De Lorenzacio à Justin Bieber.
Je vous racontais, voici quelques semaines, que Chonchon partait en Chine. De l'eau a passé sous les ponts depuis, et je ne cause plus avec lui que via Skype (ah, la belle invention que voilà). Chonchon, donc, me raconte. Lui qui pensait que dans une ville de cinq millions d'habitants, il ne serait guère dépaysé se rend compte qu'il est, en fait, à la campagne, dans l'une des provinces les plus déshéritées du pays, où les occidentaux sont si rares qu'il ne peut se promener dans la rue sans être arrêté tous les dix mètres par des chinois désireux de se faire prendre en photo avec lui. Quand il a débarqué, deux étudiantes de l'Université sont venues le chercher à l'aéroport, ravies de lui faire découvrir leur ville. "Et tu sais pas où elles m'ont emmené en premier ?" Non, je sais pas."A Carrefour ! pour me montrer le rayon "Reflets de France". Chonchon, gentiment, a admiré la France reflétée dans les yeux des deux chinoises, mais sans la reconnaître vraiment. Ont suivi les formalités d'usage, enregistrement au poste de police local, ouverture de comptes bancaires, acquisition d'une carte SIM internationale pour son téléphone, puis restau avec les deux demoiselles.
C'est le lendemain, quand il est arrivé à l'Université où il officie, que le véritable choc est arrivé. "Le directeur du département m'a emmené dans la première classe de Français, où l'on entendait de loin un paquet de filles rire et pépier. Pour leur ménager une surprise, personne ne leur avait dit que j'étais enfin là, mais elles m'attendaient depuis déjà trois mois. Quand j'ai passé la porte, ça a été le silence instantané. Elles ont toutes sorti leur téléphone pour me prendre en photo, et puis ça a été la standing ovation, comme si j'étais les Stones à moi tout seul, et puis les questions...
"Tu es célibataire ?"
"Oui."
"qu'est-ce que tu penses des filles chinoises ?"
Voilà, c'est ça surtout qui les intéresse. Figure-toi que comme la transcription de mon nom en chinois est ridicule, elles ont décidé de me donner le nom d'un héros de feuilleton télé, archétype du romantisme, et me voilà baptisé d'un sobriquet qui signifie "L'homme qui vit au sud du Fleuve", mais je vais me faire respecter comment, moi, par des filles de 22 ans qui me voient comme un concentré de Lorenzo et Justin Bieber ?" Sans compter qu'ils m'attendent tous depuis tellement longtemps que même le marchand de beignets du coin de la rue est venu me saluer quand je suis passé - il savait que j'étais le nouveau prof de Français. Quand je monte dans un bus, c'est le silence complet pendant vingt secondes, et après tout le monde se bouscule pour me faire une place et me parle en chinois (personne parle anglais ici). Alors moi comme un con, je souris à la ronde, mais j'espère que ça va se calmer un peu, parce que franchement, la vie de star, j'ai pas l'habitude, hein !
Pas l'habitude, sans doute, mais je vois bien que ça lui plaît, cet accueil triomphal qu'on lui fait, et ce parterre de filles de vingt ans qui ne sont pas très loin de lui lancer leur culotte quand il a fini son cours.... Veinard, va. Moi quand j'ai commencé mes cours à l'Université, la semaine dernière, on m'a demandé de me pointer dix minutes avant pour me montrer la photocopieuse, et démerde-toi. Personne m'a applaudie, même après le cours, et pourtant, j'avais assuré !