Traduire est poésie.
Traduire pousse au dérèglement cérébral. Analyser, recréer à l'identique, dans le respect de stictes contraintes est tout simplement épuisant. Les mots fuient, interrogent, d'autant plus sournoisement qu'on croit bien les connaître. Des mots qui sont à la fois à un autre et à soi, sans certitude aucune d'avoir perçu la juste intention de bleu, percé l'allusion hermétique. Alors on retourne à la foire à Babel fouiller les cartons d'autres siècles, les argots de bidonville, on déterre des merveilles, sans plus se souvenir de ce qui nous a menés là. On se lasse, on s'endort, on pandicule, on y retourne. On se bouffe les doigts, on renonce, presque, on se garde quelque part son interrogation. Et au moment de sombrer dans les bras de Morphée, Saint Jérôme décoche son trait, ouvre grand la Mer Rouge et l'on s'exclame, Bon sang, mais c'est bien sûr. Trop tard, of course, j'ai rendu ma copie.