Feminum est
On le sait depuis belle heurette, le genre des noms de métiers est source de discorde sociale. Certains (et souvent c’est certaines) sont partisans de les féminiser systématiquement, d’autres de leur laisser leur genre originel en changeant simplement celui du déterminant qui les précède. Mais l’usage, lui, fait bien comme ça lui chante, c’est pas moi qui le dit, c’est Gilles Menage. Notez donc que si l’on dit « grammairien », on n’entend quasi-pas « grammairienne ». Alors que les infirmières courent les rues. Or, si l’on se livre à une analyse –toute superficielle, mais les analyses approfondies ont tendance à me gonfler velu, on se rendra compte que le peuple (j’entends par là vous et moi) semble obéir en la matière à une règle très subtile, quoiqu’à ma connaissance pas encore académiquement énoncée.
Comblons la lacune. Il semblerait qu’on féminise les noms des emplois subalternes pour laisser aux métiers de noblesse le masculin qui leur sied si naturellement.
On dit, une infirmière, et un chirurgien. Un juge, et une avocate. Un écrivain et une traductrice. Un préfet et sa femme.
Bien sûr, nombreuses sont les femmes de préfet à s’indigner, en tailleur Chanel, de l’ostracisme langagier dont restent victimes les gonzesses, et réclament à petits cris distingués qu’on ne dise plus qu’ « une écrivaine », une « chirurgienne », voire une « présidente ». C’est oublier qu’en France la présidente, comme la générale ou la préfète ne sont rien autre que les légitimes épouses de leurs VIP de conjoints.
Faut-il, Mesdames les récrimineuses de salon, que vous soyez bien peu sûres des qualités qui sont les vôtres, pour exiger ainsi qu’on les formate à la mesure de vos nichons. Consolez-vous en vous disant que certains noms ne seront jamais masculins. On dira toujours « une ménagère de moins de cinquante ans », n’en déplaise aux échioglosses[1] désœuvrées qui feraient mieux de remonter leurs manches et de montrer ce qu’elles savent faire, au lieu de se complaire dans leur vanité récurrente d’apprenties révolutionnaires de la lexicographie, non mais c’est vrai, soyons sérieuses.
[1] En grec langue de vipère, et en vrai plante famille des orchidées.