Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

mercredi 30 mai 2007

I'll die of a cancer of the spine

Fist published in Swans
http://www.swans.com/library/art13/xxx121.html


I’ll die of a cancer of the spinal column

It will happen on an awful evening

Clear, hot, perfumed and sensual

I’ll die of the putrefaction of some little known cells

I’ll die of a leg torn out

By a huge rat burst out from a huge hole

I’ll die of a hundred of cuts

The sky will have fallen on me

That breaks like a heavy window

I’ll die from a shriek

Running through my ears

I’ll die from muffled wounds

Inflicted late in the night

By bald and wavering killers

I’ll die without even knowing

That I’m dying, I’ll die

Buried in the dry ruins

Of one thousand meters of collapsing cotton

I’ll die drowned in dirty motor oil

Overridden by unconcerned insects

And just after, by concerned ones

I’ll die naked, or wrapped in a red cloth

Or sewed in a bag with razor lames

Maybe I’ll die without worrying

And with nail polish on my toes

And my hands filled with tears

And my hands filled with tears

I’ll die when my eyelids will be torn off

Under a furious sun

When I’ll be told, slowly

Cruel things in my ear

I’ll die of seeing kids tortured

And men surprised and deathly pale

I’ll die eaten alive by worms

I’ll die my hands bound to a waterfall

I’ll die hands burnt into a sad fire

I’ll die a bit, I’ll die a lot,

I’ll die without passion, but I’ll die interested

And then, when everything’s over

I’ll die.

 

mardi 29 mai 2007

Ad augusta per angusta

A des résultats glorieux par des voies étroites

 

Tout jeune encore, chaussé de glaise

Thomas, travaillant dans les champs,

Vit passer le char de Saint Blaise

Evêque du bourg de Romans.

 

Tant de coussins pour soutenir

D’un seul homme le fondement,

Il se promit d’y réfléchir

Le fait paraissait étonnant.

 

Vers le soir, couché dans la paille

Pour se protéger de la bise,

Il décida, fière trouvaille

De devenir homme d’église.


Foin des lits sans draps d’herbe sèche,

Pour asseoir son cul dans la soie

Il battrait l’ignorance en brèche,

Même, il simulerait la foi.

Il commença d’apprendre à lire

Et à vingt ans devint curé

Sa couche fut à peine moins pire,

Il lui fallait plus haut viser.

Quand Saint Blaise perclus d’arthrite

Fut enfin mort et enterré

Thomas se dit, nom d’une b…

De Romans évêque serai !

Il s’en fut voir à

la Curie

Par quels moyens être nommé.

Le vieux cardinal lui sourit,

Lui demanda de se tourner.

 

Thomas, inquiet de ses manières

N’hésita qu’un seul bref instant

Et lui présenta ses arrières

Résolu d’être le gagnant.

 

Le cardinal, pervers et grec

Fit son affaire rondement,

Thomas comprit pourquoi l’évêque

Etait mis si douillettement !

Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).

Posté par Marie Fox à 18:58 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

piedmarie3

vendredi 18 mai 2007

Marcel

Marcel a de gros godillots, une casquette bleue avec des rabats fourrés pour les oreilles, et un vieil anorak sur sa blouse de drap. Mes garçons l’appellent « le bon gars ». Bon gars, sûr qu’il l’est. Gentil aussi. Son bâton à la main, il arpente les champs environnants, brûle les cochonneries – c’est lui qui m’a débarrassée de mon sapin de Noël - allons, vous allez pas courir à la déchetterie pour ça non, vous avez bien assez à faire, pis moi, faire du feu, ça m’occupe tant que je peux pas être au jardin.

Marcel, c’est le gentil de cette famille de propriétaires si attachés à leur bien qu’ils nous en interdisent de traverser le champ pour gagner la forêt. Il est venu me trouver y’a une quinzaine de jours, pour me dire de pas me laisser emmerder. « C’est pas une pelouse, hein, vous passez bien quand ça vous fait plaisir ». Et pour pas donner prise à sa belle sœur, il est allé me tondre un passage jusqu’au bois, « comme ça, y diront pas que vous y abîmez, vous avez qu’à passer où je vous y ai tondu ».

Dimanche, quand je suis revenue du marché chargée comme une bourrique, il est venu à ma rencontre pour m’aider. Il était déjà au jardin à huit heures. « Vous avez pensé aux croissants au moins ? » Je lui ai promis de lui en ramener dimanche prochain.

Sauf que voilà, y’aura pas de dimanche prochain pour Marcel. Hier soir, il est resté à biner et désherber jusqu’à tard. Quand je me suis levée ce matin, y’avait dans la cour le SAMU et les pompiers. Ils n’ont rien pu y faire, Marcel a viré sa casquette, parti avant d’avoir vu ses patates de l’année et le rouge aux joues des cerises.

Vous allez me manquer, M’sieur Marcel. Je vous y ai pas dit, mais je vous aime bien.

Posté par Marie Fox à 19:57 - Comme je veux - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

piedmarie3

lundi 14 mai 2007

Joueurs, une nuit de Providence.

Mankind, l’Humanité.

Mankind, de man, l’homme, et kind, l’espèce ;

Mankind de man, l’homme, et de kind, gentil.

C’est selon l’interprète.

 

La lune est exactement ronde, et posée à l’angle du toit.

Dans l’ombre, dans l’ombre humide, s’étire, s’étale se love et se dilue la mélopée d’un violoncelle.

Grave.

Grave cello. Un violoncelle aux chaleurs d’outre tombe, aux lenteurs immortelles, aux frénésies soudaines, échos lointains d’enthousiasmantes désespérances, aux boucles et aux méandres secrètement pulsés par les courants imaginaires.

 

Dans le cadre de la fenêtre toujours ouverte, la lune est exactement ronde, et posée à l’angle du toit.

Et dans la rue sautille le rythme en syncopette, la polka d’un marmot qui bredouille ses premières mélodies. On entend le miaulement rauque d’un chat, l’appel sourd lent et lancinant de la nuit qui s’installe, passagère.

El cello berce l’homme qui, en bas, voue l’homme aux gémonies et crie sa partition, désespérando, gutturale, qui vomit sa malédiction.

- Fuck mankind.

There is nothing kind about human.

And God is drunk again[1].

Oui Dieu est pété du matin au soir.

Emma s’enivre au bois du violoncelle. Elle se moque de Dieu.

Elle le connaît par coeur. Elle sourit, oui, Dieu est pété du matin au soir, et rien n’est bon dans l’homme, excepté le lyrisme.

Elle pose son archet. Boit à longs traits l’eau transparente prisonnière du verre. S’approche de la fenêtre toujours ouverte, et sa silhouette se peint en contre nuit sur la lune toujours exactement ronde, mais plus tout à fait posée à l’angle du toit.

Elle aurait juré pourtant, que.

Elle aura profité d’une seconde d’inattention, sûrement quand le chat a miaulé pour faire diversion. Les chats sont toujours complices de la lune.

 

L’homme en bas est appuyé au garde fou de fer. Laisse passer un chaos de claquements de mains, de cris sourds et difformes.

Et quand ils rendent la nuit au silence, il se met à genoux.

Et il parle à la fille dans la lune, celle qui a un violoncelle.

- Reprends le cello. Joue la polyphonie des schizophrènes.

La fille rit. Reprend le violoncelle, le cale sous son menton, se blesse un peu au cou à cause de la pique.

Quand elle lève son archet, ses cheveux commencent à pâlir, et bientôt l’homme rit, dément, de la voir chauve sur la lune. Ses dents brillent dans la nuit. La musique porte son rire jusqu’à la lune, et son rire caresse en cascade la peau noire de la fille qui joue en silence.

Elle s’arrête et son bras se détend, démesurément long, pour toucher de sa grâce les cheveux courts de l’homme qui bataillent et s’agrestent sur sa tête révoltée.

La fille à la fenêtre voit l’image de l’homme qui la voit dans la lune, qui la caresse de son rire.

Il est désespéré.

Il attend à genoux le verdict de l’archet qui s’afrôle à sa joue, y laisse une traînée blanche.

Il attend à genoux le verdict de l’archet qui pointe sur sa nuque, qui siffle et qui fend l’air, et qui cingle à son coeur la vérité cruelle.

There’s nothing kind about human.

Son sang coule. La fille a fiché dans la lune le sol du violoncelle et joue, joue et massacre la symphonie du temps.

Appuyé contre le garde fou en fer de la lune exactement ronde, l’homme tend son ticket au préposé aux contes.

Et le préposé note. Un mort par arbitraire.

Sous la fenêtre toujours ouverte, les passants continuent de passer, bien en file devant la lune qui ce soir est exactement ronde, et qui sans bruit est revenue se poser juste à l’angle du toit.

 

 



[1] Putain d’humanité, il n’y a rien de bon dans l’homme, et Dieu est encore saoul.

Posté par Marie Fox à 13:54 - Bidouilles et amusements - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

piedmarie3

mercredi 9 mai 2007

De l'écart de langage

 

Chacun le sait, la colère est mauvaise conseillère. On s’énerve, on s’emmêle, et dans un paroxysme d’exaspération, souvent, on s’embrouille la langue, et on dit une connerie.

Ainsi, pas plus tard qu’il y a peu, une dame devant moi, au guichet de la banque, fustigeait le préposé. Elle avait bien raison, la banque avait indûment débité son compte de quelques euros de frais, provoquant par là même l’ire de sa cliente, qui, rouge et échevelée, expliquait à la cantonade.

« Ha ça oui, pour débiter, vous êtes forts, mais maintenant qu’il faut rebiter, y’a plus personne ! »

Forcément, j’ai souri. Mais quand le guichetier, sincèrement marri, a prié la dame de se calmer, en assurant qu’il allait la rebiter sur le champ, là, je me suis gondolée sans aucune retenue.

J’aurais pas dû.

Parce qu’après avoir patienté une longue demi heure à la banque, j’ai enchaîné sur une autre demi heure d’attente à la poste, puis à la gare. Quand mon tour est arrivé, lasse de tant d’attente, j’ai posé mes écouteurs, j’ai fait un joli sourire au monsieur, et je lui ai confié, en guise d’introduction, que j’avais passé ma matinée à me taper des queues. Et qui c’est qui s’est gondolé sans retenue pendant que j’essayais de préciser – rouge d’une confusion de bon aloi – le fond de mon propos ?

Posté par Marie Fox à 02:09 - equarissage - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

piedmarie3

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