un peu d'histoire...
Si je vous cause de Cromwell, vous savez tous à qui je fais
allusion. Sauf d'aucuns, qui demanderont quel Cromwell ? Celui qui
servit Henri VIII ou celui qui succéda à Charles Ier ? (ceux qui sont en train
de se demander quel Henri VIII et quel Charles Ier peuvent retourner vaquer à
leurs occupations, c'est pas la peine de rester). Pour ceux qui ont posé la question, je
continue.
Comment s'est construite cette aberration insulaire qu'est l'anglicanisme ?
Qu'est ce que l'anglicanisme d'ailleurs. Hé bien, par le jeu de subtils
croisements des intérêts d'un monarque et d'un ministre, l'anglicanisme n'est
rien d'autre que la branche puritaine du catholicisme, qui relève de la couronne
d'Angleterre plutôt que de celle de Saint Pierre.
Thomas Cromwell, au 16ème siècle, luthérien convaincu mais discret, profita du
désir qu'avait Henri VIII de se séparer de Catherine d'Aragon pour l'inciter -
devant le refus du pape d'annuler cette union, à nationaliser l'Eglise et à
s'en faire le chef. Malgré les efforts particulièrement coercitifs de Cromwell
pour faire évoluer cette église vers la réforme, les anglais restèrent
profondément attachés au catholicisme, et marchèrent même sur Londres pour
réclamer la restitution des abbayes confisquées.
De la réforme, l'Eglise anglicane adopta le droit pour les prêtres à se marier,
et une certaine honnêteté de pensée qui la conduisit, par exemple à être la
première à discuter de l'ordination de prêtres homosexuels - et contre laquelle
s'élèvent farouchement, on s'en doute, les Papes et cardinaux. Papes et
cardinaux, qui ont été retranchés d'ailleurs, de la hiérarchie anglicane,
guidée par l'Archevêque de Cantorbéry.
Du catholicisme, les anglicans ont gardé les sacrements et la liturgie, et
restent partagés sur la consubstantiation et la transsubstantiation. Vaste
débat. En théorie, parce qu'en pratique, qui pourrait gober l'une ou l'autre
avec son hostie, hein ?
L'autre Cromwell, Oliver, était un puritain du siècle suivant, habile et cruel
politicien qui profita de la révolution parlementaire pour se mettre à la tête
d'une république et fit vivre l'Angleterre, de 1649 à 1658, sous l'austère
férule d'un protestantisme tout aussi assidu que le catholicisme à pourfendre
la liberté de culte.
Il est à noter que si le premier Cromwell fut délibérément livré à la hache
d'un bourreau malhabile, le second eut à subir un rituel d'exécution post
mortem quand le fils de Charles Ier, Charles II, remonta en 1661, sur le
trône de son père mort sur l'échafaud. On fit jeter le corps de Cromwell dans un puits, et sa tête resta, paraît-il, plantée sur
un pieu devant l’abbaye de Westminster jusqu’en 1685.
Etonnant, non ?