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Melting Pot et vin blanc doux
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29 mai 2009

E.H.S

C'est presque comme H.E.C., amusant non ? Sauf que pour entrer à HEC, vaudra mieux pas avoir fait avant une EHS - Ecole Haute Sécurité.
- Fouiller les sacs des gamins à l'école : Quand j'étais prof, j'ai souvent assisté à ce rituel de début d'année d'enseignants qui consultent ensemble la liste des élèves classe par classe. Ha, lui je l'ai eu l'année dernière, un cauchemar, disait l'un. Tu fais bien de me prévenir, répondait l'autre en traçant devant le nom une croix rouge. On a intérêt à fouiller son sac, ajouteront-ils maintenant. Juste parce qu'il a une propension à ouvrir sa gueule, ou à contester, on sait jamais, si ça se trouve il a dans son cartable les œuvres présumées de Coupat.
- Brigade scolaire : Il était temps, de mettre aux services des directeurs d'écoles une force de frappe à caractère dissuasif contre les voyous. Ils y réfléchiront à deux fois avant d'arriver en cours avec une kalachnikov quatre couleurs.
- Portique de détection d'armes : Plus de couteau suisse pour la pomme du quatre heures. Evitez les couteaux à beurre aussi, on sait jamais. Et pour le cutter indispensable en cours de travaux manuels, pensez à munir vos enfants de la dispense obligatoire, dûment signée par les parents, contresignée par le chef de quartier, et tamponnée par le vigile de l'entrée.
- Dispositif de video surveillance : Prenons ça comme une illustration du cours de littérature consacré aux oeuvres d'Orwell.
- Diagnostic de sécurité spécial : Déjà 184 E.H.S repérées sur le territoire national. Comme pour HEC, on ne lésine pas sur les moyens pour atteindre l'objectif. Mais là, il ne s'agit pas de construire des amphitéâtres dotés de confortables sièges rouges rembourrés, de les équiper du wifi, ni de développer le fonds des CDI, ni de proposer les conférences d'intervenants hautement qualifiés facturées 500 euros de l'heure...

Quand j'étais au lycée, j'avais pour ami un trublion, un échalas livré le plus souvent à lui-même, qui passait tous ses mercredis après midi en colle parce qu'il dévissait les sonneries d'étage pour qu'on n'entende ni le signal de début des cours, ni celui de fin (il arrivait en avance TOUS LES MATINS pour être sûr d'avoir le temps de faire tous les étages.  Rien de bien grave, sinon sa propension à provoquer l'ire des enseignants qui le trouvaient ingérable. C'est à cause de ça que nous nous étions liés au début. Nous partagions le statutde "zigotos" (fort acclamé parmi nos congénères mais peu apprécié - c'est normal - de ceux qui devaient nous guider sur le chemin des apprentissages). Je me souviens qu' il s'amusait à terroriser les vieilles juste en leur proposant de leur porter leurs courses. Gentil comme on n'imagine même pas qu'on puisse être gentil. Il est mort d'une overdose avant d'avoir vingt cinq ans. Pourris en paix, Patrick. Tes farces de potache n'étaient alors sanctionnées que par les heures de colles que franchement tu n'avais pas volées. Aujourd'hui, le lycée serait avec toi plus dur que tes dealers de l'époque, qui te laissaient crever quand t'avais pas trouvé assez de fric pour acheter ta came. Si on avait fouillé ta musette au lycée, on y aurait trouvé ton chichon, un peu d'héro dans les bons jours, mais on t'aurait pas sauvé pour autant, t'aurais juste passé un peu plus de temps en cellule plutôt qu'à rêvasser dans les champs.
Je me souviens du jour où je t'ai pris en stop sur la route de B. On avait un peu plus de vingt ans, et je t'avais pas vu depuis au moins six mois. Tu sortais tout juste de la maison d'arrêt, où m'avais-tu raconté, ils n'avaient cessé de t'emmerder pour que tu acceptes de travailler.
"Tu veux rire ? j'ai jamais voulu bosser même quand j'étais pas sûr de bouffer, alors bosser pour un demi salaire en tôle, hein.."
J'aimerais bien savoir ce qu'il adviendra des Patrick aujourd'hui, quand on aura eu la preuve, en ouvrant leurs cartables, que la route d'un ado mal aimé, c'est souvent l'express pour l'enfer. Même si - dans l'idéal, on leur propose un centre de désintox, un amour qui sauve, un travail qu'ils aiment (oui, mon vieux, y'aura des lapins, et même des chevaux, comme dans les rêves de Lenny), même si. Mais ça en prend pas le chemin.
Alors oui, je sais bien, c'est pas facile tous les jours pour les enseignants dans certains quartiers où l'on trouve plus de Patrick que de Jean-Henri, oui, les mômes des ZEP sont quelquefois violents, oui, il règne dans certaines écoles une ambiance de merde. Mais si on essayait plutôt dans ces zones-là, en vrac, des classes de dix élèves, des objectifs concertés entre les parties, des contrats de présence, l'engagement des collégiens dans le soutien aux primaires (avez vous remarqué comme ceux qui sont indifférents au sort qu'ils se préparent sont pourtant soucieux de celui des plus jeunes membres de leur fratrie ?) si on essayait le théâtre, l'adaptation de Molière en verlan, qu'ils joueraient en nike devant leurs potes, si on essayait d'être un peu humains et attentifs ?
Je rêve, je sais bien. Quand on se rend dans les Lycées ou les IUFM pour proposer des interventions bénévoles du genre Molière en verlan on est -poliment - éconduit. Bien sûr, on a pas tous l'envergure d'un Pierre Dulaine. Bien sûr.

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Commentaires
M
Ho non, allende savait sûrement qu'on lui ferait la peau. Il ne pouvait pas ne pas savoir.
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O
Il s'appelait Allende...
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M
Un Lincoln qui saurait pas qu'on bute les Jaurès alors là si tu trouves tu me fais signe ...
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M
si tu veux le fond de ma pensée, le choix, on l'a toujours. Ce qui varie, c'est selon chacun la limite de l'innacceptable - le degré de violation quotidienne de la déclaration des droits de l'homme, qui me semble être le texte de référence. Mais là aussi, on a le choix, sur le texte de référence. C'est pour ça que la naissance d'un mouvement insurrectionnel armé (je serais plus encline à la désobéissance, ou à la provocation pacifique) me paraît un pari bien hasardeux. C'est la restauration du fonctionnement civil qui pose problème, niquer les chefs, c'est toujours possible, semer la merde aussi, mais après 1789 c'est pas voltaire qu'a pris les rennes, souviens toi. si tu veux d'autres exemples...<br /> Faut voir si on aurait pas un lincoln sous la main. Un qui sait pas qu'on butte les Jaures.
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M
Ben moi j'y ai jamais rien vu de romanesque ni romantique d'ailleurs à "prendre les armes". Ptete d'avoir eu un papi enterré vivant 2 fois et un autre seul ou presque rescapé d'un torpillage de sous-marin qui a dû enterrer tous les cadavres gonflés d'eau que la mer a rendus ... Rien de rien de romantique, mais a-t-on toujours le choix ? Si les urnes sont inopérantes à produire autre chose que les mêmes élites toujours reconduites ?
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