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Melting Pot et vin blanc doux
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13 décembre 2013

Dernier virage avant le demi-siècle.

On était en décembre et j'avais attrapé la rougeole, à cette époque reculée où l'on ne vaccinait pas encore les mômes contre ce fléau. J'allais avoir deux ans, et, à peine remise, maman m'avait envoyée chez sa soeur où j'avais passé les deux dernières semaines avant Noël. Je n'étais revenue à la maison que le soir du réveillon, avec ma tante et mes trois cousins. Maman avait tout préparé, et j'avais senti, à peine passé la porte, l'odeur du sapin, la fourrure de Rex, aussi heureux de me voir que je l'étais de le retrouver. Les assiettes brillaient sur la table éclairée de bougies, maman et sa soeur étaient tombées dans les bras l'une de l'autre, comme elles faisaient toujours, même quand elles s'étaient vues la veille. Elles nous avaient réunis devant la crèche avant de nous coucher. On nous reveillerait à minuit, pour la distribution rituelle des cadeaux. J'espérais une poupée. Chacun avait reçu ses présents, sauf moi, assise, au bord des larmes, sur une chaise basse. Maman, alors, s'était tournée vers moi. 

"Ouvre tes bras, et ferme tes yeux."

J'avais senti le moelleux d'une couverture, et les mains de ma mère qui déposait sur mes genoux le cadeau attendu. "Tu peux regarder".

La couverture, verte, tricotée au crochet, enveloppait une poupée toute chaude que maman n'avait pas lâchée. "C'est ta soeur." Des cadeaux de mon enfance, elle est le seul, avec un puzzle des départements français, dont j'ai gardé le souvenir. Plus jolie qu'une poupée, plus emmerdante aussi. Elle passerait quatorze années à me coller au train, à cafter mes bêtises, à prendre toute la place dans le lit que nous partagerions dix ans durant, à jouer avec moi au tournis jusqu'à ce que vaincues par le vertige à force de tournoyer sur place, nous nous abattions sur le sol, à déchirer une culotte chaque fois que nous descendions un toboggan (sans que je m'explique jamais comment elle réussissait ce tour de force), à héberger dans notre chambre les orvets vivants qu'elle ramassait lors de nos promenades avec Victor, à m'en vouloir de mes facilités scolaires, elle qui, dyslexique, ramait sur ses dictées... Elle a quitté très tôt la maison pour l'internat, seule fille dans la section cuisine d'une école d'hotellerie. J'aime croire que sa formidable résistance aux tracasseries qu'elle a alors dû essuyer dans ce milieu machiste devait beaucoup à l'entraînement militaire que je lui avais fait subir à la maison. Elle payait cher toute tentative d'échapper à ma suprématie d'aînée. Nous étions, nous sommes encore aujourd'hui, aussi différentes en apparence qu'on peut l'être. Elle parle tout le temps, je me tais souvent. Elle vit à fleur de peau, peu de choses percent mon vieux cuir. Elle fonce - en voiture ou dans l'arène, alors que je n'avance qu'avec circonspection. Elle s'imagine souvent qu'elle a besoin de mes conseils, alors que je suis scotchée, jour après jour, par sa capacité à se sortir des plus profondes ornières par l'effet d'une volonté à toute épreuve. 

Aujourd'hui, elle a 49 ans, et le moment est venu de me repentir enfin : Cathy, je suis désolée de t'avoir fracassé ma brosse à cheveux sur la tronche, d'avoir confondu la crème à se faire belle avec le tube de crème dépilatoire (mais tes sourcils ont repoussé), d'avoir exploité tous les soirs ton tempérament de froussarde pour m'endormir hilare pendant que tu tremblais des histoires imbéciles que je te racontais, ET d'avoir brûlé le siège de ta première bagnole toute neuve avec ma clope alors que tu m'avais interdit de fumer dedans. Bon anniversaire ma grande.

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Commentaires
R
Moi, je regrette de n'avoir pas plus cogné sur ma peste de soeur! son anniversaire vient d'avoir lieu, loin de moi, chez les cathos rentrés!
Répondre
M
Fallait bien qu'un jour je me repente !
Répondre
C
Bon bon anniversaire à Cathy!
Répondre
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