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Melting Pot et vin blanc doux
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24 juillet 2013

Les silences de Simone.

Chacun s'abîme quelquefois dans une fraction de silence. Parce qu'une idée fait son chemin et qu'on lui laisse la place, parce qu'un coin de ciel bleu, en vous assaillant l'oeil, chasse tout autour de lui, parce que le sourire d'un môme aux dents éparses vous a envahi par surprise... Il y a tellement de raisons de se taire. 

Mais pas pour Simone. Elle est la hantise de mes journées dans ce coin de pays hyérois que je partage l'été avec mes plus vieux et mes plus jeunes, les premiers s'égayant des seconds, les seconds se complaisant à égayer les premiers, assis en brochette sur des fauteuils de toile au bord de l'eau. Quelques veuves et veufs qui tous ont passé les quatre-vingt ans, quelques merdeuses et merdeux de quinze à vingt-cinq ans capables de partager les mêmes mots et les mêmes silences. 

Mais pas Simone. Elle est le mouvement perpétuel des lèvres, la longue litanie de l'inconsistance verbeuse, la parleuse pathologique, le trou noir du silence, qu'elle absorbe comme les étoiles trop massives absorbent la matière. Pas méchante pour deux sous, pas bien fûtée non plus, mais pétrie de verbiage. La croise-t-on au marché que sitôt finies les salutations d'usage, elle nous inflige les nouvelles du jour, du quartier, de la ville, saute des incivilités chroniques qui l'agacent aux dangers des légumes trafiqués, poursuit sur le menu du jour, celui de la veille, celui du lendemain, embraye - par des cheminements connus d'elle seule, sur tout et sur n'importe quoi, nous poursuivant dans les allées, louvoyant, malgré son embonpoint, entre les bienheureux serrés en grappes épaisses qui ne percevront de sa loghorrée que d'insignifiantes bribes. Il faut, pour s'en débarrasser sans la heurter, avoir recours aux mêmes lieux communs dont elle nous abreuve : une lessive urgente (mais on risque le mode d'emploi de son nouveau lave-linge, et ses déboires avec le vieux), la bouffe à préparer pour midi (mais on risque la question ouverte, qui nous entraînera à nouveau sur la qualité des légumes "tu fais quoi à manger ?"), le malaise imminent à rester debout au soleil (la pénurie de médecins). Ce matin, j'ai cru trouver la parade idéale : j'ai simulé une piqûre de guêpe, et j'ai déguerpi en vitesse.

Peine perdue. A peine avais-je franchi la porte de mon chez-moi que le téléphone sonnait. C'était Simone, la bouche pleine d'infaillibles méthodes pour soigner les piqûres. Heureusement, au moment où elle abordait l'épisode passionnant des méfaits des araignées tropicales, mon doigt a malencontreusement glissé, coupant la communication. Ouf. Je devrais jouir d'un silence quasi parfait jusqu'au prochain tour sur la plage, où elle rouvrira le dossier des blessures par insecte - mais là j'ai la parade absolue. Simone ne s'arrête pas de parler quand j'ai la tête sous l'eau, mais au moins, j'arrête de l'entendre. 

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Commentaires
G
... au bond ! Bravo d'avoir saisi ma perche ..... en tout bien tout honneur !
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M
Ben, si les boules quies gonflent autant que simone...
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G
Avec la tête sous l'eau, les boules QUIES peuvent se mettre à gonfler, non ?
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M
rigole, malin, je te la colle dans les pattes et on verra combien de temps tu résistes !
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C
J'adore ces portraits enlevés! On l'entend la Simone!<br /> <br /> <br /> <br /> (Et déguerpir après une piqure de guêpe... Imparable!)
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