Il faut bien que jeunesse se tasse...
Partie ce matin aux pommes, je longe benoîtement la ruelle pavée bordée d'arcades qui mène au marché, quand j'entends derrière moi le hurlement d'un scooter dont le chauffeur, visiblement pressé, klaxonne sauvagement pour que je lui cède la place. Or je suis bonne fille, mais j'aime point qu'on me rugisse dans le dos, surtout en zone piétonne. Je continue du pas alangui de celle qui n'a rien d'autre à faire que prendre son temps. La demoiselle qui monte le scooter, visiblement excédée, fait un crochet brusque pour me dépasser, et - bien fait pour elle - s'emplafonne la voûte de l'arcade à hauteur de casque, restant sonnée sur place pendant que son scooter, lui continue sa route sur dix mètres avant de se coucher aussi.
Avec la mansuétude qui caractérise les vieux cons, je me suis assurée qu'elle avait bien compris que patience et longueur de temps font plus qu'hâte juvénile, et je l'ai laissée compter ses os crâniens avant de repartir à mes pommes, hilare. Y'a des jours comme ça qui commencent mieux qu'on n'oserait l'espérer.