Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

samedi 28 mars 2015

Des jardins et des fleurs.

Le lecteur, plongé dans son livre, est comme le promeneur d’un jardín d’agrémement. Il suit les sentiers tracés parmi les massifs de roses, admire l’effet du vent qui joue dans les ajoncs à la pointe d’une pièce d’eau, admire le cadrage des fenêtres d’un kiosque à musique soigneusement tourné dans un bois odoriférant, sourit à une pierre posée là, qui évoque le profil d’un indien… Pourvu que le jardin soit réussi, le jardinier est oublié. Nul ne songe aux heures qu’il a passées dans une friche vierge, à élaborer patiemment les détails de son œuvre, sauf peut-être un autre jardinier.

L’auteur, comme le jardinier, trace ses méandres au cordeau, apprivoise son histoire, la contraint à épouser la nature du terrain. Si l’on trouve là de la rocaille, là des tulipes, c’est que la terre est propice ici à telle ou telle floraison. Celui qui est le plus à même de déchiffrer le plan du jardin de l’auteur, c’est le traducteur, qui se promène dans les allées avec l’œil d’un jardinier étranger, né sous un climat où ne poussent pas les mêmes variétés. Trouve-ton des baobabs dans un jardin breton ? Il se prend à rêver de reconstruire chez lui le même jardin, de reproduire les mêmes effets en s’adaptant aux essences qui pourront fleurir sous son ciel. De temps en temps, il découvre une plante qui lui est inconnue, dont il ne trouve nulle mention dans ses almanachs. Il en prélève alors une bouture et la transplante en espérant qu’elle prenne. Et puis, son jardin reconstruit, il y promène un œil critique. Ce bleu, là, n’est pas tout à fait celui qu’il espérait, et en le contemplant de plus près, il s’aperçoit, mais oui, que sans s’en rendre compte il a trimballé sous ses chaussures quelques graviers du jardin d’origine qui sont venus se déposer dans le sien. C’est ainsi que, des années après avoir traduit « le porteur d’os » de Richard Beard, j’ai découvert, en préparant un cours d’anglais pour des élèves architectes, le nom d’un représentant du Bauhaus qui m’était étrangement familier. Moholy-Nagy. Moholy, c’était le nom de l’un des personnages du livre, et Nagy, celui de la femme de l’auteur. Coïncidence ? Non bien sûr, clin d’œil de l’auteur à son histoire personnelle, appuyé par la consonance du nom. Dans une histoire de Saintes Reliques, le Holy (en anglais « sacré ») venait juste à point relever l’odeur d’épices d’un massif de giroflées autrement innocent. Mais l’innocence n’est pas le point fort des auteurs, qui se plaisent à cacher sous la plus humble marguerite une perle où tous les lecteurs, même les plus attentifs, ne verront qu’un caillou.

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piedmarie3


lundi 23 mars 2015

Je hais les jeunes.

C'est récent, mais c'est sincère. En milieu de semaine dernière, je m'engouffre dans une rame bondée du métro de Londres, qui aux heures de pointe vaut bien celui de Pékin. Derrière moi, on pousse, devant aussi. Je me retrouve coincée entre des dizaines de torses, de jambes, brinqueballée sans même pouvoir me retenir à une barre ou un dossier de siège. Un brusque à-coup me fait vaciller plus ostensiblement. Et là, une môme de vingt ans, avec un large sourire, me cède sa place assise. Mon fils, près de moi, peine à cacher son hilarité.

M'enfin ? j'ai l'air à ce point délabrée ?

Je vous le dis, je hais les jeunes.

Posté par Marie Fox à 08:05 - equarissage - Commentaires [5] - Permalien [#]

piedmarie3

lundi 16 mars 2015

journée de la langue française.

Ben tiens. C’est qu’il est urgent de lutter contre l’invasion de l’anglais dans notre langue de Molière à nous. Nos politiques insistent. Si les moins de trente ans aujourd’hui ne sont pas foutus d’identifier un passé simple, si les étudiants en droit pensent qu’un homicide est un meurtre commis à domicile, ce n’est pas parce que nous avons donné naissance à des générations de crétins, c’est la faute à Shakespeare.

M’enfin, a-t-on jamais entendu les anglais se plaindre de ce que la moitié de leur vocabulaire est français ? Leur discours quotidien est ponctué de français bien plus que le nôtre d’anglais. Faites un test, notez, sur une journée, le nombre de mots anglais que vous entendez dans la conversation. Vous allez garer votre voiture au parking près du squat, envoyer trois mails, planifier votre week end et avec un peu de chance, l’un de vos collègues fera son coming out en live au bureau, mais c’est à peu près tout.

Ouvrons maintenant un dictionnaire anglais à n’importe quelle page. Ici  le volume 4 de mon Harraps de compétition à la page R.60 :

Rivet ; rivière (de diamants) ;  robe ;  rocaille ; rocambole ; rochet ; rodomontade ; rognon ; rogations ; rôle. On pourrait y ajouter ceux qui, à la finale près, sont issus du français : riziform, robust etc…

Doit-on vraiment poursuivre la démonstration ?

Que les marketteux cessent de nous agoniser de « must haves » (sic), je demande pas mieux. Qu’on fasse ce qu’on peut pour que les générations scolarisées acquièrent une meilleure maîtrise du français, c’est une bonne idée. Mais cessons de prétendre que l’anglais nous envahit. C’est, ça a toujours été le contraire !

Posté par Marie Fox à 14:13 - Comme je veux - Commentaires [3] - Permalien [#]

piedmarie3

mercredi 11 mars 2015

Traducteur, un métier d'avenir.

J'entends souvent dire autour de moi que les traducteurs sont désormais une espèce rendue obsolète par les progrès de l'informatique. Mes élèves, mon entourage, ne cessent de me répéter que n'importe quel traducteur automatique sera bientôt capable de faire de la grande littérature, et même de la poésie, et ça me fait doucement rigoler. Nous ne devons pas avoir la même perception de la littérature. 

M'enfin, ouvre les yeux, va sur google et tape n'importe quoi dans google trad, tu verras, tu l'as INSTANTANEMENT;

Voilà bien le mot clé. On pourrait donc faire de la littérature instantanée ? Mais alors les auteurs, qui planchent des mois, voire des années sur un même texte seraient encore plus arriétés que les traducteurs, et on pourrait lire Finnegans Wake en chinois d'un simple clic du pouce alors qu'il a fallu dix-sept ans à Joyce pour l'écrire, dix ans à Philippe Lavergne  pour le traduire en français et huit ans à Dai Conrong pour en faire une version chinoise ?

Allons, j'entends déjà les mauvais esprits ironiser. "T'es sûre que Joyce l'a pas écrit en chinois son Finnegans ?" Si j'ai pris cet exemple-là, c'est à dessein. Parce que c'est le plus grand défi auquel un traducteur puisse se confronter. Même les oulipos, comme la célèbre "disparition" de Perec peuvent, pourvu qu'on soit prêt à y passer dix ans, subir l'épreuve de la traduction. Pour traduire, ne serait-ce qu'un simple article de journal, il faut "déverbaliser" ce qu'on a lu dans la langue source avant de le restituer dans la langue cible. La comparaison que je m'apprête à faire est peu flatteuse, mais elle me semble juste. Selon que vous vous gavez de chocolat ou de melon, votre caca n'aura pas la même consistance. Il est même certain que votre organisme aura besoin de plus de temps pour la transformation du chocolat que pour celle du melon. Si l'on veut poursuivre l'analogie, on conviendra que l'usage d'un laxatif, ou d'un dictionnaire, pourra faciliter la digestion du chocolat, alors que l'abus de melon pourra vous contraindre à l'usage de l'immodium, ou d'une grammaire solide. Traduire, c'est digérer. Avaler des mots et les restituer sous une forme différente. La seule différence avec la digestion, c'est qu'au bout du processus, vous devrez restituer, avec la matière sèche, tous les nutriments, toutes les vitamines que vous aurez absorbés avec la langue source. Ca, c'est quelque chose qu'un logiciel ne saura jamais faire, un logiciel de traduction, ça transforme, comme un tube digestif, le mets le plus raffiné en caca. Pour chier du Bocuse après l'avoir mangé, il faut se servir de sa tête en plus de son intestin, reprendre un par un les ingrédients et accommoder leurs saveurs. Transformer un Irish Stew en Daube Provencale ou en Fondue Chinoise, c'est pas à la portée d'un robot ménager, et les traducteurs ont l'éternité devant eux, n'en déplaise aux amateurs de junk food.

 

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piedmarie3

lundi 2 mars 2015

trève de plaisanteries,

Je ne voulais pas évoquier le sujet "à chaud" en rentrant de mon court périple à Pékin, mais voilà une semaine que je suis revenue, et l'impression première ne s'efface pas. Quand on me demande "Alors, Pékin, c'était comment ?" une seule réponse me vient. C'était l'apocalypse. Nous le savons tous, l'air de Pékin est pollué. Mais nous manquons de références pour cette pollution-là. L'indice qui sert à la mesurer s'étale de 0 à 300 et plus. Sur les huit jours que j'y ai passés, quatre affichaient un taux de pollution supérieur à 300, avec un pic à 538 le lendemain de mon arrivée. Durant les quatre autres, le taux variait entre 150 et 250, qualifié de "condition d'urgence". Au delà de ce seuil, les risques sont immédiats : les particules fines sont susceptibles de provoquer tout un tas de joyeusetés allant de l'infarctus à l'AVC. Concrètement, l'empoisonnement de l'air se manifeste par une visibilité très limitée, c'est à dire inférieure à dix mètres. Maux de tête garantis, irritation des yeux, goût de sable dans la bouche. Ces jours-là, Pékin marche au ralenti. Les cyclistes peinent à avancer, qu'importe, il faut bien, malgré les recommandations sanitaires qui conseillent de rester chez soi, aller bosser. Malgré notre désir de voir Pékin, nous n'avons fait que de courtes incursions dans la ville. Un jour, et un seul, l'air est redevenu respirable.

Curieusement, c'est le seul "problème" de ce pays communiste qui soit évoqué à la télévision chinoise. Même sans comprendre le commentaire, on arrive à suivre la tragédie de cette agricultrice (Pékin est entouré de vergers) qui furax, brandit ses mandarines marron à la face de l'industriel dont les cheminées dégorgent abondamment leur fumée noire sur les arbres. La récolte est bonne pour la poubelle. L'industriel, l'air bon enfant, proteste des dénégations. C'est pas sa faute. C'est la fatalité. La même fatalité qui fait que nombre d'enfants naissent là-bas avec des tumeurs diverses, ou développent des cancers des poumons avant d'avoir atteint leur septième anniversaire.

La vie d'un Chinois, c'est pas nouveau, vaut moins que celle de n'importe quel européen. Combien de temps seront-ils prêts à l'accepter ? Quand on voit la vénération qu'ils continuent à porter à Mao, dont le mausolée, place Tien An Men, ne désemplit pas, on se dit que la prochaine révolution n'est pas pour demain. Pourtant, à l'échelle individuelle, ils font bien plus que nous pour limiter les dégâts. Mobylettes électriques, systèmes de chauffage non polluants, tri des déchets sont bien plus développés à Pékin que chez nous. Hélas, leur goût pour les grosses cylindrées et l'exploitation du charbon à grande échelle viennentt largement contrebalancer leurs efforts.

Chonchon, qui vit là-bas depuis quelques mois, me disait qu'on pourrait rebaptiser la Chine "Le pays où l'on ne voit jamais le ciel". Il n'a pas tort. Il faut faire soixante dix kilomètres hors de Pékin pour voir enfin le ciel. Un soir, pourtant, en rentrant à l'hotel, j'ai dit à mes garçons. Regardez, on voit la lune. Ils ont levé le nez, et se sont mis à rire. C'est pas la lune, c'est un réverbère. Tellement perdu dans le brouillard qu'il ne distribuait qu'un faible halo de lumière, à deux mètres au dessus de nos têtes.

Alors, comment c'était, Pékin ? C'était l'apocalypse. Le seul endroit du monde où, malgré ses merveilles, je ne retournerai jamais.

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lundi 23 février 2015

A Pékin, pour la Saint Valentin,

les vioques ont peur de rien.

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Posté par Marie Fox à 09:28 - A Pékin - Commentaires [3] - Permalien [#]

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A Pékin

on fait des chats de neige.

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Posté par Marie Fox à 09:17 - A Pékin - Commentaires [1] - Permalien [#]

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A Pékin,

au marché, on vend des brochettes de scorpion, de mille-pattes bien gras, et même de serpent. Mes garçons trouvent que ça a le même goût que des chips...

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Posté par Marie Fox à 06:58 - A Pékin - Commentaires [1] - Permalien [#]

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dimanche 22 février 2015

A Pékin, y'a plein de pékinois.

P1010158Pour aller quelque part, il faut être très patient, et apprendre à rendre les coups de latte que ces messieurs-dames distribuent généreusement pour se faire de l'espace.

Posté par Marie Fox à 18:45 - A Pékin - Commentaires [3] - Permalien [#]

piedmarie3

A Pékin

Les cars de flics ressemblent à des camions à glace anglais...

P1000960et les uniformes ne sont disponibles qu'en deux tailles. Petit ou grand. Les infortunés policiers qui se situent entre les deux sont affublés de manteaux trops longs dont les manches excèdent largement la longueur des bras, leur conférant une allure plus comique qu'intimidante.

Posté par Marie Fox à 18:37 - A Pékin - Commentaires [1] - Permalien [#]

piedmarie3



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