La fin d'une ère...
Je n'ai jamais su exactement pourquoi, mais dès la maternelle, mon appart est devenu le QG des enfants. Longtemps, j'ai cru que ça changerait avec les années de collège et de lycée, mais non. Mes fils continuaient à ramener, après les cours, leurs potes par paquet de douze, encombrant mon couloir, de cinq à sept heures, de sacs à dos informes et de baskets king size. La semaine dernière, ils étaient encore six à squatter ma table de cuisine pour des quizz Maths-Physique de dernière minute avant le bac. Même si je râle quelquefois parce qu'ils sont bruyants, j'aime les savoir tous là, entendre leurs rires poilus, sentir le parquet trembler sous les assauts répétés des mini-jeux mario qui exigent force trépignements, j'aime surprendre les discussions inspirées du dernier cours de philo, les disputes politiques, respirer cette ambiance d'enfance encore présente mais qui cède le pas à leurs jeunes ambitions. D. sera président de la république, et distribue déjà ses ministères. La santé pour G., qui veut être toubib, l'industrie pour V. qui vise les Arts et Métiers, la défense à T., qui vous nique n'importe quel Boss de jeux vidéo en trois coups de bazooka...
Je profite du moment, plus que jamais auparavant, parce que je sais que dès septembre, mon quotidien sera plus silencieux que la chapelle des nonnes de l'autre côté de la rue. Fini le bruit, finis les rires, les emballages de kinder bueno laissés en vrac sur, sous, autour de la table basse du salon, les armadas de verres tout collants d'Oasis. Ils reviendront, bien sûr, comme reviennent souvent le week-end mes deux grands, avec les mêmes copains qu'ils ramenaient avant, hanter les fins de nuits des samedis, laissant sur la table basse les bouteilles de Vodka, les jeux de cartes, et les tasses à café, vaincus par la fatigue à même le canapé où je les trouve au petit matin, endormis en grappes compactes avec leurs gueules d'anges et leurs chaussettes dégueu.
Demain soir, le plus jeune de mes fils aura fini de passer son bac. En septembre, il sera parti, avec ses Chocapic, ses potes et sa console de jeux, et je sais qu'il ne me faudra pas plus d'une semaine pour trouver le temps long, le silence pesant et les lundis mortels. Pour la première fois depuis vingt ans, je continuerai à bosser de quatre à sept au lieu de cuire des crêpes à la chaîne pour une horde d'estomacs déchaînés - en attendant, comme les amateurs de Star Trek, la next generation.