Les proverbes de Virgule.
J’ai récemment engueulationné le plus jeune de mes garçons
parce qu’il y avait un relâchement certain dans ses rédactions. Faut dire que
les sujets sont pas bandants, et que mon petit bout n’a jamais été capable d’écrire
trois lignes répondant strictement à une consigne du genre décrivez votre chambre en utilisant les éléments d’application vus dans
la séquence IV.
Ce garçon est paralysé par un excès d’imagination, et pour
peu que son œil se pose sur l’un des posters qui ornent
ses murs, pfuit, le voilà parti dans un monde parallèle, la rédac devient
chapitre de roman fantastique et on se retrouve pour le moins hors-sujet. Avant
j’y disais rien, mais la prof de Français m’ayant convoquée récemment pour me
mettre en garde contre la propension de
Virgile à s’échapper du réel, je veille désormais au strict respect de la
consigne qui consiste essentiellement à caser, dans l’ordre, une proposition
subordonnée relative, deux adjectifs, une proposition conjonctive, deux
adverbes, bref, ça relève plus de l'algorithme que de la littérature.
Oui, mais c’est pas
marrant.
Tu l’as dit bouffi. (mais
ça je me contente de le penser, je le lui dis pas).
Or donc, l’animal, ne sachant se résoudre à rédactionner
sans rire, a trouvé moyen de détourner à son profit la dernière consigne qui
était d’inclure dans le texte des
proverbes.
Il avait choisi de traiter de nos relations mère-fils dans
ce qu’elles ont de plus trivial, à savoir les petites exigences ménagères que
je peux poser comme condition à ses stations prolongées devant mon ordinateur. Je
vous la laisse.
Avec ma mère, rien n’est
gratuit. Chaque fois que je veux prendre son PC, elle m’impose une corvée. Descendre
les poubelles, laver la salade, ranger ses béquilles, je dois toujours faire ce
qu’elle me dit avant. Mais je l’ai prévenue, tant va la cruche à l’eau
- Marie, on mange
des pizza ce soir ?
Pas de réponse,
évidemment. Alors j’ai pris le téléphone et je les ai commandées moi-même. Après
tout, vous connaissez le proverbe : Qui ne dit no consent.
PS : l'entrevue avec la prof de français aura eu au moins ça de bon qu'il a désormais le droit de rendre son travail sur word, et sans rire pour un gamin atteint d'une pareille dysgraphie (paraît que c'est comme ça qu'on dit "écriture de cochon") c'est un vrai soulagement.