Jeux de mômes.
Un détour ce matin par le blog La.piqûre m’a remis en mémoire certains jeux à la con que peuvent inventer les gosses pour se distraire pendant les vacances, et dont les benjamins de fratrie font souvent les frais douloureux.
Les vacances de Toussaint sont traditionnellement l’occasion de réunir mes trois garçons et leurs deux cousins sur les inépuisables terres sauvages d’Ardèche. La nature est là bas généreuse aux marmots. Elle offre tout à la fois le terrain de jeux, les indispensables armes, et la bouffe, raisin vert ou suri, mûres, châtaignes, abricots, tous fruits qui peuvent remplir à la fois les estomacs et la fonction de projectile.
Un procédé de long temps établi les conduit à se diviser en deux camps, les deux plus âgés (18 et 20 ans à ce jour) d’un côté, les trois plus jeunes (16, 15 et 11 ans) de l’autre. Les territoires sont rigoureusement délimités, et les armes collectées dans des caches disposées tout au long des défenses de ronces soigneusement accumulées pour barrer le passage aux adverses. Un seul objectif, déloger l’opposant de son territoire, soit en l’envahissant, soit en contraignant ses occupants à la retraite.
C’est le jour où Virgule est revenu de la bataille avec la tronche en sang que j’ai dû interrompre une partie de belote pour expliquer le B.A. BA des conventions de Genève.
On ne tire pas les châtaignes avec les bogues, même si on a mis des gants pour se protéger les doigts.
On n’oblige pas l’assaillant à reculer à grands coups de fouets de ronces, même s’il a descendu son bonnet sur sa figure.
On ne creuse pas de pièges à mammouths dans le jardin pour y faire choir l’adversaire par traîtrise.
Pis on change de jeu, là, ça va bien.
Mon frère, généreux, et las surtout
de perdre à la belote, s’étant proposé pour les accompagner afin de superviser
de moins dangereuses occupations, nous reprîmes notre partie sans inquiétude,
les rires fusant du jardin en friche, jusqu’à ce qu’un concert de MARIE, MARIE,
PUTAIN SORS
Mon frangin, casé dans son fauteuil roulant, avait organisé des jeux olympiques. C’est à l’épreuve de lancer de javelot – en l’occurrence des bambous séchés – que mon bouchon de quatre ans avait succombé. Les grands projetaient les bambous sur leur oncle qui les déviait grâce à celui qu’il tenait à deux mains. Las, un joli coup avait atteint le marmot chargé de compter les points, et les fourmis remontaient déjà la trace de sang quand j’arrivai à sa hauteur.
Souvenez-vous, les blessures à la tête, ça fait pas dans le détail, et en Ardèche, les urgences, c’est toujours au moins à soixante bornes. Bref, nous en fûmes quittes, cette fois-là, pour quelques points de suture. Pas beaucoup plus grave que les autres fois, un semi noyé en juin, une jambe cassée en août, un bras l’année suivante, une commotion, une rencontre malheureuse avec un nid de guêpes et quelques plaies profondes. Mais quand on m’annonce la fermeture prochaine du service des urgences d’Aubenas, je m’interroge sur un éventuel changement de destination de vacances, parce que Montélimar ou Privas, c’est pas vraiment la porte à côté, et si d’aventure il arrivait un jour un accident plus grave, mes talents de Fangio en Clio risqueraient de s’avérer insuffisants à assurer la survie d’une progéniture qui m’est chère, même si y’a jamais moyen de finir une main quand j’ai un carré de valets.
PS : pour découvrir un jeu tout-à-fait innofensif dans la région, reportez-vous à l'article grenouille du Dictionnaire Arbitraire, en lien.