Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

vendredi 10 novembre 2017

La vie des mots

 

 Oui, c’est une contrepèterie, et chose rare, une de celles qu’on peut enseigner aux enfants. Bref. Ce n’est pas là le sujet qui me préoccupe. En faisant mon tourduweb-café ce matin, je tombe sur ce titre du Guardian « Media hails success of Trump’s pilgrimage to Beijing ». Le sens est parfaitement clair, pas besoin de dictionnaire, si ce n’est que ce « hail » me titille l’oreille. Hail, en anglais, c’est la grêle. Du moins, c’est le sens que je lui connais, mais il signifie aussi, visiblement, « célébrer ». Dans ces cas-là, déformation professionnelle oblige, j’ouvre mon dictionnaire. Et je découvre donc que c’est aussi « héler » (un taxi), « saluer »  (all hail ), « venir de » (hail from) et « Ave » dans le fameux « Ave Maria » (Hail Mary) – et je m’étonne qu’on ne me l’ai jamais faite. Mais alors, quid du visage grêlé ? dit-on hailed face ? Ben non, bien sûr. On dit « pockmarked". L’intestin grêle lui devient le « small intestine », et le maigrichon (aux jambes grêles) est tout simplement « skinny », lequel skinny désigne également le lait écrémé ou les ragots (gossip). Chaque fois que je dévide ce genre de bobine de mots pour mes élèves, ils sont partagés entre ahurissement et désespoir, et franchement, je les comprends. Il n’y a pas si longtemps, l’un de nos estimés ministres, je crois que c’était Luc Châtel, prétendait amener nos écoliers à parler l’anglais aussi bien que leur langue maternelle dès la fin du primaire. Il nous arrive à tous de proférer de louables conneries. Mais celle-là me revient en mémoire chaque fois que j’ouvre un dico (et croyez-moi, c’est tous les jours). J’ai beau travailler cette langue depuis des décennies, je suis encore bien loin de la parler comme ma langue maternelle. En vrai, je crois que jamais je n’ai traduit une page entière sans me reporter à ce fabuleux ouvrage qu’est l’Oxford Dictionnary dont, c’est promis, je vous conterai l’histoire un jour où je n’aurai rien d’autre à faire. En attendant, all hail, faut que j’aille faire des courses parce que je n’ai plus de café, et sans café, je ne suis plus moi-même.

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piedmarie3


jeudi 2 novembre 2017

Free style.

J’expérimente, depuis quelques semaines, une forme d’enseignement, que je ne saurais qualifier mieux que d’extra-scolaire, pour un public tellement diversifié que j’en perds mon latin. Vous vous en foutez, mais j’ai bien l’intention de vous raconter quand même. Je donne des cours « de français » à la Croix Rouge. « De français », avec des guillemets. Parce que ça ne ressemble à rien de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent. Les gens qui sont rassemblés là dans une salle ouverte à tous les vents entre le coin dentiste et le coin aide alimentaire viennent de tous les bouts du monde. On les appelle, ô poésie, des primo-arrivants.

Ils ont des noms imprononçables, et ne parlent pas un mot de français. Ils ont huit, seize, vingt-cinq ou cinquante ans, ils sont blancs, noirs, gris quelquefois, et constituent l’assemblée la plus polyglotte qu’il m’ait été donné de rencontrer. Parce que la première chose dont on a besoin pour communiquer – outre des talents au pictionary – c’est une langue commune. Exit l’Albanais, qui, malgré des sonorités italiennes est en fait une version dialectale du martien, le Swahili, le Quechua ou l’Algonquin. Mais je cause passablement bien l’anglais et l’espagnol, et comme ce sont des langues fort répandues, en établissant des « chaînes de communication » on arrive à se faire entendre de chacun. Les mômes, le plus souvent, me servent de premier maillon. Ils parlent anglais, ils ont appris à l’école. Ils traduisent dans leur langue pour leurs parents. Qui eux maîtrisent d’autres langues qu’ils ont en commun avec l’improbable voisin que leur envoie le sort. Et ce cours de français est en fait une tour de Babel qui se monte marche après marche. Chacun, sa truelle à la main, coopère à son édification, et soyons francs, c’est le bordel. Mais tout le monde avance, et répète à l’envi « le petit singe est sous la table », parce que l’absurde aussi est une langue commune. Cahin-caha. Jusqu’au moment où un grain de sable vient se glisser dans l’engrenage. Ce matin, pas d’anglophones, pas d’hispanophones. Mon seul « premier maillon » était un russe germanisant. Ho fan de pute. L’allemand est une langue que je mâchonne à peine. Et seulement quand j’ai forcé sur le Fernet Branca. Hé bien croyez-le ou non, on y est arrivés quand même, à grands coups de café (avec un seul f et mit eine bischen milch bite) et d’éclats de rire, on a même réussi à gérer le genre des noms, les distinctions un/une/des/le/la/les, j’ai laissé béton pour le « du ». Faut pas déconner non plus hein. Y’a des subtilités qui vous épuisent. J’ai demandé grâce au bout d’une heure et demie. Je savais plus où j’habitais. Eux non plus, mais on s’est bien marrés.

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piedmarie3

lundi 31 juillet 2017

Mark Forsyth ou l'art d'écrire.

Vous qui bullez sur la plage en vous demandant ce que vous pourriez bien lire, ne cherchez plus. Enterrez sous le sable les insipides Musso, Levy et autres écriveurs qu’on vous vante en tête de gondole, et suivez-moi, c’est par là. Mark Forsyth est Grand Breton, et amoureux des mots, tous les mots, surtout les bizarres, les inattendus, les loufoques, les qui l’air de rien ont toute une histoire, et il aime les raconter, dans des opuscules toujours instructifs, toujours amusants, et toujours bien écrits. De l’Etymologicon aux Elements of eloquence, en passant par le Christmas Cornucopia, jamais il ne déçoit. Ce type doit dormir avec un dictionnaire en guise d’oreiller, et ça devrait suffire à vous le rendre plus que sympathique. Je n’ai pas le temps de développer le sujet, j’ai des traductions qui m’attendent, mais commencez toujours par son blog, qui s’appelle Inky fool, vous y trouverez maintes pépites qui devraient vous pousser à ouvrir tout grands vos bras au reste de ses pages. A bon entendeur…

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jeudi 27 avril 2017

C'est la faute à qui ?

Et si je poussais une longue plainte déchirante pudiquement cachée sous la morsure de mon humour ravageur ? interrogeait Desproges dans une autre vie. Il y a belle lurette, hélas, que les humoristes tiennent plus du ravagé que du ravageur. Ce n’est pas le seul changement notoire qui subrepticement se soit insinué dans nos existences. Il y a encore trente ans, un humoriste pouvait ouvrir sa gueule comme bon lui semblait sans se voir censuré. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le politiquement correct, importé d’une outre atlantique puritaine, a conquis le droit de faire fermer leur gueule aux inconsidérés de tout bord. Dieudonné, par exemple – que j’exècre, ne nous méprenons pas – a plusieurs fois été contraint au silence par voie légale. A croire que nos oreilles, trop sensibles, et nos cerveaux, trop mous, ne nous permettent pas de nous forger un jugement tout seuls. Il faut préserver le peuple des mauvais esprits. C’est comme ça qu’aujourd’hui Pierre Emmanuel Barré s’est vu sucrer sa chronique pour avoir mis les pieds dans le plat. Non, les abstentionnistes ne sont pas  coupables, et oui, s’il est élu, Macron sera la pute du peuple, dit-il.  Ta gueule, répond Nagui, sur quoi Barré prend la porte. Que les propos de Barré soient discutables,  ou pas, n’est pas le fond de l’affaire. Le propre d’une démocratie, c’est justement d’accepter la contradiction, c’est aussi sa faiblesse. Aujourd’hui, on accable les abstentionnistes, on agonit d’insultes Mélenchon qui ne se précipite pas pour appeler à la résistance au FN, on prie ceux qui appuient là où ça fait mal de ne le faire qu’en privé, portes closes. En 2002, quand le pen père (je réserve les majuscules aux noms propres) est arrivé au 2ème tour des élections, les Français ont voté comme un seul homme pour préserver leur honneur. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, et un certain nombre d’analystes (qui ont vu très tôt que Trump serait élu, alors que personnellement je n’arrive pas encore à y croire) nous mettent en garde : une victoire de marine le pen n’est pas exclue. Il y faudrait, bien sûr, une conjonction malheureuse de circonstances. Mais si l’on ajoute aux voix frontistes celles d’abstentionnistes réticents à adouber le Foutriquet suffisant qui peine à convaincre les alcooliques illettrés que la finance fera leur salut,  on s’éloigne sensiblement de la marge de sécurité. Je ne crois pas que l’opprobre jetée sur les uns et sur les autres soit le meilleur moyen de préserver ce qui nous unit contre ce qui nous sépare. J’irai, pour mon compte, voter Foutriquet, non sans états d’âme, mais j’irai. Faites, pour votre part, comme bon vous semble. La fracture sociale est bien là, mais les toubibs ont disparu. Il faudra qu’on se soigne tout seuls.

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piedmarie3

dimanche 27 novembre 2016

Cuba libre.

30 décembre 1990.

 

La terre semble plantée d’allumettes géantes, bois sombre, tête de phosphore vert. C’est à l’atterrissage que je les vois enfin, les palmiers fichés dans la terre cubaine. A la descente de l’avion, dans l’humidité étouffante, je découvre les poules sur la piste cahoteuse. Un type entre deux âges, le cigare pendu à la lèvre, me tend mon passeport. La casquette semble être la seule pièce d’uniforme des douaniers. Je cherche un taxi. Rien ici ne rappelle la presse des aéroports européens. Pas de boutiques détaxées, pas de bar, quelques voitures disloquées attendent au bord de la route. Je m’explique avec le chauffeur. L’espagnol de Cuba est moins éloigné du mien que je ne le craignais. En route pour la Havane. Je laisse derrière moi l’aéroport José Marti. Je vais retrouver son nom dix fois en quelques kilomètres. Sur la façade d’une raffinerie de sucre, sur les murs, le nom du poète s’étale en lettres noires ou rouges, peintes à la main, comme la signature du pays. Ici, c’est lui le héros. L’entrée dans la ville est aussi l’entrée d’un siècle révolu, mal identifié. Les bâtiments mêlent cahutes de torchis et monuments de marbre. Partout fleurissent les slogans imbéciles qui font les grandes révolutions. La Patrie ou la Mort. Hasta siempre.

Devant le Hilton, je descends ma valise du coffre de la voiture. Je suis plutôt habituée aux dehors spartiates et hideux des Campaniles. L’avenue est sillonnée de bus rouges, de voitures américaines des années 50 dans lesquelles s’empilent les familles en grappes colorées. Les rétroviseurs tiennent à grand renforts de fil de fer, de clous rouillés, de ficelles usées. La musique coule partout de vieux transistors gros comme des machines à sous. Plantée sur le trottoir, j’ai du mal à détacher mon regard du tourbillon qui m’entoure. C’est dimanche. Les petites filles portent des robes rouges, roses, sur des dentelles et des souliers vernis. Les vieux, assis en grappe sur des moellons, des baquets, fument des cigares qu’ils roulent sur leurs genoux. Un photographe s’abrite derrière le rideau noir de l’appareil en accordéon qu’il utilise pour immortaliser les passants qui se pressent pour se faire prendre en photo. Dans une cahute de planches, une femme vend des hamburgers de porc et du coca maison, brassé à même un vieux bidon d’huile. Elle plonge les gobelets dans la mixture, encaisse, passe au suivant. Je crève de faim, l’hôtel attendra. Je mords dans la viande grasse, bois un grand coup du coca local. Ca a le goût d’un laxatif sucré, dont l’effet ne se fera pas attendre. Je regagne l’hôtel. Marches monumentales, femmes de chambre en bonnet blanc, la porte de la chambre coince. Meubles d’acajou, peintures en ruine, une télévision des années 40 surplombée de fils de fer en guise d’antenne. Le coca me ravage les entrailles. La porte de la salle de bains est coincée elle aussi. On m’envoie un homme à tout faire qui l’ouvre au pied de biche. Elle ne ferme plus. Je m’engouffre dans le cabinet d’aisances, juste à temps. Le PQ, hélas, est tellement imbibé de l’humidité ambiante qu’il se détache en lambeaux sous mes doigts fébriles. Je vomis le coca. Heureusement, la chasse d’eau marche. Je vais passer l’une des pires nuits de mon existence.

Au matin, flageolante, je pars à la découverte de la ville. Boulevard bordé d’eau, clichés exotiques, les lauriers-rose ici donnent dans la luxuriance, pointant leurs feuilles vertes et leurs têtes écarlates au cœur même des pierres disloquées des antiques demeures bourgeoises. Peu de touristes, les gens m’abordent, m’interrogent. Espagnole ? Non, française. J’achète, près de la Plaza de Armas, qui surplombe la mer, un chapeau de paille jaune, le soleil m’assomme. Je garde ma faim pour plus tard. Je suis enceinte, je préfère éviter de répéter l’épisode de la veille. L’heure de sieste fait taire le brouhaha ambiant. Les rues se sont vidées. Seuls quelques vieux sommeillent sur les trottoirs, la radio en sourdine. Je suis perdue. Pas de taxi pour rentrer. Je vais marcher des kilomètres avant de retrouver le centre – et prendre conscience de l’importance du rafistolage dans ce pays. Tout tient dans la débrouille. Les vieilles boites de conserves, les cartons, le moindre morceau de bois sont essentiels à la survie. Fatiguée, je me pose face à l’océan, sur un mur de pierre. Un garçon passe. Il doit avoir à peu près mon âge, un peu moins. Je lui demande mon chemin. Il s’installe à côté de moi, demande d’où je viens, ce que je pense du pays. Je ne pense pas, je regarde ce monde d’ailleurs, fleuri jusqu’au trognon, exultant et misérable, partout taggué de slogans et de portraits du Lider Maximo. Il propose de m’accompagner. Me montre au passage l’immense place où se rassemblent les cubains pour écouter les discours de Fidel. Je l’interroge. La misère ? La dictature ? Les américains, me répond-il. Sur l’avenue, une vieille vend des journaux. J’en achète quelques-uns. De la propagande, obsolète et délicieuse pour qui peut regarder de loin le despotisme. Je les ai encore aujourd’hui, quelque part dans mes archives.

Si je veux me promener hors de La Havane, je vais devoir trouver un taxi. L’hôtel s’en occupe. J’ai un mouvement de recul quand je vois la voiture. Un tombeau ouvert, et qui roule pareil. Je dois attendre dans la rue pendant qu’il s’engouffre derrière une clôture pour faire le plein d’essence. Secret d’Etat. Les routes sont droites, sans un virage, désertes, et défoncées comme un Jamaïcain. Le chauffeur accélère, je me tasse sur mon siège. Un peu avant les carrefours, des pancartes annoncent « Ici depuis le début de l’année, 30, 40, 50 morts. » Pas de quoi me rassurer. Le chauffeur me dit de ne pas m’inquiéter, il klaxonne avant d’arriver aux croisements, ça suffit selon lui à éviter tout accident. Ici et là, des pajalitos pompent le pétrole. On arrive à Varadero, le paradis des touristes. L’hôtel ici est neuf, mais presque vide. Quelques canadiens, à la table voisine, déplorent la lenteur du service. On se croirait à Paris. Je souris. Plage de carte postale, pélicans posés sur les vagues, odeur de langouste grillée, de rhum, de tabac bleu. Je ne pourrai pas aller bien plus loin. Tout est trop compliqué, la chaleur épuisante. J’étais venue voir le paradis qui se cachait derrière l’étoile du Che, celui que me contaient à la fac mes profs d’espagnol. Cette révolution unique qui, la première sur ce continent donnait à son peuple des écoles et des hôpitaux. Castro n’était pas encore l’homme des purges et des prisons. On m’avait vendu un communisme à visage humain. C’était un peu vrai. Nulle part ailleurs depuis je n’ai retrouvé ce mélange unique de misère et de musique, de fleurs et de ruines, de débrouille et de fierté. J’ai remporté avec moi des images de lumières et d’ombres, de sourires, de lettres noires vantant la liberté gagnée sur le tyran De Batista, et un recueil des poèmes de José Marti. Guantanamera et Guantanamo tout ensemble, ou comment va le monde ailleurs.

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vendredi 11 novembre 2016

Quel temps dois-je employer ? GPS

Voici sur une page (facilement imprimable et à glisser dans vos classeurs d'anglais) une méthode simplissime pour identifier le temps à employer en anglais. Il vous suffit d'identifier le temps français et de vous y rapporter sur le GPS. Vous trouverez listées toutes les options qui s'offrent à vous, et qui se résument à peu de choses une fois que vous connaissez la construction de chaque temps (rappelée en marge dans le GPS).

 

 

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piedmarie3

vendredi 30 septembre 2016

The people united...

J'aime assez associer à mes heures de traduction une musique de fond qui fasse écho à la langue que je traduis. Chez les espagnols/latinos (qu'ils me pardonnent de les mettre dans le même panier) j'ai une faiblesse pour Luz Casals et Quilapayun, que mes fils détestent "positively". C'est en les réécoutant hier que m'est revenue une anecdote qui m'avait fait hurler de rire. Mon chonchon, politisé tout petit par des parents indécrottables, était venu me voir, l'année de ses 16 ans, pour évoquer le caractère "révolutionnaire" du peuple américain (et pour lui, l'amérique c'est les USA). Il avait tenu à me faire écouter un morceau de rock protestataire trouvé je ne sais où qui, selon lui, témoignait bien de la vigueur du mouvement protestataire américain. Et il m'avait balancé une traduction du "pueblo unido" de Jara sur fond de guitarre électrique, s'offusquant de mon irrépressible hilarité. Mais qu'on me pardonne, ce chant-là dans la bouche d'un américain, c'est comme le "chant des partisans" dans la bouche de Pétain. Y'a des limites à ne pas franchir...

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samedi 17 septembre 2016

Traduire est poésie.

Traduire pousse au dérèglement cérébral. Analyser, recréer à l'identique, dans le respect de stictes contraintes est tout simplement épuisant. Les mots fuient, interrogent, d'autant plus sournoisement qu'on croit bien les connaître. Des mots qui sont à la fois à un autre et à soi, sans certitude aucune d'avoir perçu la juste intention de bleu, percé l'allusion hermétique. Alors on retourne à la foire à Babel fouiller les cartons d'autres siècles, les argots de bidonville, on déterre des merveilles, sans plus se souvenir de ce qui nous a menés là. On se lasse, on s'endort, on pandicule, on y retourne. On se bouffe les doigts, on renonce, presque, on se garde quelque part son interrogation. Et au moment de sombrer dans les bras de Morphée, Saint Jérôme décoche son trait, ouvre grand la Mer Rouge et l'on s'exclame, Bon sang, mais c'est bien sûr. Trop tard, of course, j'ai rendu ma copie.

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samedi 13 août 2016

A la vôtre !

Jacques Rouvière, connaissant mon goût pour les bons vins et les bons livres, a eu la gentillesse de m'envoyer son dernier bouquin(1), Tchin-Tchin, opuscule qui nous emmène en ballade au coeur des vignobles d'ici et d'ailleurs pour nous en conter les petites et grandes histoires. Grand lecteur, grand curieux, il nous livre des anecdotes, des extraits de chansons à boire, des brèves de comptoir tournant autour du vin, qu'il pousse en champagne ou en sibérie, maintenant où jadis, sans jamais se départir de l'érudition et de l'humour qui caractérisent ses écrits. On y découvrira l'origine du tire-bouchon, la façon dont se délimita la zone de production du Chianti, les ruses des propriétaires de grands crus pour préserver leurs bouteilles du pillage des Nazis pendant la guerre, et mille autre bricoles inutiles mais qui ne manquent jamais de saveur, à consommer sans retenue à l'heure de la sieste en attendant l'heure des prochaines vendanges. 

Je vous recommande l'ouvrage, pour soi ou pour offrir, vous pouvez le commander là

(1) En collaboration avec Sylvain Torchet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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piedmarie3

jeudi 21 juillet 2016

Oeil d'étoile, mémoire de toi.

L’eau noire de nuit épaisse l’enfermait dans sa poigne, calme et déterminée. Le profil des montagnes penchait son ombre drue, les oiseaux s’étaient tus. Le monde avait sombré, pas longtemps, trois secondes, entre les algues glauques. Il avait reparu strié de larmes fraîches. Le soleil était là, à la pointe d’un pic, aigu et mordant l’œil, c’était tout à la fois, l’éternité, le rien, le bruit et le silence, un sourire archivé, un jour de plus, hier et demain ensemble.

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