Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

vendredi 29 février 2008

all magic

Je passe mon temps à vous le dire, Tom Waits c'est le paroxysme de la polésie et l'artiste le plus créatif de son siècle. La magie de l'anglais, de la structure de l'anglais, personne ne vous la fera sentir comme lui, pour peu que vous soyez disposés à un petit effort. Alors je vous laisse le texte de son Alice, l'une de ses plus belles chansons, même si j'ai personnellement un faible pour les plus déjantées. Lisez, creusez, laissez vous bercer en musique. C'est beau comme du Tom Waits.

It's dreamy weather we're on
You waved your crooked wand
Along an icy pond with a frozen moon
A murder of silhouette crows I saw
And the tears on my face
And the skates on the pond
They spell Alice
 
I disappear in your name
But you must wait for me
Somewhere across the sea
There's a wreck of a ship
Your hair is like meadow grass on the tide
And the raindrops on my window
And the ice in my drink
Baby all I can think of is Alice
 
Arithmetic arithmetock
Turn the hands back on the clock
How does the ocean rock the boat?
How did the razor find my throat?
The only strings that hold me here
Are tangled up around the pier
 
And so a secret kiss
Brings madness with the bliss
And I will think of this
When I'm dead in my grave
Set me adrift and I'm lost over there
And I must be insane
To go skating on your name
And by tracing it twice
I fell through the ice
Of Alice
 
And so a secret kiss
Brings madness with the bliss
And I will think of this
When I'm dead in my grave
Set me adrift and I'm lost over there
And I must be insane
To go skating on your name
And by tracing it twice
I fell through the ice
Of Alice
There's only Alice



Posté par Marie Fox à 10:42 - Mùsica - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

entre-deux (et trois zéro ?)

Laissez, que la pluie conte les camaïeux de gris. Si vous écoutez bien vous percevrez le parme, et la pointe rosée qui s’accroche déjà aux pivoines encore sèches, le gratton de vert mousse en reflet sur les branches, un écho de champagne, le poil fauve épagneul au pied de la forêt, et là, juste en deçà du nuancier des matins d’eau, vous entendrez une goutte qui roule sur le velours d’une primevère en naissance. C’est un prélude de symphonie majeure en arc en ciel coulis, en fondus déclarés de soleils qui déchirent à petits coups de dents l’argenté monocorde des spectres hiémaux.

Posté par Marie Fox à 09:12 - polésie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 27 février 2008

Dis ? Dis ? Dis ?

Vous savez comment sont les mômes la veille de Noël, ou de leur anniversaire. Intenables d’impatience. Ben je suis exactement dans cet état là, à attendre le retour de ceux des lecteurs du rugbyman que je connais. Je ne pensais pas le relire moi-même, pis finalement je l’ai relu, en retenant mon souffle tout le long, en faisant des grimaces quand je trouvais des choses que j’aimais pas, je me suis même une fois collé un bon coup sur la tête.

La différence entre un môme à la veille de Noël, et moi aujourd’hui, c’est que c’est pas Noël, et que si ça se trouve, des coups sur la tête, je vais en prendre un certain nombre. J’espère juste qu’ils frapperont pas avec le livre, parce qu’il est lourd.

Posté par Marie Fox à 13:34 - Insignifiances - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 26 février 2008

polésie observée (1)

Y’a rien d’inné dans le chant d’un oiseau. Tout ça vient seulement de ce qu’il est créature sociable, aime communiquer, et ne se sait se résoudre à l’isolement du silence. Alors, tout jeune, chaque oisillon, doté d’un maître, apprend sa langue. Entre deux sommes très courts, il répète des phrases. A chaque essai c’est mieux. Plus juste, plus complexe, plus assuré aussi. Un oiseau qu’aurait pas de maître, il s’en chercherait un pour apprendre à causer. C’est ainsi que font les perroquets, les mainates, les corbeaux, les pies, les geais, les étourneaux, et même les rossignols qui sont les moins liants. Ça ne fait pas d’eux de grands esprits. Les grands esprits, chez les oiseaux comme chez les hommes, recherchent l’harmonie bien plutôt que le son. Tel cet oiseau d’un magnifique jardin qui, aux après-midi de silence, siffle l’air de Mozart qu’il a appris du portable qui sonne quelquefois sur la table dehors, et ravit de son art le Wolfgang dans sa tombe.


 

(1) mais par qui on sait pas.

Posté par Marie Fox à 21:12 - polésie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Restons courtois, même que c'est dur des fois.

Supposons que ce matin je m’offre en réunion de chantier un caca nerveux exemplaire histoire de me détendre un peu le système bilieux. Hein, ce serait pas une bonne idée ? Un coup de pompes dans les tibias, quelle que soit l’envergure du cuistre, ça masse toujours. Mais je me connais, je vais encore me retiendre et donner plutôt dans l’allusif sans effet. Encore que, depuis que je fais de la rétention de factures, mes allusions semblent porter un tout petit peu plus loin.

- Dites, j’ai pas reçu votre chèque ?

- Ah bon, vous m’avez envoyé une facture ?

- Oui, je vous en ai déjà parlé la semaine dernière.

- Ha oui, je me souviens, juste après m’avoir dit que vous finiriez cette semaine, mais je vous ai pas revu depuis, du coup ça m’est sorti de l’esprit. Vous revenez bosser quand au fait ?

- Demain, si si, j’ai bloqué un gars pour vous demain.

- Demain comme aujourd’hui d’hier, ou demain comme un de ces jours ?

 

Je vais vous dire, la prochaine fois que je serai syndic, et que je referai un immeuble, je ferai figurer sur les devis des dates butoir pour la réalisation des travaux, avec astreinte sur les retards. J’aurais dû le faire cette fois, mais j’apprends jamais tout d’un coup. Quel que soit le boulot, j’apprends jamais que de mes erreurs. Bien fait pour moi. N’empêche, je vais quand même mettre mes après-ski ce matin, on sait jamais, hein, des fois que j’arrive à lâcher mes élans. Je m’excuserai après. Oh, mille pardons messire, j’ai trébuché sur le tas de gravats que vous avez laissé là y’a trois semaines. Je vous ai point trop fait de  mal ?

 

Posté par Marie Fox à 09:55 - Insignifiances - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 23 février 2008

Ouarf,

La cuisine française au patrimoine mondial de l'UNESCO ?
C'est quoi la cuisine française ?
Non, parce que Bocuse et moi, on fait tous les deux de la cuisine française, mais chuis sûre que vous préférez bouffer chez lui que chez moi !

Posté par Marie Fox à 09:51 - Insignifiances - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 22 février 2008

Y'a eu des messages pendant que j'étais pas là ?

- Oui, y'a mémé qu'a appelé, elle a eu ton bouquin et elle voulait te jouer de la tiare au téléphone.
- De la tiare ?
- Ouais, elle m'en a joué, c'est trop bien comme instrument.
- Sauf que, crétin, c'est de la vielle qu'elle joue.
- Comment tu traites ta mère, hé !

Posté par Marie Fox à 10:33 - Comme je veux - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 21 février 2008

Extraits, portraits... tirés du Rugbyman Nomade.

Même durant la période d’amateurisme contrebandier, l’argent était secondaire. Dans un autre de ses intéressants ouvrages, Le Temps des Bonis, Lalanne repousse élégamment les attaques anglaises contre les joueurs français rétribués en rapportant les propos échangés par Horace Nelson et l’Amiral Surcouf quelque part dans l’océan Indien. A Nelson qui accusait les Français de n’être capables de se battre que pour de l’argent, alors que les Anglais ferraillaient pour l’honneur, Surcouf répondit avec dédain que partout dans le monde les hommes ne se battent que pour ce dont ils sont dépourvus.

 

De l’honneur, le rugby français en avait à revendre. Le jeu, tout à la fois, l’exige et le confère. Dans le sud-ouest, il est en outre accompagné de solidarité, de courage, de loyauté, qui sont les valeurs positives de toute communauté. A Paris, il offrait en plus une touche artistique, une liberté d’expression et de poésie qui adoucissait son côté menaçant. On trouve un bel exemple de cette façon d’être dans l’image des joueurs du Racing Club débouchant le champagne à la mi-temps d’un match de finale houleux en 1990.

 

Même dans une ville comme Paris, disait Frank Mesnel, où l’on trouve des théâtres, des cinémas, du jazz et de la littérature, le rugby trouve sa place. Quand Mesnel a fini sa carrière de centre au Racing Club, il a ouvert une boutique de fringues haut de gamme qu’il a baptisée Eden Park, en l’honneur du stade néo-zélandais où les français avaient gagné un mémorable match de demi-finale de la Coupe du Monde contre l’Australie.


Frank vendait au départ des maillots fantaisie, usant des sonnantes devises du rugby pour faire trébucher celles du chaland dans sa propre escarcelle. On trouve maintenant plus de cinquante magasins Eden Sport dans treize pays différents. Les photos du Racing Club et les affiches de matchs internationaux y trônent aux murs au-dessus de vieux ballons ovales. Eden Park ne vend plus de maillots de rugby, mais la marque existe toujours. Ils vendent maintenant des costumes pour hommes. Et lancent ce printemps une ligne d’accessoires de cuisine.

 

Frank Mesnel, vraiment, c’était un sacré joueur, l’un de ceux qui sont au panthéon du Racing Club. Alors j’aimerais savoir maintenant, et être rassuré. Franck, s’il te plaît, dis-moi, tout ça, c’était pas juste pour pouvoir vendre des fouets à chantilly, hein ? Réponds, purée. C’était vraiment nécessaire, d’aller imprégner de vulgaires spatules à crêpes des valeurs centenaires du rugby ? Franchement…

On peut se procurer Le Rugbyman Nomade de Richard Beard ici


Posté par Marie Fox à 08:33 - A lire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le château de Virgule.

 

Parmi nos petits rituels à nous, y’a dès les premiers jours de printemps (et peu importe la saison) le tour à vélo vespéral. Nous partons tous les deux, lui sur l’ancien vélo de son frère et moi pédestrement, à nuit tombée, et suivons l’ancienne route en direction du bout du lac. Peu ou pas de voitures, la chaussée est étroite, sans trottoirs, et nantie de vingt et un ralentisseurs en moins de trois kilomètres. Entre lac et forêt, sur un surplomb rocheux, elle est bordée des deux côtés de résidences soigneusement protégées des regards roturiers par les hauts murs des demeures nobles, ou les haies verdoyantes des villas de parvenus. Ces maisons ont cette qualité rare d’être des photographies de l’âme de leurs propriétaires. S’ils ont en commun d’être richissimes, force est de constater, en matant par-dessus les murs, qu’ils n’envisagent pas forcément la vie de la même façon. Du béton baroque peint de bleus insipides à vomir des limaces au mélange rectiligne bois verre fumé très Intelligentsia en passant par la clinique chalet suisse, la grange loftée en acajou massif, la bâtisse dix-neuvième à murs en feuilles et quatre-vingt dix huit volets, y’a sur ce bout de route autant de maisons différentes qu’on peut imaginer. Alors, bien sûr, on joue à regarder par-dessus les murs de pierre en se faisant la courte échelle ou en grimpant sur le vélo, et à savoir laquelle on aime le plus. Derrière le plus long mur de vieilles pierres, y’a le château de Virgule. Pris entre la chapelle et la route, isolé, là tout seul, avec des abords de jardin de l’abbé Mouret, et brusquement, l’espace soigneusement gazonné, sur des centaines de mètres, le kiosque à musique planté de fleurs qu’a des semblants chinois mais pourquoi on sait pas, et bien plus loin, juste en deçà de l’immense piscine, les hautes baies en ogive du château neuf sous les toits d’ardoise noire luisante. Il a l’air d’être d’air, de respirer le vent. C’est que de la pierre grège, du bois et des vitres en pare-brise de voiture diplomatique, mais agencées avec tant d’élégance, comme un hiatus entre hier et demain, comme la maison d’un qu’aurait rêvé l’espace, l’aurait touché du doigt, et matérialisé là, dans un écrin de rêve, avec un talent fou. Il a même laissé, en bordure de route, enclose dans le mur, une vieille porte de bois ébréchée, happe-l’œil, pour que les gosses y rêvent, le bonnet enfoncé sur leur large sourire, à la maison de leurs demains à eux.

Posté par Marie Fox à 02:08 - Insignifiances - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 20 février 2008

Calculs savants

Les étoiles vont par quatre, ponctuées d’une impair – c’est comme je vous le dis. C’est l’exact inverse de la proportion de bateaux vivants – quatre épaves pour un chalut. L’impair, c’est les galions coulés à cargaison massive, les vins grecs en amphores de terre grise perdus. Mais bon, y’a rien de constant dans cette proportion. Il n’y a pas, par exemple quatre amateurs de pêches pour un de melon vert. On doit dans ce cas précis tourner aux huit septante – autant dire l’irréel, mais on n’a pas le droit aux mathématiques intuitives. Faut arrondir les angles, on va dire nonante et rester bien correct. C’est une belle science, l’étude de la proportionnalité des choses gens et mœurs. Qui ne prouve rien de bien exact, mais l’exactitude on s’en fout, le réel ça s’ajuste d’autant mieux qu’on lui retranche des proportions inverses.  

Posté par Marie Fox à 22:01 - polésie débile - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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