Monsieur le juge....
Je m'en remets à vous, Monsieur le Juge - et l'on entend les majuscules, obséquieuses. Le plaignant à la cinquantaine en costume trois pièce, le cheveu à peine blanchi aux tempes, et expose longuement ce qui l'amène au tribunal d'instance. Sa locataire, une toute jeune femme, lui a niké ses stores quasi neufs, et refuse de payer la réparation.
C'est son tour de parler, justement, et elle explique que ces stores n'ont jamais fonctionné correctement, qu'elle a dû appeler son propriétaire à la rescousse plusieurs fois parce qu'ils étaient bloqués, ces stores quasi neufs qui datent tout de même de la construction de l'immeuble, dans les années soixante, et qu'elle n'est pas responsable de la vétusté.
Le juge de proximité se retourne vers le plaignant.
- Vous confirmez ?
- Quoi donc, Monsieur le Juge ?
- Que les stores datent des années 60 ?
- Oui, Monsieur le Juge, mais ils ne sont pas vétustes pour autant, ils marchaient très bien avant. Pourtant je m'en remets à vous Monsieur le Juge. Si je suis là, c'est parce que j'espère tout de votre équité., geint-il. Vous comprenez, depuis six mois, je n'ai pas pu penser à autre chose, j'en ai même perdu la santé, Monsieur le Juge.
Monsieur le Juge, tout impassible qu'il s'applique à être, esquisse un sourire. Il a dû penser la même chose que moi, qui glande là depuis déjà quatre heures pour une histoire de charges de copropriétés impayées. De la santé, faut déjà pas en avoir beaucoup, pour la perdre sur un coup comme ça.
Enfin, j'ai déjà entendu tellement de connneries cet après midi, que c'est pas celle-là qui fera la différence. Ce que je ne sais pas encore, c'est qu'il me faudra sept longues heures de patience, en tout, avant de pouvoir exposer les miennes, de conneries. Assez de temps pour me convaincre qu'être juge de proximité, c'est un sacerdoce.