Il y a quelques mois
après le millième refus (poli) d'un éditeur, je me suis dit, comme à chaque fois : laisse béton. C'est toujours comme ça que je réagis dans les heures qui suivent un refus, surtout quand celui-ci est agrémenté d'éloges. J'ai boudé trois jours, et puis je me suis dit que tiens, puisque les pros ne voulaient pas de moi, j'allais essayer les concours amateurs, que j'avais délaissés depuis fort longtemps. J'en ai sélectionné quelques-uns, et hop, j'ai posté les moins farfelues de mes nouvelles, celles qui, bien lisses, pouvaient peut-être plaire. Et puis je me suis replongée dans mes gribouillages de polésies et mes projets de traductions et j'ai oublié que j'avais envoyé ces textes.
En début de semaine, j'ai reçu un énième refus sur une traduction, assorti d'une méchante critique qui m'a rendue enragée autant que le "vous manquez de qualités littéraires" des Editions Arlequin auxquelles j'avais proposé mes services voilà déjà six ans. J'ai pesté, râlé, et je suis partie cirer mes parquets, ravivant à dessein une vieille tendinite : serre les dents sur ta douleur au poignet, ça fera toujours moins mal que de serrer les dents de rage. Bref. Hier, en ouvrant ma boîtamel, j'ai commencé par virer tous les spams qui l'encombraient, et il m'a fallu quelques secondes pour réagir. Il y avait dans le titre de l'un d'eux les mots "autorisation de publication". Par acquit de conscience, j'ai fait un détour par la corbeille. Il y avait bien, pour une fois, un rayon de soleil en janvier. L'éditrice de Bleu Pétrole, une toute jeune demoiselle, m'informait que je figurais dans la liste des cinq textes (sur 944) présélectionnés pour la finale du concours d'écriture organisé par ses soins. Bon, c'est pas la première fois, et je ne suis jamais allée plus loin que la présélection, mais tout de même. Pendant une bonne heure, je n'ai plus senti la douleur qui me vrillait le poignet droit, et rien que pour ça, je l'embrasserais bien, cette môme. Parce que ne pas trouver grâce aux yeux des féroces quinquagénaires qui gèrent les grandes maisons d'éditions, c'est énervant, mais être apprécié par de tout jeunes lecteurs, c'est un bonheur rare. Je vous le dis, vive les djeuns!