Contrainte.
Je vous avais causé, il y a déjà plusieurs mois, du fabuleux travail de Philippe Lavergne, qui a passé vingt ans à traduire le Finnegan s wake de Joyce. Tôt ce matin, songeant, une fois encore, à la difficulté de traduire certains textes (Vian, Queneau, Perec... entre autres), je me suis appercue que "La disparition", a été traduit en anglais, en allemand, en espagnol, en turc, en russe et en suédois, et ça me laisse pantoise, même si ça confirme mon sentiment que, de même qu'il y a des écrivains majeurs, il y a des traducteurs majeurs, des gens capables de concevoir et de mettre en oeuvre une écriture mathématique, précise au micron, des Max Planck de la littérature. Bien sûr, le fait qu'existent de tels génies me ravit, mais l'idée que même avec un travail de tous les instants je ne serai jamais foutue d'approcher, même avec une tolérance de l'ordre du kilomètre et dans ma langue maternelle, cette précision-là, me déprime au-delà de toute mesure. Essayez-donc, si vous ne comprenez pas pourquoi, d'écrire seulement dix lignes sans utiliser la lettre e, et de traduire ces dix lignes dans une langue étrangère en respectant la même contrainte, je tiens à votre disposition tout un stock d'entonnoirs.