Tarde Venientibus Ossa
Tarde venientibus ossa
Dans son jeune âge une donzelle
Inconsidérément
S’éprit d’un esprit fort savant
Et qui passait pour bien connaître
Les grandes idées des grand maîtres.
Il était beau, le front altier
L’œil fier et noble, l’air conquérant
Adouci d’un collier de barbe
Qui cachait mal ses airs d’enfant.
Las, sitôt l’eut elle épousé
Notre donzelle déchanta
Bien sûr son prince était charmant
Mais si souvent pris dans ses livres
Son latin et tout son fatras
Que de l’aube à l’aube souvent
Il ne quittait son débarras,
Qu’en vain elle lui cornait l’heure
Et du dîner et du souper
Et qu’elle errait dans sa demeure
En célibataire esseulée.
De dépit elle dînait seule
Laissant pour lui un réchauffé
Que dans la nuit il goûterait
Quand la faim lui viendrait en gueule.
Un soir qu’il répondit « j’arrive »
A son « viens manger mon chéri »
Elle attendit, jusqu’à onze heures
En picorant là et ici
Puis, lassée, vida les gamelles
Les pots les pichets et les plats
Et, retournant à la poubelle,
Sur une vaisselle d’étain
Une carcasse elle laissa
Ainsi qu’un poulet en latin
Qui le nourrirait d’un cruel
« Tarde venientibus ossa[1] ».
[1] Ceux qui viennent tard ne trouvent que les os.
Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).