Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

jeudi 21 juillet 2016

Oeil d'étoile, mémoire de toi.

L’eau noire de nuit épaisse l’enfermait dans sa poigne, calme et déterminée. Le profil des montagnes penchait son ombre drue, les oiseaux s’étaient tus. Le monde avait sombré, pas longtemps, trois secondes, entre les algues glauques. Il avait reparu strié de larmes fraîches. Le soleil était là, à la pointe d’un pic, aigu et mordant l’œil, c’était tout à la fois, l’éternité, le rien, le bruit et le silence, un sourire archivé, un jour de plus, hier et demain ensemble.

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piedmarie3


samedi 16 juillet 2016

Vous vous posez des questions

sur les escargots? toutes les réponses sont là

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piedmarie3

mardi 5 juillet 2016

aujourd'hui

est un jour spécial. Les jours de résultat de bac sont toujours particuliers pour moi. J'attends les coups de fil de mes élèves de l'année, qui fièrement m'annoncent leur succès, et ça me chauffe le coeur de les voir si contents.

Quand ils débarquent dans ma cuisine, ils sont, toujours, en grande situation d'échec. Sans repères, avec l'espoir d'un miracle. Je leur apporte les repères, et les miracles, ils se les font tout seuls à force d'attention et de volonté, sans trop y croire au début, et puis avec de plus en plus de conviction chaque fois qu'ils surmontent une nouvelle difficulté. Leur seul point commun, c'est leur manque de confiance en eux. Certains sont dyslexiques, d'autres surdoués, quelques-uns sont des distraits chroniques, des étiquetés en tous genres, et leur différence fait que les outils qu'on leur apporte en classe ne servent qu'à creuser leur tombe. Essayez d'ouvrir une boîte de conserve avec un ouvre boîte de gaucher et vous comprendrez exactement de quoi je parle. En leur fournissant l'outil approprié, ils reprennent confiance, et on ne les arrête plus.

Je comprends bien qu'on ne puisse diversifier à l'envi les méthodes quand on a trente mômes dans une classe. Je travaille depuis un an avec un petit Lucas qui ne tient pas à place. Au premier cours, son angoisse de l'échec était tel qu'il s'est mis à pleurer. J'ai essayé le yoga zen, mais il se tortillait comme un ver qu'on emmaillote. Au cours suivant, il a pris quatre mandarines qui traînaient sur la table et tout fier il m'a dit regarde. Il s'est mis à jongler, de plus en plus vite, hyper concentré. J'ai foncé dans la brèche, et pendant qu'il jonglait, je lui ai demandé de m'expliquer comment on construisait une forme interrogative au présent simple. Je sais pas. Alors j'ai répété mon explication de la semaine précédente. C'est rentré comme dans du beurre. En trois mois, Lucas est passé de 3 à 19 de moyenne en anglais, et a fini l'année en tête de classe et dans le couloir. Je comprends ses profs, j'ai longtemps occupé cette place. Il faut choisir, c'est Lucas ou les autres. Le malheur c'est que ni Lucas ni les autres ne sont responsables de ce qu'ils sont.

La plupart d'entre nous terrassons la difficulté avec des pelles et des pioches. Lucas, il a une baguette magique, et pas d'espace pour s'en servir. Il n'est qu'un exemple. Certains ont besoin de plus de temps, d'autre de structure, de liberté, beaucoup ont besoin d'apprendre avant tout que se tromper, c'est la voie royale du progrès. Si tant d'enfants ou d'ados ont cette réaction de lièvre pris dans les phares quand ils n'ont pas immédiatement une réponse à la question qu'on leur pose, c'est qu'ils ont le sentiment que savoir bien, c'est savoir vite, par coeur, sans faire attendre. Enlevons-leur cette idée du crâne, savoir bien, c'est toujours réfléchir, analyser, prendre le temps d'examiner les hypothèses, de les formuler, de décider pourquoi on les accepte ou les récuse. Il n'y a pas d'interaction instantanée, disait Einstein qui n'était pas précisément piètre penseur. Trop de mômes ne surmontent jamais le traumatisme causé par les années de primaire où les parents, angoissés par la sacro-sainte réussite, transmettent leur peur de l'échec aux malheureux qui hésitent sur 6X7. Parents, enseignants, souvenez-vous que la confiance, en soi et en l'autre, c'est la clé de voûte. Il y a deux moyens de connaitre ses tables de multiplication. Par un dressage à la Pavlov, auquel on donne en matière d'éducation le nom d'orbilianisme, ou par les voies amusantes de Napier.

Je vous laisse deviner quelle méthode marche le mieux à long terme.

 

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piedmarie3

jeudi 30 juin 2016

géocatching.

Voilà bien un concept et un mot dont j'aurais pu longtemps tout ignorer. Sauf que.

Depuis plusieurs mois, j'observais de ma fenêtre des gens très divers rôder au pied de mon mur, accroupis ou sur la pointe des pieds, cherchant manifestement quelque chose. Une boucle d'oreille égarée ? Leur portefeuille ?  Pourquoi diable tant de gens perdaient-ils quelque chose pile là ? Ce manège chaque jour répété et incompréhensible devenait de plus en plus intriguant. Et puis un jour, en sortant de chez moi, je me suis arrêtée une seconde pour refaire le lacet de ma basket, et là, dans le creux du soupirail d'une cave, j'ai vu une boîte de pellicule photo scotchée à la grille par un aimant. Euréka putain mais voilà ! Curieuse, vous pensez bien, j'ai ouvert la boîte (je me demande si c'est pas du plagiat, ça.) Elle contenait de longues bandelettes de papier signées de tous les chercheurs obstinés qui avaient mis la main dessus, et qu'on appelle géocatcheurs. Depuis, j'observe leur manège avec  un intérêt certain. Il y a les solitaires, méthodiques, l'oeil rivé à leur GPS, qui se posent exactement à l'angle des coordonnées et fondent sur la boîte comme des aigles, les couples qui batifolent en cherchant ça et là, des filles qui fouillent les herbes folles au pied du mur, des ados bruyants ta mère, des familles de toutes nationalités, des canadiens hilares, deux nonnes indiennes, des papis en goguette. Tout ce qui entre dans la ville passe ici. Tout ce qui en sort, après des nuits de bringue aussi. Tel, la nuit dernière, le connard aviné qui, s'étant penché là pour gerber bruyamment, a copieusement, entre deux borborygmes,  braillé sa découverte, et mon secret, à toute la rue. Bâtard.

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mercredi 29 juin 2016

Une plume au chapeau,

et l'autre au cul disait ma grand-mère Victor qui n'avait pas lu La Fontaine et ignorait qu'en français châtié, on eût plutôt dit Grosjean comme devant pour évoquer un échec sans équivoque.

Je suis, quant à la chose écrite, une emmerdeuse accomplie, a fucking nitpicker, et n'allez pas traduire ça par puriste. Rien ne me ravit autant qu'une liberté impromptue, et Pardaillan pourrait s'exclamer ta mère! à la fin d'une tirade que j'applaudirais des deux mains. Notez, d'ailleurs, que c'est un travers inoffensif que s'attacher aux règles de l'élégance du discours quand on n'emmerde pas son monde avec ça. Je ne force personne à lire mes élucubrations. Je ne corrige les élucubrations de personne hors demande expresse de l'intéressé(e), et bien sûr celles de mes élèves, mais c'est justement pour ça qu'on me paye. Bref, je n'emmerde personne, mais je ne supporte pas - du tout - qu'on m'empêche de tripatouiller à ma guise un texte dont je suis l'auteur. Or c'est précisément ce à quoi prétendait l'éditeur avec lequel j'avais signé la publication des aventures de Victor. Pas de discussion possible, ni sur la place d'une virgule, ni sur quelque modification dont la nature ne fût pas strictement orthographique. J'ai essayé de négocier, je me suis heurtée à un mur. Alors je me suis collé mon manuscrit sous le bras, et je l'ai remis dans la pile de bordel sur mon bureau, une plume au chapeau...

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vendredi 24 juin 2016

Chers amis anglais,

Je ne connais pas un seul d'entre vous qui ait voté pour le retrait de l'Europe. La première chose que j'ai faite ce matin en me réveillant, c'est de regarder les résultats du référendum, sûre, presque sûre, que vous n'aviez pas fait ça. Mais si. Et pour la première fois depuis longtemps, depuis que nous, Français, avions élu au parlement européen des députés du front national (c'était en 85 ou 86, je ne me souviens plus exactement de la date), j'ai laissé la politique m'attrister. J'avais eu honte, à l'époque, du vote de mes compatriotes. Aujourd'hui, j'ai honte du vote de ce grand pays qui est le vôtre. J'aime l'Angleterre depuis la première fois qu'enfant j'y ai posé le pied. J'aime vos villes, vos campagnes, votre littérature et votre langue. J'aime votre petit air supérieur de conquérants du monde, j'aime même ce nonchalant mépris que vous affichez pour tout ce qui n'est pas British. Quand mon fils a voulu partir faire ses études chez vous, je l'ai encouragé. Lui aussi est tombé sous le charme de votre anglitude. Il pensait rester à Londres, y faire sa vie. Ca risque d'être difficile. C'était pourtant une tradition familiale, chez nous, qu'au moins un enfant par fratrie s'expatrie Outre Manche. J'ai chez vous la moitié de ma famille. Des oncles, des tantes, des cousins, des amis. L'idée de demander un visa pour aller leur rendre visite me navre. J'étais chez vous comme chez moi, at home. J'aimais l'idée que nous étions liés par tant de choses. Combien de vos rois furent français ? Cette reine que vous vénérez aujourd'hui n'est-elle pas fille de la maison d'Hanovre ? Combien de vos soldats sont morts sur la Somme ou les plages françaises ? Vous êtes européens, par le sang des nations qui ont fondé la vôtre. Comment, comment avez-vous pu l'oublier ? Je sais que vous avez les reins solides, vous vous en remettrez, je vous le souhaite. Mais je ne peux m'empêcher aujourd'hui de regretter votre défection, ni de déplorer la réaction qu'elle suscite parmi le peuple français qui clame dans les bistros et les marchés "bon débarras". Il faut croire qu'il y a chez nous comme chez vous une majorité - une courte majorité - de gens sans âme et sans conscience, victimes d'un populisme sans cesse grandissant, attachés à l'ostracisme plus qu'à l'amour de l'autre. L'Europe, sans doute, avait besoin d'un choc pour rebondir sur les crises qu'elle subit depuis dix ans. Fallait-il vraiment en arriver là ?

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piedmarie3

mardi 14 juin 2016

De Voltaire à Rousseau...

Extrait d'une lettre de Voltaire à Rousseau à propos de "De l'origine des inégalités parmi les hommes". (1755)

"J'ai reçu votre nouveau livre contre le genre humain et je vous en remercie. On n'a jamais employé tant d'esprit à vouloir nous rendre bête. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage".

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Notes sur manuscrits.

Je viens de retomber, dans l'un des vieux carnets où je note les choses qu'autrement j'oublierais, sur des "notes sur manuscrit" du comité de lecture de Gallimard relevées lors d'une expo (je sais plus où ni quand, mais je dirais Genève 2008 - t'façons on s'en fout, c'était pour me la jouer 3ème âge).

Bref, ces notes, donc, illustrent le sage conseil si souvent dispensé aux écrivains débutants : persévère, le tout c'est de se retrouver une fois sur le bon bureau au bon moment.

En vrac, comme dans mon carnet,

Michaux : (premier avis) Ce n'est pas détestable, quoique parfois obcur. (second relecteur) Ecrira un jour ou l'autre de très belles choses.

Margarett Mitchell - Autant en emporte le vent : Il ne me paraît pas opportun de publier un roman historique sur la guerre civile amériaine, d'autant que le livre est très gros. Heureusement, Gallimard se ravise, et rachète les droits à Hachette, le livre sort en 30, on en vend 385 000 exemplaires en 10 ans.

René Char : René Char est un disciple d'Eluard dont il imite le ton, les vers, et jusqu'à l'écriture. Sans intérêt.

Et pour finir, cet avis de Malraux à Gallimard. Si Céline est un pauvre type, c'est certainement un grand écrivain.

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dimanche 29 mai 2016

gongoozle.

J'aime assez errer sur les pages de Mark Forsyth qui a l'art de parler des mots anglais. J'ai piqué chez lui ce matin quelques mots rares que je vous laisse en pâture :

Gongoozle : J'ai trouvé celui-là bien enfoui dans les pages de l'Oxford. Il signifie "regarder couler l'eau d'une rivière sans rien foutre". J'ai tout d'abord pensé que c'était un mot inutile et excessivement précis, mais j'ai ensuite remarqué lors de mes ballades au bord de l'eau que bien des gens, moi compris, s'adonnent béatement à cette non-activité. Nous ne savons tout simplement pas qu'elle a un nom.

Sprunt : Vieux verbe écossais qui signifie "courser les filles autour des meules de foin après la tombée de la nuit".

Note du Traducteur : il y a fort à parier que George Carlin connaissait le verbe quand il l'a détourné pour en faire la marque d'un gel vaginal.

Feague : Terme du 18ème siècle qui signifie "placer une anguille vivante au cul d'un cheval". C'était apparemment une ruse commune chez les marchands de chevaux qui espéraient ainsi donner un air de vigueur aux vieux canassons. Preuve qu'il faut se méfier des maquignons, surtout quand on est un cheval ou une anguille. Nous vous souhaitons de n'avoir jamais besoin de recourir à ce terme, bien que ce type qui s'est présenté aux urgences d'Auckand eût pu s'épargner bien des circonlocutions en disant tout simplement au médecin, il faut me dé-feaguer !

 

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piedmarie3

samedi 28 mai 2016

Au bonheur des profs.

Une copine me parlait hier de pédagogie, de l'absurde apparent de certaines réponses que font les mômes à nos questions, de la façon qu'ils ont d'analyser le monde et le discours des adultes. Quiconque a eu des enfants sait de quoi je parle. Je collectionne, depuis longtemps, ces chefs d'oeuvre d'incongru pourtant bien réfléchis, piqués à mes enfants ou à mes élèves, et qu'on me soupçonne quelquefois d'avoir inventés. Je vous en laisse ici quelques extraits choisis.

A mon fils agé de trois ans.

- Regarde l'énorme camion là-bas !

- Enfin maman, y'en n'a qu'un !

Toujours lui.

- Tiens, je t'ai trouvé un entonoir pour jouer dans le bain.

- Tu veux dire un entovert ?

Une môme de huit ans planche sur les conjuguaisons.

- Alors, maintenant, mets cette phrase au futur : "aujourd'hui il pleut"

- demain, il fera beau.

Un élève de seconde.

- Dans la phrase "le chat mange la souris". Le chat est sujet, mange est verbe, la souris c'est ?"

- La victime ?

J'explique le siècle des lumières à une môme de cinquième.

- Sous l'influence des lumières, les monarques absolus deviennent des despotes éclairés. Elle écrit :

"sous l'influence des lumières, les monarques absolus deviennent des spots éclairés".

Je demande à l'un de mes fils qui me récite un cours d'instruction civique.

- A quoi sert l'aide juridictionnelle ?

- C'est de l'argent qu'on donne aux pauvres pour qu'ils puissent acheter les juges.

Toujours lui.

- Maman, comment on écrit lucratif ?

- C'est quoi ta phrase ?

- L'Afrique est essentiellement composée d'états non lucratifs.

Bon, je m'arrête là, vous avez compris le principe. Mais je crois que j'en ai collecté assez pour publier un recueil...

Posté par Marie Fox à 08:48 - Les mômes. - Commentaires [0] - Permalien [#]

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