Dumas, plagié un jour, plagié toujours...
Ou rendons à César...
Il est des curiosités qui se mordent la queue. Lisant, dans Les Blancs et les Bleus de Dumas une description éloquente des Incoyables et des Meveilleuses, je m'interrompis pour aller chercher au web de plus complètes informations, en commençant par l'article Wiki, qui, à ma (pas si grande) surprise, reprenait quasi mot pour mot le texte de Dumas. Intriguée, j'allai voir au chapitre "sources" si l'auteur de l'article avait bien cité les siennes. Oui. Trois ouvrages, datés de 1893, 1875 et 1888, soit, pour le plus récent, huit ans après la publication de Dumas. Qui n'est pas cité dans celui des Dictionnaires que j'ai pu trouver sur google books. Un romancier, pensez...
Je me rends compte, tout à coup, que vous n'avez peut-être qu'une vague idée de ce que furent les incoyables et les meveilleuses. Vous pourriez lire l'article de Wiki, mais ce serait dommage. Mieux vaut lire l'Alexandre dans le texte, d'autant que ça se télécharge pour pas un rond. On y découvrira, outre le détail des moeurs de la révolution, la jeunesse de Nodier (alerte, c'est un spoiler, on ne l'appelle que Charles pendant les 300 premières pages) et tellement d'autres choses, en direct ou par ricochet, que c'est péché de pas le lire. Vous voulez un exemple ? Toute môme, pendant un cours d'histoire, mon maître nous avait raconté le système des charges à la cour. Un pour ouvrir les rideaux du roi, un pour la chemise, un pour présenter le vin, un pour découper la viande. Si ça se trouve, avais-je pensé, y'en avait peut-être un aussi pour lui torcher le cul. Je m'étais mentalement représenté la scène à la Molière, et en avais pleuré de rire toute seule. "Faites place au torche-cul du Roi !". C'est en lisant Dumas que j'ai découvert qu'on l'appelait, en vrai, le porte-coton. Avec le recul, et quarante ans de plus, je comprends mieux ce qui pouvait pousser la noblesse à payer pour cet office. Y'a-t-il meilleur moyen d'avoir tout entière l'oreille du pouvoir ?
Oui je sais, on s'en fout.