Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Melting Pot et vin blanc doux
Publicité
16 novembre 2007

Les gens, vous, moi...

Imaginez-vous le plus joli spécimen de plaquiste réticulé qu’on puisse voir, la figure allongée fendue de deux yeux noirs aux cils démesurés, mince comme un fil à plomb, souriant de dents blanches à faire pâmer une pub, posé en face de vous à une table de marbre à vous causer boulot. Il est tout jeune encore, vingt-sept ans, et s’est monté une boite, voilà déjà cinq ans, pour gagner mieux sa vie qu’avec juste un salaire, même si sur les chantiers on offre maintenant des payes d’instituteurs. Pas facile pourtant, me dit-il, de trouver des bonhommes qui viennent travailler.

C’est que, songé-je intérieurement, les salaires ne sont peut-être pas être si hauts que ce qu’il le prétend. Pourtant, le chiffre qu’il me balance me fait sursauter sur ma chaise. 2500 euros par mois.

Pour poser des cloisons ?

Ben oui.

Il a plus de boulot qu’il n’en peut faire, une femme qui râle parce qu’il n’est jamais là. Mais pourtant, elle devrait comprendre, m’explique-t-il, c’est pour elle que je fais tout ça. Ben oui, mais nous autres gonzesses, on comprend pas l’absence, et on pardonne pas la misère non plus. Je le lui dis, et ça le fait rire.

Notez, rajoute-t-il, que je tourne quand même mieux que quand je bossais pour les autres. Surtout que je déclare pas tout, sinon ... il a un geste vague, et qui dit des détails que je connais déjà.

Je m’en doutais un peu. Quel directeur d’une PME serait assez stupide pour aller filer à l’Etat la moitié du pognon qu’il se gagne en bossant, somme toute, bien plus qu’un employé ? Et puis il me plaît bien, ce garçon, il est loin d’être idiot, et fait preuve avec moi, à qui il ne doit rien (alors que je lui dois, moi, dans les trente mille euros) de plus d’humanité, de simple gentillesse, que d’aucuns ineptes fâcheux auxquels je rends de quotidiens services. En voilà un justement qui arrive. Et fronce le sourcil en me voyant en compagnie d’un turc de la deuxième génération à la fortune bien mieux assise que ne l’est son cul à lui sur sa selle de vélo. Khalid l’aperçoit, s’excuse, et file en payant nos cafés.

Mon copropriétaire gare son vélo, prend la chaise encore chaude, et me demande :

« Il te veut quoi ce margoulin ? »

« Boh, on cause des devis. Tu veux un café ? »

On discute un moment, des travaux qui traînent en longueur, de l’incompétence des autres et du mauvais vouloir ambiant, de la mairie, des experts, de la sortie de péril qui approche. Mais l’heure tourne, il doit se sauver. Payer les cafés, ça lui a même pas traversé sa tronche vide. Je m’en recommande un, j’ai encore un rencard. Avec un carreleur. Moins marrant que Khalid. Moins gentil aussi. Boh. Le monde est peut-être pas ce qu’on croit.

Publicité
Commentaires
M
Si tu sais inverser le sens de vissage de la machine, on doit pouvoir te trouver du boulot !
Répondre
M
J'AI des yeux de biche, ça fait l'affaire ? ;o)
Répondre
M
Christian, pourquoi croyez vous que je vous aie tendu un verre ?<br /> Marilé, plaquiste c'est pas dur, une visseuse et une équerre, et hop, mais réticulé, faut des yeux de girafe, c'est plus rare !
Répondre
M
Faut faire quoi comme formation pour devenir plaquiste réticulé qu'on dirait un nom d'insecte ?
Répondre
C
écrit vin...Moi, j'entre!<br /> S'il est doux, alors j'ai une raison de plus!
Répondre
Publicité
Derniers commentaires
Newsletter
Publicité
Melting Pot et vin blanc doux
Publicité
Publicité