Sexisme ordinaire
L'une de mes élèves, quatorze ans aux prunes et en classe de troisième, arrive avec le sourire aux lèvres. Elle a eu dix à son contrôle d'anglais, et c'est la première fois. Dix, c'est pas un exploit, sauf qu'elle n'a fait que la moitié du contrôle, et que sur le travail effectué, il n'y a pas d'erreur. Sa prof, d'ailleurs, a noté la progression, et lui propose de lui laisser plus de temps sur le prochain. C'est que la demoiselle revient de très loin, et qu'elle a suivi à la lettre mon conseil, prends le temps de réfléchir.
"J'ai réfléchi comme jamais" me confie-t-elle, "mais du coup, j'ai pas pu finir". Qu'à celà ne tienne, nous terminons le contrôle ensemble.
Il s'agit d'écrire une biographie de - je cite - Kennedy's wife. La femme de Kennedy. Afin de faciliter le travail à des mômes qui pourraient bien tout ignorer de la belle Jackie (son prénom n'est même pas mentionné), quelques éléments biographiques sont donnés. Mon élève les lit attentivement, et soupire... et on nous traite de chieuses... Ben oui. Les éléments donnés, hors sa date de naissance, sont tous relatifs à JFK. Quand il a commencé sa carrière politique, quand il a épousé sa femme, quand et comment il est mort... Pour l'éducation nationale, pourtant premier relais de l'égalité citoyenne, les femmes ne sont encore que femmes de. Et si les filles s'avisent de le noter, on les traite de chieuses. That's life!