Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

vendredi 5 février 2016

Je vous demande de vous arrêter.


Il est temps de faire face aux contradictions de la langue française et à son insondable (pas loin, même en remontant dans l'étymologie des divers patois) complexité. J'étais moi-même petit puriste à la noix avant de me retrouver devant de vrais apprenants et de voir l'étendue du problème. Les premiers grands grammairiens, bien que très compétents, n'en restaient pas moins des prophètes arbitraires. Ce n'est pas parce que Vaugelas l'a dit qu'il faut le faire eternam.
Décoincez-vous un peu et relativisez, votre français chéri ne passe pas à la trappe et personne ne vous empêchera jamais d'écrire nénuphar, d'enchaîner les circonflexes et de faire des fautes (parce que je vous assure que vous en faites, et pas qu'un peu) à l'accord des noms composés.
Une langue vivante est une langue qui change. Restez paisibles.

C'était le mot du jour de mon Chonchon qui m'attendait sur skype au réveil. Sa réaction ne me surprend pas, les langues et leur enseignement étant un sujet qui nous a toujours rapprochés. Il m'a fait me ressouvenir d'un article que j'avais écrit voici une bonne dizaine d'années, au moment de la réforme de la langue allemande. Je vous le laisse ci-dessous, histoire d'agrémenter votre réflexion personnelle et de vous présenter l'avis d'un vieux con après celui d'un plus jeune.

Orthographe[1] : Deux régions allemandes sur les seize existantes ont récemment refusé de mettre en œuvre la réforme de l’orthographe résolue par les instances compétentes en 1998 et qui depuis faisaient cohabiter l’ancienne et la nouvelle. Les nouveautés les plus marquantes sont l’ajout d’une consonne surnuméraire dans le cas de mots composés dont (concentrez vous) les deux dernières lettres du premier mot sont identiques à la première du dernier : on écrivait jusqu’à présent le maître nageur schwimmester, de schwimmen, nager, et meister, le maître,  ce qui somme toute peut sembler logique.

Nenni nous dit-on, il faut écrire schwimmmeister, avec trois m.

Il a également été décidé de supprimer la estzet, délicieux paroxysme, après les voyelles courtes, pour le remplacer par deux bêtes et insipides s, et dans le souci de ne pas handicaper les moins cultivés des Allemands, d’écrire phonétiquement les mots d’origine étrangère.

Quand à la place de la césure, elle est toujours en discussion, et complètera ultérieurement les mesures déjà prises pour simplifier l’orthographe.

Encore et toujours, grammatici certant, et adhuc sub judice lis est « les grammairiens discutent, mais le procès est toujours devant le juge »[2]

                                                                                   

En France, la dernière réforme de l’orthographe date de 1990, et consacre désormais d’antipoétiques hérésies de l’ordre des « douçâtre » et autres joyeusetés.

On enlève ses ailes à l’imbécillité, on dote le combatif de deux t et le persifleur de deux f, on émascule oignon en une ognonesque imposture… Autant être réduit à sucrer le café à l’immonde saccarine dont on sacrifie l’h en lui laissant deux c.

Plus de têtes qui dépassent, on régule à grands coups de pieds dans le cul les mots composés pour mieux leur châtrer l’improbable pluriel, et les chauvesouris sont légitimées par des jeanfoutres qui veulent également nous niquer les accents et nous déplacer les trémas[3].

Régulation de la langue, nous dit-on. Inssurjons nous.

S’il faut pour réguler tuer la poésie, dérégulons, osons la liberté de modifier, chacun à son échèle (on y viendra) la déraison des mots. S’il faut, de vive force, simplifier l’orthographe, que ce soit, comme le font nos enfants, dans un feu d’artifice de créationalisme. Tout sera toujours beaucoup trop compliqué, vivons les accords libres, puisque déjà laisser déserte l’errant[4].

Lors, s’il faut simplifier, allons au bout des choses, et laissons chacun à son gré baliser l’orthographe, les vieux cons pourront au moins jouir du plaisir de laisser son h au sorgho, et de risquer, à chaque pas, la chausse-trape, par bonheur, par plaisir, par goût du risque même.

Quand à perdre douceâtre, j’en pâlirais d’ennui.

Les grammairiens se comportent bien souvent comme des « passéistes ignorant le passé »[5], ils sont des spécialistes qui ne peuvent embrasser au cours de toute leur vie qu’une partie dérisoire de la vérité qu’ils recherchent. Peut-être juste parce que c’est drôle et qu’ils sont à la fois cinglés et intemporels.

Pourquoi simplifier l’orthographe pour s’arrêter toujours à mi-chemin ?

De même que les allemands suppriment leur B après les voyelles courtes pour le laisser après les voyelles longues, le conseil supérieur de la langue française ici et là tranche à loisir, dressant des listes de généralisations pour mieux en excepter d’arbitraires rebelles. Ainsi les verbes en eler et eter[6] se dotent d’un accent pour perdre une consonne, et désormais chancèlent, traînant à leur suite tout un cliquettement d’adverbes abâtardis.

Marche inexorable de l’histoire des mots, dira-t-on. Et l’on aura raison sans doute. Mais l’espèce particulière des grammairiens ressent l’intrusion de la rue dans les dictionnaires comme Marie Antoinette ressentait l’intrusion de la roture dans ses salons : en fronçant le nez.

Des époques dépend la réaction de la roture, autrefois superbe de vindicte, aujourd’hui d’ignorance.

En simplifiant à la fois à outrance et à moitié, on ôte toute crédibilité, toute légitimité à une tentative de démocratisation de la langue.

 

On ne peut contrôler une langue, à peine pouvons nous suivre toutes les finesses de notre langue maternelle et contemporaine. Lisons un peu en amont, Rabelais, Ruteboeuf. A qui devons nous de comprendre, de sourire, de retrouver dans notre langage, ou dans un autre, le mot qui aurait pu rester coincé au défaut d’une ligne ?

Les agelastes –gens qui ne rient jamais- ont fait couler beaucoup d’encre depuis que Milan Kundera en a retracé l’histoire dans « l’art du roman ». Le terme, créé par Rabelais à partir de racines grecques, n’a jamais figuré dans les dictionnaires. Inconnu au bataillon.

Il aura fallu un petit détour dans un dictionnaire anglais pour le retrouver, dûment répertorié et agrémenté de la définition congruente : « person who never laughs ».

Bref, comprenons que sans les grammairiens, nous ignorerions l’histoire des langues, qui passionne quelques maniaques inoffensifs, et cessons de les accabler. Frappons plutôt les gosses qui disent encore « si j’aurais » en terminale.



[1] Avec l’aimable collaboration de Dominique Vignal, émérite enseignante, pour la réforme allemande de l’orthographe.

[2] La question à laquelle il est fait allusion est de savoir qui est l’inventeur du rythme élégiaque.  Aperto Libro, Orlando de Rudder. Ed Larousse. Incontournable et plein d’humour.

[3] On écrirait désormais que Socrate a bu la cigüe sans un gromèlement.

[4] Il est maintenant invariable quand on le fait suivre d’un infinitif.

[5] Toujours Orlando de Rudder.

[6] Sauf appeler et jeter, dont on a considéré que les formes étaient les mieux stabilisées dans l’usage.

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piedmarie3

mercredi 13 janvier 2016

petits et grands cons.

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Aujourd'hui, c'est mon anniversaire, et en allant relever le courrier, je trouve un paquet à mon nom. Tiens, c'est bizarre, je n'ai rien commandé ? Bon, j'ouvre tout de même, et  à l'instant où je lis le titre du livre soigneusement emballé, je sais d'où, ou plutôt de qui ça vient. Mon cher fils à pensé à moi : Je cuisine pour mon chien.

Il ne perd rien pour attendre, j'ai pas de clebs, j'en aurai jamais, mais je lui garde un chien de ma chienne : à son prochain retour de Londres, je lui aurai préparé un repas complet. Soupe de courgettes rafraîchissante, mini pizzas à la betterave et mousse caroube-tofu. Tu vas aimer, chéri.

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piedmarie3

mardi 12 janvier 2016

Kandinsky-Composición-VIIIPour Noël, chéri m'a offert un tableau de Kandinsky. Enfin, une reproduction d'un tableau de Kandinsky, pour lequel j'éprouve depuis longtemps une particulière affection. Pour tout dire, il n'arrive qu'en troisième position dans mon top ten de peintres, après Miro et Modigliani, mais vous connaissez le proverbe, "à un cheval donné, on ne regarde pas les dents". J'ai donc installé mon oeuvre sur le mur du salon.

Ha, le charme des maisons bourgeoises, m'ont dit mes fils...

Bref, j'ai eu une journée complète de félicité, l'avis de ma progéniture sur mon statut social m'étant totalement indifférent. Et puis sont arrivés les premiers visiteurs, et avec eux une réaction que je n'attendais pas.

"C'est toi qui l'as fait ?"

La première fois qu'on m'a posé la question, je suis restée bouche bée, mais le jeune garçon  avait l'air tout à fait sincère. Je lui ai répondu que non, mais que je le remerciais de me prêter pareil talent. Et là, c'est lui qui est resté bouche bée. Il s'est mordu la langue, mais j'ai lu dans ses yeux le doute et l'interrogation. Alors je lui ai expliqué, Kandinsky, Miro, Gaudi, mais ce que je lui ai montré sur internet n'a pas eu l'air de le convaincre.

Depuis, à quatre reprise, on m'a reposé la question. "C'est toi qui l'as fait ? "

Maintenant, je répond fièrement oui, et j'attends la suite, qui varie dans la forme selon les liens qui me lient à mon interlocuteur, mais assez peu sur le fond.

"T'aurais pu t'appliquer pour colorier les carreaux noirs."

Puta Madre, faut croire que Kandinsky était vraiment en avance sur son temps.

 

 

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jeudi 7 janvier 2016

Elle a raison

Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe. On a le droit d'avoir peur de l'islam comme on a le droit d'avoir peur de n'importe quoi d'autre. Ceux qui sont terrorisés par le plus innofensif concombre devraient-ils craindre, en plus, de se faire traiter de lachanophobes ?

Un peu de bon sens, quoi.

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samedi 26 décembre 2015

le véritable défi de l'anglais au français

outre l'emploi de ces (je déplore que le clavier de mon ordinateur ne me permette pas d'afficher des pictogrammes d'insultes, je les aurais casés ici) verbes à préposition, c'est la prononciation du ough. Chacun sait que l'anglais ne dispose pas de règles en matière de lecture. En français, l'écriture dicte la lecture, et il ne viendrait à l'idée de personne de prononcer ai quand il lit oi(1). L'anglais lui, pourtant si brillant par certains côtés, est un chaos de sons. Vous trouverez ci-dessous quelques exemples de la façon dont se prononce cette graphie ough, de quoi se tirer une balle quand il s'agit de les caser dans une conversation. Mal prononcés, ils sont incompréhensibles par un anglais. Hélas, nos yeux sont toujours beaucoup plus fidèles que nos oreilles, et à ma grande honte, j'hésite toujours pour certains d'entre eux.

Suivez le lien et cliquez sur le haut-parleur pour entendre

drought

rough

dough

ought

cough

nought

 

(1) j'emploie cet exemple à dessein parce qu'il est caractéristique de la façon dont nous tendons tous à considérer la langue comme "établie". Lorsque nos écoliers lisent des textes antérieurs au 18ème siècle, ils ont toujours un recul devant le "françois", qui leur paroit zarbi. Nombreux sont les profs de français - qui ne sont pas tous d'inopérants obsolètes - à expliquer alors qu'on a changé le son. Que nenni, on a toujours dit "français", et c'est notre très-estimé Voltaire qui a décidé un jour qu'il était complètement con d'écrire oi quand on disait ai et qui a modifié la graphie afin  qu'elle s'accorde à la règle. Cette sorte de méprise nous est commune à tous, et quand on pense avoir levé le voile sur l'une, il en reste mille de cachées. Je sais bien qu'on s'en fout, et c'est légitime, mais pendant que je lis (ou rédige) ce genre d'insignifiances, je suis pas au bistro, et c'est toujours ça.

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mercredi 23 décembre 2015

polésie de noël.

 Toute polésie a sa muse (sans intention de calembour).

 

Je me souviens du chant

des vieilles lunes de glace,

ce léger crissement de cristaux en errance

tranchants;

du froid dru,

de l'éclat sec des astres empalés au ciel noir

qui s'affaisse et s'efface.

Je me souviens,

la lumière immobile et les ombres figées

les remous du torrent suspendus à l'hiver

le chinese papercut des sapins, des montagnes

et la vie devant moi

lorsque j'avais vingt ans.

 

 

 

 

 

 

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jeudi 17 décembre 2015

Pute nègre et bite à queue.

Je lis ce matin en faisant mon tourduweb-café que des linguistes ont conclu, après une étude rigoureuse, que les gens qui utilisent le langage le plus ordurier sont aussi détenteurs d'une culture générale et d'un vocabulaire plus exhaustif que leurs contemporains les plus polis. Putain de merde, j'aurais su ça quand j'avais quinze ans et que ma mère me pompait le jonc à longueur de jour à cause des sempiternels putain de merde de fait chier con qui émaillaient mon discours, je lui aurais cloué son bec à cette chieuse. Hélas, elle nous a quittés, et seul mon époux désormais s'offusque de ce que j'aie si souvent recours au juron alors que je connais de si jolis mots. Il ne perd rien pour attendre. Je sens qu'aujourd'hui je vais me livrer sans retenue à un festival de ces foutrechiottes et bleu-bites qui ravissent mes élèves, eux aussi souvent surpris de m'entendre mêler l'agelaste au jean-foutre et le ta gueule au je te prie. Ceux qui se plaindront désormais que mon langage leur excorie l'oreille trouveront à qui causer,et jamais plus je ne ferai profil bas devant les échioglosses qui me taxent d'insuffisance ! Viens que je t'écache ta gueule, trouducul !

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lundi 23 novembre 2015

O tempora...

En attendant que mon Chonchon revienne de Chine pour Noël, nous skypons assidûment, le plus souvent par écrit, la connection étant capricieuse, mais quand il en a une vraiment bien bonne, il fait sonner mon PC.

- Maman ?

- Oui da.

- Hier soir, quand je revenais de raccompagner ma copine, vers deux heures du mat, j'ai croisé un de mes potes africains, qui est arrivé en septembre et qui ne parle pas du tout le chinois (alors que Chonchon commence à se démerder pas mal du tout). Il voulait que je l'aide.

- A quoi donc ?

- Ben c'est là justement qu'est le problème. Il voulait baiser.

- Avec toi ?

- Mais non pas avec moi, avec une fille. Alors je lui ai dit d'aller dans un bar pour pêcho une go, mais il m'a dit que c'était trop galère, qu'il voulait juste baiser. En fait il voulait que je lui trouve une pute.

- Je t'arrête tout de suite, je crois que j'ai pas envie de savoir...

- Si si, je te promets que c'est drôle. Donc comme il parle pas chinois, il voulait que j'en appelle une pour qu'elle vienne sur le campus. Comme en Chine elles s'inscrivent sur les réseaux sociaux, j'avais quelques numéros, alors je lui ai dit ok. J'ai passé un coup de fil, et j'ai dit à la fille qu'elle vienne. Mais il voulait que je l'attende avec lui pour négocier les tarifs. Donc on a glandé un moment, et quand elle est arrivée, j'ai fait l'interprète. Il voulait qu'elle reste toute la nuit, mais c'était trop cher pour lui, alors il a commencé à demander les tarifs pour différentes prestations. Seulement tu imagines bien que j'avais pas tout le vocabulaire requis, mais il insistait. Et du coup j'ai pensé à toi, qui m'expliques toujours que quand on connait pas un mot on cherche un équivalent, et que si on en a pas...

Aie. Je le coupe, je sais ce qu'il va me dire. On mime.

- Exactement. Ne me demande pas comment j'en suis arrivé là, mais je me suis retrouvé sur le trottoir à négocier les prestations avec la fille en lui mimant différents actes sexuels pour connaître ses tarifs pendant que l'autre con se bidonnait tout ce qu'il pouvait en me regardant. Je crois que je suis trop gentil, mais je dois bien avouer que c'était une expérience rare - et pas dénuée d'intérêt du point de vue de l'enseignement des langues. Je vais faire ça avec mes premières années. Un qui mime une action et les autres qui doivent raconter le mime.

J'ai raccroché le skype avec des sentiments mitigés. Hilare à la pensée de Chonchon en train de mimer une pipe à une pute sur le trottoir, mais aussi légèrement perturbée par l'idée que le petit garçon timide et réservé d'hier ne recule plus aujourd'hui devant l'inconvenance...

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piedmarie3

jeudi 19 novembre 2015

vocabulaire de crise.

ou crise de vocabulaire, c'est tout un. Obligés d'occuper l'antenne 24/24, les journalistes nous agonisent de conneries. "Il s'agit bien d'un terrorisme de guerre", par opposition, sans doute, au terrorisme de paix. "l'appartement conspiratif" on n'avait jamais osé jusque là, mais à situation d'exception, ânerie d'exception. Nous voilà en présence d'un appartement doué d'intentions - et de mauvaises. Les forces de l'ordre sont entrées dans un affrontement au "face to face". Parce que "face à face", vous admettrez que ça fait un brin franchouillard. Heureusement, nos dirigeants ont engagé des "frappes massives". BFS précisent les américains quand ils en parlent. By french standards, vingt bombinettes quand eux en lâchent deux cents par semaine. Unis, nous chantons la Marseillaise la main sur le coeur, exorcisme républicain, mais exorcisme tout de même, n'évoque-t-on pas "l'union sacrée" - terme qui, faut-il le rappeler, date de la première guerre mondiale. D'ailleurs nos gouvernants le clament, nous sommes en guerre. Je croyais, bêtement, qu'une guerre ça se déclare avec l'autorisation du parlemement. Alors, innocents, ces termes ? Peut-on faire voter, à la quasi-unanimité, l'Etat d'Urgence, et l'ensemble des lois liberticides qu'on compte fermement nous faire passer avec la trouille comme vaseline sans toute cette batterie de mots soigneusement choisis, matraqués à longueur d'antenne ? Pourquoi notre premier ministre évoque-t-il - sous prétexte de ne pas mentir aux français - le danger d'attaques chimiques alors que tous les spécialistes de la question considèrent celui-ci comme quasi inexistant sinon pour exacerber cette trouille dont il prétend nous défendre ?

Je concois la trouille, je comprends la rage, je comprends même qu'on prie et qu'on chante la marseillaise, pour se réchauffer à la chaleur de l'autre. Mais s'il est vrai que des mots bien choisis peuvent mener les foules là où elles ne se seraient pas rendues seules, alors méditons sur ceux-ci, qu'on attribue à Benjamin Franklin. Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finira par perdre les deux. On nous répète depuis une semaine que c'est la France des Lumières qu'on attaque. Il est urgent que les Lumières d'aujourd'hui fassent entendre le discours de la raison plutôt que celui de l'émotion. Les mots peuvent peser aussi lourd que les petites phrases qu'on nous matraque à longueur de journée, encore faut-il qu'on prenne la peine d'écouter, et de lire, ceux-ci plutôt que d'entendre ceux-là.

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piedmarie3

vendredi 13 novembre 2015

Life is goood !

Ca fait longtemps que je ne vous ai pas causé de mes élèves, et je sens que ça vous manque. J'étais ces dernier temps d'humeur morose, et comme bossais beaucoup la grammaire et les idiotismes espagnols toute seule dans mon coin, je n'avais rien de très folichon sur quoi m'exciter ici. Mais - youpie - les choses changent. J'ai récupéré dans ma cuisine quelques oiseaux rares aux profils variés qui me ravissent. Quatre d'entre eux sont de jeunes adultes bardés de diplômes et travaillant en Suisse voisine qui se rendent compte à l'aube de la trentaine que l'anglais leur faut (du verbe faillir, je précise à l'intention des plus décatis(1) d'entre vous) et comme j'ai de la chance, c'est avec moi qu'ils viennent apprendre - avec le même objectif, réussir un entretien d'embauche en anglais. Plus gonflant tu meurs. Et puis qu'est-ce que c'est que ces conneries de se limiter au registre auquel on est professionnellement enchaîné ? Heureusement, à cet âge-là, y'a pas besoin de les pousser bien fort pour les faire pencher. On bosse les bases, et avec des jeunes gens brillants tout juste sortis de l'école, c'est un plaisir, mais pour le reste, je les bombarde de schtroumfs, de sketches de Georges Carlin, d'extraits de Big Bang Theory, de discours politiques, de shows télévisés, de documentaires sur la langue anglaise... et à leur grande stupéfaction, le vocabulaire si précieux - général ou particulier - se retrouve partout où ils passent, délicieusement agrémenté d'adjectifs, d'auxiliaires modaux si essentiels à la nuance, de jurons et de citations bibliques - de quoi laisser sur le cul n'importe quel DRH en complet trois pièces qui leur demandera pourquoi ils pensent être adaptés à une tâche créative. Non seulement c'est gratifiant, mais ça me dérouille le neurone de leur fournir chaque fois un nouveau sujet, un nouveau défi, une nouvelle manière d'aborder un point de grammaire. Et puis quand l'un d'eux vous dit, à la fin du second cours "j'ai l'impression que quelqu'un vient d'allumer une lampe", y'a pas, ça fait plaisir.

 

(1) en anglais "run-down" comme dans "a run-down cocksucker".

Posté par Marie Fox à 16:28 - on s'en fout. - Commentaires [2] - Permalien [#]

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