And the winner is...
Toujours, la même, ma chouchoute parmi mes élèves, qui jamais ne cesse de m'étonner par son insondable naïveté et sa fabuleuse propension à me trouver des explications cohérentes à toutes ses incohérences. Nous sommes en train de préparer le prochain contrôle de géographie, sur le thème des espaces productifs. Je vous l'accorde, y'a plus bandant, mais on n'a pas le choix. Les choses se passent plutôt bien, jusqu'à ce que nous abordions le domaine particulier du tourisme, inconvénients ou avantages, au nombre desquels son livre recense "l'apport de devises". Comme je connais mon oiseau, je l'interroge "c'est quoi des devises, ma grande ?" et au moment où je pose la question, je sais exactement ce qu'elle va me répondre. Elle me regarde en coin, hasarde un "heu", s'interromp. "Je suis sûre que je vais encore dire une connerie". Moi aussi, mais justement, je l'incite à poursuivre. Bon, c'est comme Un pour tous, et tous pour un, ou les trucs en latin, mais c'est pas ça hein ?
Qu'est-ce qui te fait penser que c'est pas ça ?
Ben, je crois pas qu'en géographie, on s'occupe de l'enrichissement culturel...
Bingo. Elle fait des progrès. Mais les littéraires, faut tout leur expliquer, je sais bien, je suis comme ça aussi. Alors, au lieu de dériver sur les Fluctuat et autres ad feminam, j'ai continué la leçon en lui expliquant l'universelle primauté du pognon sur la culture. Mais avant qu'elle ne reparte, je lui ai prêté l'un de mes livres préférés, l'Aperto Libro d'Orlando, histoire qu'elle fasse le plein de choses inutiles, on verra bien ce qu'elle en tirera.