Redoublement et truismes.
Les chiffres causent tout seuls : un élève sur cinq redouble en primaire ( !) un sur trois en collège ( !!) et encore deux sur dix de ceux qui ont réussi à passer en seconde. Notez qu’on arrive comme ça à notre quota de 80% de bacheliers-zélières aussi compétitifs dans l’ensemble, que l’élite des détenteurs d’un Certificat d’Etudes, toujours capable de vous réciter de mémoire la liste des chefs lieux de département même quand ils ne sont plus foutus de se souvenir où ils ont posé leur dentier la veille !
Mais je m’égare. Moi aussi. Bref, pour 3% d’enfants d’enseignants qui redoublent, 41% des enfants d’inactifs font les frais d’une pratique aux vertus de laquelle les 2/3 des membres du corps professoral déclarent faire toute confiance… pour les enfants des autres visiblement. Parce que hors les enfants d’enseignants, plus personne n’est complètement à l’abri, encore que le cadre supérieur ait moins de souci à se faire que le technicien en maintenance de chez Carrefour.
Or devinez quoi, les statistiques sont formelles, concernant l’efficacité du redoublement, et ce résument à le plus que tu recules, le moins que t’avances.
J’ai personnellement vérifié ce
truisme une fois en laissant faire – et mon garçon s’est, pour sa deuxième
seconde, hissé en queue de classe dans
toutes les matières au point que j’ai dû bouffer mon chapeau à genoux
devant un crétin avec lequel j’avais déjà eu des mots lorsqu’il avait voulu me
faire parapher une sorte de déclaration d’infâmie de Chonchon, qu’a fini par
avoir son bac de fatigue. L’année dernière, quand ma Virgule s’est trouvé dans
la ligne de mire, j’ai dégainé. Bon, enfin, tout juste, parce qu’en 5ème,
suffit de dire poliment non merci et ça se termine là. Heureusement pour moi,
parce que je suis allée deux fois, quand même, en commission d’appel pour
Chonchon, et je peux vous assurer qu’il vaut mieux assurer stratégiquement et
verbalement dans ces circonstances qui vous placent tout seul à défendre un
mauvais client devant des juges qui sont aussi ses accusateurs. Bref, Virgule
est allé en 4ème comme un grand (avec un coup de pied au cul, hein,
la pédagogie, c’est aussi fait d’effets marquants) et j’ai pu constater, depuis
la rentrée ,que l’inverse d’un truisme est également un truisme. Le plus que t’avances, le moins que tu
recules.
Plutôt que de viser des records négatifs, il s’est attaché à démontrer qu’il pouvait faire aussi bien que les meilleurs. Et comme en 4ème en plus faut s’accrocher un peu plus que d’habitude, ben il a fait comme il voulait, et malgré une imagination débridée, il est allé se chercher sa mention bien au conseil de classe. Et il l’a eue. Tout fier qu’il est, et comme la pédagogie est aussi faite de moments marquants, on ira se faire une glace triples quand il rentrera tout à l’heure, avec la chantilly et la boule dégustation, le grand jeu !
Parents, je vous le dis. Ne laissez pas faire. Battez-vous pour qu’on leur fasse confiance, allez en masse aux commissions d’appel, saturez-les, refusez les redoublements, et n’hésitez pas à serrer vos mômes à la gorge à la première velléité de glandage – ouais, faut pas croire, c’est du boulot, la motivation.
Je vous rassure quand même avec une statistique toute personnelle, sur trois enfants, un se démerde tout seul à l'école en faisant sa route sans jamais de heurt, et c'est reposant.