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Melting Pot et vin blanc doux
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18 février 2008

Extraits, portraits.


 

Vous pouvez lire la préface de Denis Lalanne

 

 

"C’est alors que je vis, tout au bout de la route, John le Gallois, l’électricien alcoolique qui avait assisté avec nous au match d’ouverture de la Coupe du Monde. Il avançait de son pas inégal en direction du Lord des Iles, où je le rejoignis.

 

Il était un peu plus mince qu’autrefois, sa figure s’était émaciée, mais il tenait toujours les mêmes discours incohérents. Autrefois, il était interdit de pub, mais depuis que le Lord des Iles avait changé de propriétaire, l’endroit avait acquis un air presque pimpant et ce grincheux de John avait maintenant son tabouret attitré au sein du groupe des affabulateurs réguliers.

 

Nous nous installâmes, et au moment où il leva sa chope, je vis que ses mains tremblaient. « Je n’en bois plus qu’une seule, à midi. » Ses yeux cillaient sans cesse, mais il gardait, inexplicablement, un reste de charme canaille. Il me raconta que Mathilde lui avait légué mille livres par testament, et c’était ma foi bien possible. Pour le reste, c’était le discours habituel. A l’en croire, au cours de ces dernières années, il avait été ingénieur à la Royal Air Force, traversé l’Atlantique en solitaire et inventé le téléphone portable.

 

Et il me racontait tout ça en clignant des yeux de plus en plus souvent et de plus en plus vite, comme pour me signifier que nous n’étions pas dupes, que ni lui ni personne ne dit jamais vraiment la vérité.

 

Je lui dis que j’étais devenu écrivain, auteur de romans essentiellement, mais que pour le moment je travaillais à un livre sur le rugby.

 

Il avait fini sa bière et m’offrait son sourire charmeur en frottant l’une contre l’autre ses mains tremblantes.

 

« Normalement, à midi, je ne bois qu’une bière, mais puisque tu trinques avec moi, je ne peux pas te refuser le pousse-café. » Je lui offris un whisky, et n’eus pas le temps de compter jusqu’à dix. C’était parti. Il me raconta comment il avait joué arrière pour l’équipe d’Ebbw Vale au Pays de Galles. Comment, à l’époque, ils trouvaient des billets de cinq livres glissés dans leurs chaussures à leur retour au vestiaire. Cinq livres, dans les années 70, c’était beaucoup d’argent. Il avait, disait-il, joué avec Phil Bennett. Quand il était à l’école, dans la vallée, on l’avait puni pour avoir apporté dans la cour un ballon rond - à cette époque-là, on fouettait les mollets des gosses qui jouaient au foot. Appuyé au bar, il fixait le tapis, écrasé de mélancolie éthylique, laissant passer son amertume. « Je déteste le foot. »

 

Les Gallois sont comme ça. Si vous empilez tous ceux qui racontent, quand ils ont un verre dans le nez, qu’ils ont joué avec Phil Bennett, vous couvrez la distance Terre-Lune. Ce sont un peu les Marseillais du Royaume-Uni. Les Ecossais, s’il ne sont pas plus sobres, sont en général moins menteurs, et ne vont pas jusqu’à se peindre sous les traits de rugbymen professionnels à mi-temps."

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