Extraits, portraits... tirés du Rugbyman Nomade.
Même durant la période d’amateurisme contrebandier, l’argent était secondaire. Dans un autre de ses intéressants ouvrages, Le Temps des Bonis, Lalanne repousse élégamment les attaques anglaises contre les joueurs français rétribués en rapportant les propos échangés par Horace Nelson et l’Amiral Surcouf quelque part dans l’océan Indien. A Nelson qui accusait les Français de n’être capables de se battre que pour de l’argent, alors que les Anglais ferraillaient pour l’honneur, Surcouf répondit avec dédain que partout dans le monde les hommes ne se battent que pour ce dont ils sont dépourvus.
De l’honneur, le rugby français en avait à revendre. Le jeu, tout à la fois, l’exige et le confère. Dans le sud-ouest, il est en outre accompagné de solidarité, de courage, de loyauté, qui sont les valeurs positives de toute communauté. A Paris, il offrait en plus une touche artistique, une liberté d’expression et de poésie qui adoucissait son côté menaçant. On trouve un bel exemple de cette façon d’être dans l’image des joueurs du Racing Club débouchant le champagne à la mi-temps d’un match de finale houleux en 1990.
Même dans une ville comme Paris, disait Frank Mesnel, où
l’on trouve des théâtres, des cinémas, du jazz et de la littérature, le rugby
trouve sa place. Quand Mesnel a fini sa carrière de centre au Racing Club, il a
ouvert une boutique de fringues haut de gamme qu’il a baptisée Eden Park, en
l’honneur du stade néo-zélandais où les français avaient gagné un mémorable
match de demi-finale de
Frank vendait au départ des maillots fantaisie, usant des
sonnantes devises du rugby pour faire trébucher celles du chaland dans
sa propre escarcelle. On trouve maintenant plus de cinquante magasins Eden
Sport dans treize pays différents. Les photos du Racing Club et les affiches de
matchs internationaux y trônent aux murs au-dessus de vieux ballons ovales.
Eden Park ne vend plus de maillots de rugby, mais la marque existe toujours.
Ils vendent maintenant des costumes pour hommes. Et lancent ce printemps une
ligne d’accessoires de cuisine.
Frank Mesnel, vraiment, c’était un sacré joueur, l’un de ceux qui sont au panthéon du Racing Club. Alors j’aimerais savoir maintenant, et être rassuré. Franck, s’il te plaît, dis-moi, tout ça, c’était pas juste pour pouvoir vendre des fouets à chantilly, hein ? Réponds, purée. C’était vraiment nécessaire, d’aller imprégner de vulgaires spatules à crêpes des valeurs centenaires du rugby ? Franchement…
On peut se procurer Le Rugbyman Nomade de Richard Beard ici