Commun air de printemps ?
Y’a au triangle de toit un triangle adjacent de soleil encore pâle mais qui brûle les yeux comme il brûle la glace, transparente, presque bleue. L’air filtre à la fenêtre, glacé encore, mais porteur de prémices comme des chants d’oiseaux. Anne, dis-moi, sœur Anne, serait-ce le début d’un printemps renouveau qui vient lever la chape des brumes mortifères d’un hiver de thé noir ? Sœur Anne lève sous sa coiffe son regard de bleu pâle, suit le vol des corneilles, me désigne du doigt le gonflement des mousses accrochées au mur gris, me décoche un sourire et, éphémère oracle, referme sur sa bure la porte de bois noir. Le silence est percé, à peine, d’un moteur grondissant ses vapeurs de diesel, mais j’ai perçu dans l’air un parfum de safran, un écho de violon qui gratte doucement l’agonie des grands froids, et ce matin le monde, dans ce bout de ma rue, a repris, à la jointure des tuiles, une teinte de vert franc, de vie qui s’insinue, doucement, sûrement ?