Joueurs, une nuit de Providence.
Mankind, l’Humanité.
Mankind, de man, l’homme, et kind,
l’espèce ;
Mankind de man, l’homme, et de kind,
gentil.
C’est selon l’interprète.
La lune est exactement ronde, et
posée à l’angle du toit.
Dans l’ombre, dans l’ombre humide,
s’étire, s’étale se love et se dilue la mélopée d’un violoncelle.
Grave.
Grave cello. Un violoncelle aux chaleurs d’outre tombe,
aux lenteurs immortelles, aux frénésies soudaines, échos lointains
d’enthousiasmantes désespérances, aux boucles et aux méandres secrètement
pulsés par les courants imaginaires.
Dans le cadre de la fenêtre toujours
ouverte, la lune est exactement ronde, et posée à l’angle du toit.
Et dans la rue sautille le rythme en
syncopette, la polka d’un marmot qui bredouille ses premières mélodies. On
entend le miaulement rauque d’un chat, l’appel sourd lent et lancinant de la nuit qui s’installe, passagère.
El cello berce l’homme qui, en bas,
voue l’homme aux gémonies et crie sa partition, désespérando, gutturale, qui
vomit sa malédiction.
- Fuck
mankind.
There
is nothing kind about human.
And
God is drunk again[1].
Oui Dieu est pété du matin au soir.
Emma s’enivre au bois du violoncelle.
Elle se moque de Dieu.
Elle le connaît par coeur. Elle
sourit, oui, Dieu est pété du matin au soir, et rien n’est bon dans l’homme,
excepté le lyrisme.
Elle pose son archet. Boit à longs
traits l’eau transparente prisonnière du verre. S’approche de la fenêtre
toujours ouverte, et sa silhouette se peint en contre nuit sur la lune toujours
exactement ronde, mais plus tout à fait posée à l’angle du toit.
Elle aurait juré pourtant, que.
Elle aura profité d’une seconde
d’inattention, sûrement quand le chat a
miaulé pour faire diversion. Les chats sont toujours complices de la lune.
L’homme en bas est appuyé au garde
fou de fer. Laisse passer un chaos de claquements de mains, de cris sourds et
difformes.
Et quand ils rendent la nuit au
silence, il se met à genoux.
Et il parle à la fille dans la lune,
celle qui a un violoncelle.
- Reprends le cello. Joue la
polyphonie des schizophrènes.
La fille rit. Reprend le violoncelle,
le cale sous son menton, se blesse un peu au cou à cause de la pique.
Quand elle lève son archet, ses
cheveux commencent à pâlir, et bientôt l’homme rit, dément, de la voir chauve
sur la lune. Ses dents brillent dans la nuit. La musique porte son rire jusqu’à
la lune, et son rire caresse en cascade la peau noire de la fille qui joue en
silence.
Elle s’arrête et son bras se détend,
démesurément long, pour toucher de sa grâce les cheveux courts de l’homme qui
bataillent et s’agrestent sur sa tête révoltée.
La fille à la fenêtre voit l’image de
l’homme qui la voit dans la lune, qui la caresse de son rire.
Il est désespéré.
Il attend à genoux le verdict de
l’archet qui s’afrôle à sa joue, y laisse une traînée blanche.
Il attend à genoux le verdict de
l’archet qui pointe sur sa nuque, qui siffle et qui fend l’air, et qui cingle à
son coeur la vérité cruelle.
There’s
nothing kind about human.
Son sang coule. La fille a fiché dans
la lune le sol du violoncelle et joue,
joue et massacre la symphonie du temps.
Appuyé contre le garde fou en fer de
la lune exactement ronde, l’homme tend son ticket au préposé aux contes.
Et le préposé note. Un mort par
arbitraire.
Sous la fenêtre toujours ouverte, les
passants continuent de passer, bien en file devant la lune qui ce soir est
exactement ronde, et qui sans bruit est revenue se poser juste à l’angle du
toit.
[1] Putain d’humanité, il n’y a rien de bon dans l’homme, et Dieu est encore saoul.