Marquez.
Il fut mon premier monstre. J’avais vingt ans, et notre prof de licence nous avait proposé de traduire les Chroniques d’une mort annoncée. Des heures de palabres, entre étudiants français et latinos ou espagnols, autour d’un café toujours froid, pour cerner chaque mot, soupeser chaque virgule, hasardant des formulations françaises que nous jugions faibles ou brillantes selon la forme du moment. Marquez ne nous faisait pas peur. Il y a fort à parier que nos traductions ne l’effrayaient guère non plus. Présomptueuse jeunesse… Ce roman, je l’ai tellement aimé que j’ai lu tous les autres. De Marquez, mais aussi des autres latinos, qui savaient créer une atmosphère tellement réelle que j’avais le sentiment, en les lisant, de toucher du doigt leurs personnages, de sentir, imprégnée au cœur du papier, l’odeur de leur brouillards. Longtemps l’espagnol a été ma langue de prédilection, à cause d’eux, à cause de lui, du plaisir que je prenais à tourner leurs pages. Aujourd’hui, c’est lui, Marquez, qui a tourné la dernière page de son histoire, l’a close d’un point final. Mais peut-on mourir quand on a construit, de sa seule plume, le mythique Macondo ? Hasta la vista, illusionniste. Tu fus, tu resteras, le magicien de ma littérature.