Je m'étais dit,
fais pas ta pisse-froid, y zont bien le droit de faire du vélo où ils veulent, hein. Mais bon, il n'est pas encore dix heures, et je commence à trouver la plaisanterie bruyante. Râleuse ? Sans doute. D'abord, j'ai horreur des mouvements de foule, surtout sous ma fenêtre. Et puis qu'a-ton besoin, pour pédaler, de toute cette débauche de décérébrés hurlant dans des mégaphones. Oui, oui, faites du bruit qu'il beugle l'autre tête de con depuis déjà une demi heure. Non mais, franchement, rien qu'à lui tout seul, il en fait assez comme ça ! Comme je suis prudente, je suis allée faire mes courses aux aurores, et déjà il était impossible de se frayer un chemin jusqu'au prisu. Mais j'avais prévu le coup, j'y suis allée en après-skis, histoire de signifier sans équivoque à tous ces cyclophiles en tongues que devant chez moi, je suis prioritaire, de gré ou de coup de pompe dans les orteils. Faire le tour du lac, d'ailleurs, c'est pas un exploit, la preuve c'est que quand on le fait avec mes cops, y'a personne pour gueuler des Hé-hé-hé sur notre passage. Bon, OK, nous on met trois heures pour faire les quarante bornes, mais c'est parce qu'on s'arrête pour se baigner en route, sinon on a trop mal au cul, et en plus, nous on a des vélos d'occase, des vrais vélos du milieu du grand siècle, le vingtième, avec le cadre en fonte. C'est autre chose que ces bricoles en carbonne qu'avancent vite, certes, mais qui résistent pas à la moindre collision.
Et puis leur bordel de plateaux TV, camions bariolés et autres stands de pub, y z'auraient pu le planter ailleurs qu'à ma porte, genre autour du lac, c'est plein de verts pâturages très très très pitoresques. Pas autant que les vieilles prisons, faut croire. Putain, c'est pas dix heures, et je les hais déjà. Pourtant, je m'étais bien dit, fais pas ta pisse-froid, mais mes bonnes résolutions n'ont jamais,jamais résisté à l'excès de décibels. Et faut pas rêver, ma chaine stéréo sera jamais assez puissante pour couvrir ça.