simple, si les étudiants en droit pensent qu’un homicide est un meurtre commis à domicile, ce n’est pas parce que nous avons donné naissance à des générations de crétins, c’est la faute à Shakespeare.

M’enfin, a-t-on jamais entendu les anglais se plaindre de ce que la moitié de leur vocabulaire est français ? Leur discours quotidien est ponctué de français bien plus que le nôtre d’anglais. Faites un test, notez, sur une journée, le nombre de mots anglais que vous entendez dans la conversation. Vous allez garer votre voiture au parking près du squat, envoyer trois mails, planifier votre week end et avec un peu de chance, l’un de vos collègues fera son coming out en live au bureau, mais c’est à peu près tout.

Ouvrons maintenant un dictionnaire anglais à n’importe quelle page. Ici  le volume 4 de mon Harraps de compétition à la page R.60 :

Rivet ; rivière (de diamants) ;  robe ;  rocaille ; rocambole ; rochet ; rodomontade ; rognon ; rogations ; rôle. On pourrait y ajouter ceux qui, à la finale près, sont issus du français : riziform, robust etc…

Doit-on vraiment poursuivre la démonstration ?

Que les marketteux cessent de nous agoniser de « must haves » (sic), je demande pas mieux. Qu’on fasse ce qu’on peut pour que les générations scolarisées acquièrent une meilleure maîtrise du français, c’est une bonne idée. Mais cessons de prétendre que l’anglais nous envahit. C’est, ça a toujours été le contraire !

Posté par Marie Fox à 14:13 - Comme je veux - Commentaires [3] - Permalien [#]

piedmarie3