dimanche 5 mai 2013
Dumas, plagié un jour, plagié toujours...
Ou rendons à César...
Il est des curiosités qui se mordent la queue. Lisant, dans Les Blancs et les Bleus de Dumas une description éloquente des Incoyables et des Meveilleuses, je m'interrompis pour aller chercher au web de plus complètes informations, en commençant par l'article Wiki, qui, à ma (pas si grande) surprise, reprenait quasi mot pour mot le texte de Dumas. Intriguée, j'allai voir au chapitre "sources" si l'auteur de l'article avait bien cité les siennes. Oui. Trois ouvrages, datés de 1893, 1875 et 1888, soit, pour le plus récent, huit ans après la publication de Dumas. Qui n'est pas cité dans celui des Dictionnaires que j'ai pu trouver sur google books. Un romancier, pensez...
Je me rends compte, tout à coup, que vous n'avez peut-être qu'une vague idée de ce que furent les incoyables et les meveilleuses. Vous pourriez lire l'article de Wiki, mais ce serait dommage. Mieux vaut lire l'Alexandre dans le texte, d'autant que ça se télécharge pour pas un rond. On y découvrira, outre le détail des moeurs de la révolution, la jeunesse de Nodier (alerte, c'est un spoiler, on ne l'appelle que Charles pendant les 300 premières pages) et tellement d'autres choses, en direct ou par ricochet, que c'est péché de pas le lire. Vous voulez un exemple ? Toute môme, pendant un cours d'histoire, mon maître nous avait raconté le système des charges à la cour. Un pour ouvrir les rideaux du roi, un pour la chemise, un pour présenter le vin, un pour découper la viande. Si ça se trouve, avais-je pensé, y'en avait peut-être un aussi pour lui torcher le cul. Je m'étais mentalement représenté la scène à la Molière, et en avais pleuré de rire toute seule. "Faites place au torche-cul du Roi !". C'est en lisant Dumas que j'ai découvert qu'on l'appelait, en vrai, le porte-coton. Avec le recul, et quarante ans de plus, je comprends mieux ce qui pouvait pousser la noblesse à payer pour cet office. Y'a-t-il meilleur moyen d'avoir tout entière l'oreille du pouvoir ?
Oui je sais, on s'en fout.
mardi 30 avril 2013
Enfermé dans les cabinets...
Ben oui, c'est des choses qui arrivent, une serrure qui merdoie, et me voilà coincée dans des chiottes d'hôpital, au bout d'un couloir où ne vaquent, de quart d'heure en quart d'heure, que ceux qui comme moi vont passer leur annuel examen de champ visuel. C'est pas de bol, y'a des étages où ça se bouscule. Ici, en sous sol, c'est le calme plat. J'ai bien essayé, au début, de secouer la poignée de la porte dans tous les sens, mais baste. J'avais pas d'autre solution que d'attendre que quelqu'un d'autre soit pris d'une urgente envie de pisser. Heureusement, ça n'a duré qu'une petite dizaine de minutes. Le temps, tout de même, de me chanter au moins trois fois cette chanson de circonstance que je pensais avoir oubliée... ça m'a rajeunie de trente ans. Alors pour que vous ne soyez pas dépourvu, en cas de mésaventure similaire, je vous laisse le lien youtube. http://www.youtube.com/watch?v=QtANagfZN6s. N'hésitez pas, en général, l'acoustique des chiottes est remarquable !
dimanche 21 avril 2013
Exercice en dix minutes.
Si j’avais dix minutes, justement, devant moi qu’en ferais-je ? Un tortillon de temps planté de banderilles – trois, pour l'asymétrie – rouge et jaune catalan, of course, c’est so fashionable. Une chiffonnade aussi, madras et poisson cru en panier sur la tête, si chic bibi. Un glance de lumière qu’étincelle dans un souk sur l’or des plateaux plats, ça prendra qu’une seconde. J’humerais le parfum d’un asparagus menthe, chercherais à l’hasard un mot qui fît sourire, tiens, hyponyme qu’à de quoi songer ; je croquerais un chocolat, un noir au haricot de mouton, et je ferais un point en fin de brainstorming, un point de croix, sans conviction.
Nouvelle cuisine (roborative!)
Mon plus jeune garçon attaque, avec ses copains, ses révisions de bac. Mais pas question de s'atteler au travail avec l'estomac vide, oeuvrer à la mathématique, ça demande, comme le sport de haut niveau, un régime approprié. Voilà pourquoi hier, deux heures durant, ils ont transformé ma cuisine en laboratoire expérimental, puis en salle de dégustation de leur plat phare, le bonbon au bacon. Je vous laisse la recette, hautement énergétique, et qu'on ppourrait conseiller aux adeptes de la survie dans le Grand Nord.
Sur une plaque à four, disposez les lamelles de poitrine fumée, que vous enduirez, sur leur face supérieure, d'une généreuse couche de cacao suivie d'une seconde couche de cassonade. Faites griller dix minutes à 200°. Retournez les lamelles de bacon, répétez l'opération chocolat cassonade sur la deuxième face, remettez à griller dix minutes. Laissez refroidir un moment à température ambiante, puis une dizaine de minutes au frigo, dégustez.
Je dis dégustez, mais je n'en pense pas moins. L'odeur seule est, à mon humble avis, dissuasive, mais il paraît que je n'y connais que pouic en gastronomie...
vendredi 12 avril 2013
Le Quiddich pour Moldus.
C'est ma découverte du jour. Mes fils, bien sûr, savaient, mais ne m'avaient rien dit. Il existe désormais une coupe de monde de Quiddich pour Moldus, qui se tient aux USA, où nombre de grandes universités (Harvard ou le MIT) ont leurs équipes. On y joue exactement comme les sorciers, sauf qu'il faut courrir avec un balai entre les jambes au lieu de voler dessus. Les équipes sont mixtes, et le but est d'attraper le vif d'or - un joueur en costume jaune doté d'une queue à laquelle est accrochée une balle de tennis. Tout est permis à ce joueur, et il semblerait que certains soient très créatifs, comme celui qui, en plein macht, a sauté dans un taxi, entraînant à sa suite dans les rues de la ville tous les joueurs à califourchon sur leurs balais.
Bref, j'ai regardé sur youtube quelques séquences de match (cherchez "muggle quiddich", et je vous recommande le détour. Fou rire assuré. Je pense même proposer à mes copines un essai sur le Pâquier, après tout, on a toutes un short et un balai, et on devrait pouvoir trouver sans trop de mal une balle de tennis !
jeudi 11 avril 2013
Maggie again.
Paradoxe. A l'heure où l'Angleterre s'insurge contre les 10 millions de livres consacrés à l'enterrement de Maggie, où reviennent en boucle les images des manifestations de mineurs sauvagement réprimées, où le visage de Bobby Sand refleurit sur les murs, une môme de quinze ans m'interroge dans ma cuisine, quand je lui parle de Margaret Thatcher. C'est qui ça ?
Ben oui, j'ai du mal à le croire, mais c'est comme ça. Si les dix-huit - vingt ans savent bien de qui l'on cause, ceux qui les suivent de près n'ont jamais entendu parler d'elle.
Cours d'anatomie comparée - ou "tu crains chéri".
Voici quelques jours, nous discutions, chéri et moi, confortablement nichés sous la couette, de nos journées respectives. Ses emmerdes au boulot, mes lectures du jour, le tout venant, quoi, lorsqu'il me fit remarquer que mes réticences de jeunesse vis-à-vis de la lecture internet étaient bien abolies. Il me fallut bien convenir que Google books et Gallica avaient changé ma vie en me servant sur un plateau des livres autrement introuvables. De fil en aiguille, nous en vîmes à évoquer ce qui, sur le web, connaissait un grand succès populaire, lui tenant pour la culture scientifique, moi pour la franche gaudriole. J'en voulais pour preuve, lui dis-je, qu'un articulet rédigé voilà presque dix ans, où je racontais comment un osthéopathe sadique m'avait remis en place le sacrum, connaissait un succès jamais démenti, avec plus de quinze visites quotidiennes. Tu admettras, insistè-je, qu'on est loin de la culture scientifique. Il admit, et nous nous replongeâmes tous deux dans nos lectures respectives.
Hier soir, nous livrant une fois de plus à notre petit rituel de discussion, j'eus la surprise de l'entendre me raconter qu'il avait, le matin même, causé de moi à l'un de ses collègues canadiens qui s'enquerrait de mes occupations. Inquiète, je lui demandai de préciser. "Tu lui as dit quoi exactement ?"
"Je lui ai dit que tu étais tradutctrice, mais surtout célèbre sur le web pour un article dans lequel tu racontes comment tu t'es fait remettre le scrotum en place. T'aurais dû voir la tête qu'il a fait, j'étais mort de rire."
"Tu lui as dit QUOI ?" demandè-je, effarée. Il répéta, sans hésitation, son histoire de scrotum, toujours hilare. "J'ai jamais vu quelqu'un faire une tronche pareille, t'as intérêt à raser les murs la prochaine fois que tu passes au boulot, parce qu'avec ce que je leur raconte sur toi, ils s'attendent au pire !"
Il a fallu que je lui explique - longuement - pourquoi son copain canadien avait affiché un tel ahurissement. "Sacrum et scrotum, c'est pas tout à fait pareil, et maintenant, c'est surtout toi qu'as l'air d'un con, parce que ton pote, là, il doit être persuadé que tu as épousé un transgenre, crétin." Du coup, il a arrêté de ricaner bêtement. Et je l'ai prévenu. Si d'aucuns viennent m'examiner de trop près la prochaine fois que je débarque dans son bureau, y'aura des poings saignants sur le nez des curieux !
mardi 9 avril 2013
X-XL
"Luttez contre les kilos superfluX" affichait ce matin une pub king size à la devanture de ma pharmacie. Depuis, je m'interroge. Un régime à base de laXatifs acqueuX ? De la poudre d'acromyrmeX ? Une anatoXine anti-gras ?
Dans tous les cas, c'est sûr, on cherche à vendre à l'adipeuX un aleXipharmaque.
Vous ne passerez pas !
C'est ce que crie Gandalf au Balrog, avant de faire s'écrouler le pont sur lequel il l'affronte. Curieusement, quand j'avais vu cette scène, c'est l'image de Margaret s'adressant aux mineurs qui m'était venue à l'esprit. J'en avais parlé à mes garçons à la sortie du ciné, et ils avaient haussé les épaules. Il faut bien avouer que c'était un peu saugrenu.
Pourtant, Vous ne passerez pas, c'était bien une réplique à la Thatcher, dût l'opposant crever comme un vulgaire Balrog. Bobby Sands n'est pas passé, pas plus que les mineurs ni les argentins. Faut-il s'étonner qu'à Brixton, dans le sud de Londres, et dans tant d'autres endroits les gens fêtent sa mort ?
Margret Thatcher a été l'un des plus grands paradoxes qui soient. Une femme qui faisait trembler ses soutiens autant que ses opposants (Mitterand disait qu'elle avait "le regard de Caligula"), une politique qui a mis à genoux les anglais pour sauver l'Angleterre - ou l'idée qu'elle s'en faisait, un chef d'Etat redouté de ses alter ego partout en Europe. I want my money back !
Personne, et surtout pas les anglais, ne pourra oublier la brutalité de sa réponse aux désespérés. Une génération entière d'ouvrriers réduite à la misère, un impact profond sur la culture populaire (on ne compte plus les "Thatcher en chanson"), l'Irlande à genoux, et, souvenir délicieux, Chirac s'exclamant, rouge de colère, "Mais qu'est-ce qu'elle veut, cette mégère, mes couilles sur un plateau ?" Hé oui, pour une fois qu'une femme s'élevait à un poste de pouvoir, c'était pour émasculer sans hésitation tout ce qui lui disait non. Hier matin, Saint Pierre a dû, par précaution, et pour la première fois de sa millénaire existence, se progéger les burnes avec une coquille.
When will you die ? s'interrogeait Morrissey, qui songeait pour elle à la guillotine. Now we've got the answer for sure.





