Tout à l'heure...
Tout à l’heure, je vais descendre à Providence. Faire le tour des portes, et boucher à la pâte à bois les trous qu’y ont fait les sbires municipaux pour y poser les cadenas qui nous ont interdit l’entrée pendant dix mois. Et puis j’arracherai les avis infâmants placardés noir sur blanc à toutes les issues. C’est rien du tout, hein, que des insignifiances. Mais c’est justice que ce soit moi qui fasse tout ça. Merdalors. Pis juste après, j’irai acheter un bouquet de roses, et je passerai au bureau de Mademoiselle ma juriste, parce que s’il y en a une qui m’a activement aidée à nous sortir de là, c’est bien elle. Mamzelle Sophie. Après, je rentrerai à ma maison des montagnes, et je convoquerai le banc de mes cops, qui m’amenaient des croissants au café « pour que je me remplume », qui se sont ruinées en kleenex pour éponger mes désespoirs, qui m’ont prise dans leurs grands bras chauds pour me frotter l’échine, qui bientôt pourront recommencer, en passant devant Providence, à brailler dans la rue « MARIE… MAAA-RIIIEEUUU… on monte boire un café ».
Oh yes, Valérie, Monika, Michel, Jacques, (Michel et Jacques sont aussi mes copines). Et toi, Muriel, et toutes les autres, que je ne croisais plus que par hasard en ville, mais qui souriaient en me tendant les bras. J’ai déjà oublié les fâcheux. Je sais même plus leurs noms. Et bientôt, quand je serai rentrée chez moi, assise le matin sur la fenêtre de ma chambre avec ma tasse en fer, je ferai coucou à sœur Michèle, et on se causera, moi en hurlant, parce qu’elle est un peu sourde, et au cœur de Janvier[1], y’aura déjà le parfum des lilas.
[1] Elle est pas innocente celle-là, tu sais ?