lundi 26 octobre 2009
Fallie.
Ca y est ! les arbres nous la jouent baroque flamboyant, qu’on se croirait perdu en forêt de Frontenac. Vas-y que je rougeoie, que je te lâche du jaune biloba plein les oeils, du cendré, du carmin, du purpurin violent et même de l’orange franc qui tranche sur le ciel blanc. Paraît que près des pôles, y’en a dix sept nuances chacune avec un mot, mais je les connais pas, c’est des mots de froidure qui doivent être échelonnés en degrés fahrenheit. Ici la neige est blanche, des fois teintée de bleu, des fois teintée de rose, des fois tachée de sang quand on cours d’un pique nique on a mordu trop fort au ventre des cerises, mais ça c’est pas souvent. Les pique nique dans la neige, c’est plutôt pemmican et foie de coyote frais. Les pique nique automnaux, c’est fait de girolles tendres doucettement fondues avec une pointe d’ail, de gâteaux aux châtaignes et de faisan pourri, et puis d’une cigarette, qu’on se grille en silence en se disant putain, si seulement j’étais peintre. Mais voilà, c’est comme ça. On voit, même on regarde, on s’émeut en dedans de tellement d’automne qui vous chatoie les sens, mais on sait bien que les peintres sont des tordus foutraques qui torturent les petits gris pour en faire des pinceaux, et qu’on aura jamais le cœur de se résoudre à épiler des escargots juste quand les gelées vont leur tomber dessus.
lundi 19 octobre 2009
Leurré.
L’heure est
impérative. Elle n’a pas d’autre mode, à défaut d’autre temps. Qui tend à s’y soustraire
tentera bien en vain. Le cadran d’une montre n’a pas de subjection, et n’offre
tout au plus qu’une rotondité, qui opère comme un leurre, mais n’ôtera pas un
coin au carré militaire des minutes agréées. Top – top – top, il est même
inutile de donner de la voix pour afficher son ordre. En avant, en avant, comme
les commandos qui grimpent les montagnes sans jamais se tourner. La consigne
avant tout, et une seconde bouffée n’est jamais ni reprise, et ni même
échangée. Top – top. L’heure est impérative, et quand elle s’étire en point d’orgue,
quelquefois, on entend bien ses griffes qui crissent sur le béton, ça nous
ramène au temps, en mode impératif. Top – top – t.
lundi 12 octobre 2009
Usufruit.
Dans le creux des silences on entendait les
points, et des virgules parfois quand le temps soupiraille, laissant passer à
peine entre ses barreaux noirs et forgés comme une heure des souffles d’une
seconde soixante fois par muid. Dans l’œil ovale du vent, la lumière des
protons riche de ces lueurs qui geignent au ciel d’Ecosse rosissait l’échouage
des vagues en gerbes molles sur des rochers trop durs, claffis de coquillages
fermés à l’hermétique, et qui sont à la fois et fades et trop salés. Le monde tout autour allait son train – d’enfer,
comme il y va toujours quand les barriques sont vides et gisent éventrées, et
que le rhum est bu et que sur le rivage, dans les brumes du matin, les foies de
morues puent encore plus que les phoques.
dimanche 4 octobre 2009
L'air à rebours.
Le jour où je l’ai vu, il désaxait le vent. C’est une tâche qui exige de la concentration, et je me suis bien gardé de troubler son effort. J’étais sur la passerelle, là où on est toujours quand on est spectateur. Il l’avait pris au cou et lui serrait le kiki pour lui couper l’haleine. Pour désaxer le vent, il faut le dessouffler, et puis l’entortiller dans un nœud de marin, et d’un grand pied au derche, l’envoyer bouter ouest – si c’est à l’ouest qu’on pense. Bien sûr c’est pas tant noble comme façon de faire, mais c’est physique – pas des boulots pour freluquets. D’ailleurs ce que j’en sais, moi, c’est tout théorique. Et il me faut trois points quand de deux lui strangule même le foehn furieux. Après je l’ai suivi – de loin. Il allait boire une bière, une Guinness, à l’odeur, je dirais. Il a bu en silence, c’était bien mérité. Y’avait sur son marcel de la sueur qui coulait. Le vent la sècherait. Il a posé son verre, regardé alentour, et il est reparti, avant que l’air revienne nous humer à rebours.
samedi 4 avril 2009
Polésie de saison.
C’est l’heure où les fenêtres reflètent extra muros des perspectives internes aux teintes miel de bois. Côté jardin c’est presque - très-bientôt, quasi déjà fleuri de bourgeons en patience.
Côté cour, on s’en fout, c’est bougon, c’est brouillon, acariâtre et grognard… occultons, éclipsons, ouatons, travestissons, semons-y des fanfares qui joueront des bastringues sitôt que le soleil repointera son nez, et des essences rares aux noms plante-orthographe, mais qui sentent si bon qu’on croirait des lilas.
Côté jardin encore, sur le noir du rempart et de la tour d’ardoise, le soleil vient jouer l’air des sphères flamboyantes et frôler de violets et de velours rosats les fleurs bleu-bête dressées dans leur jardinière blanche pour mieux voir son coucher avant de se plier bien rangées pour la nuit.
samedi 7 mars 2009
Polésie de printemps.
La patte du canard est d’un
orange plus vif quand il fait vraiment froid et le miroir de glace mélange son
reflet au vert moiré du col et à la cerne ronde d’un œil noir et luisant. La
brume tout autour se la joue mystérieuse, mais vraiment y’a pas de quoi. Quand
on peut seulement pas voiler les indécences d’un printemps qui sournoise, oui,
mais quand même, pas franchement planqué… où que l’on tourne l’œil, on en voit
qui copulent, des oiseaux. Sûr, c’est pas ostensible comme un printemps asin, c’est
furtif, ça se becte, hop, viens là, je te grimpe un peu sur le croupion ! Bien
sûr vous me direz, l’âne est plus éloquent, mais y’en a moins en ville qu’il n’y
a de moineaux, et quand on les promène dans les rues des cités, l’agitation
ambiante les absorbe tout entiers et ils ne songent à rien qu’à dénicher dans
les beaux magasins le chapeau de paille seyant qui les couvrira à l’été, sans
offrir le spectacle de leurs franches amours aux passants qui du coup ignorent
leur présence.
Enfin bon, c’est l’un de ces printemps qui s’avancent en sioux, qui font fondre la glace par en dessous d’abord et qui laissent les brumes se faire l’illusion qu’elles pourraient brumer toute une éternité sans qu’un matin, soudain, il leur en cuise assez de leurs prétentions folles pour qu’elles crèvent d’un coup, qu’elles soient vaporisées comme au vaporifer –
Oui mais quoi faire ?
Fer coiffeur
Fer à friser les bonnes femmes
Fer des affaires(1)
Avec l’printemps qui r’vient.
(1) Ca of course, c’est de l’emprunté au roi d’la polésie, et de l’opportunisme.
samedi 28 février 2009
Je me fous d'espérer...
Attaque, oui vas-y, on dirait que t’es quatre. Allez la basse, à toi, discret, et contre chant. Messire du Violon, prépare nous tes cordes, c’est bon ? Frottez, jeunesse. Dig-a-dug dug, ding dong ding dong, deux clarinettes - qui feutrent le silence, et un quart suspendu - fumant comme un I-richkofi. Y’a des volutes bleues qui nous piquent les rêves, du tord boyaux, du bon, des sourires éphémères, y’a des yeux qui se frôlent et des pensées tueuses comme une roulette slave, on s’en fout du clocher qui veut narguer la lune. Qu’il se fasse exploser à vouloir jouer le bœuf aussi con qu’une grenouille, de bénitier sans doute. Vautre-toi au velours de la banquette rouge, y’a rien à oublier. Au paradis, mon vieux, on y est d’jà, sans doute : alcool, clopes et musique, et dehors dans le ciel, la lune qui sourit, et ta main dans la mienne, je me fous d’espérer.
vendredi 27 février 2009
néopolétique ?
Pour vous forger un nouveau mot
Veillez à ce qu'il soit fort beau
- Célidulinde ou plépiptère,
allitération têtanlaire.
Que le lecteur sans coup férir
l'aille chercher au dictionnaire
Conirostre a l'air d'un sabir,
Que répondre à syscapulaire
pripathétique ou scrofulaire
cyclophénote, abénastique, atroptile ou décaculote ?
Et pourquoi Seigneur faudrait-il
qu'on répondit à l'hystémique
au spadirant, au déictique,
à tout ce que foutre le vent ?
mercredi 11 février 2009
polésie bancale et qui mène nulle part.
Des grains d’une guitare, imperceptible tout d’abord, avait surgi le chant plaintif, aigu, mais déjà envoûtant d’un sombre archet tzigane Pris l’homme au cœur.
Noir d'ébène, lourd, souple, avec un sang rouge comme un vin de bordeaux, et il s’était assis, juste pour un instant.
Juste pour un instant. Le souffle du violon dans les grains de guitare danserait sous sa peau.
Il n’avait plus bougé.
Les deux chants continus de sa marche entre l’eau et le ciel s’étaient dissous dans un bleu immutable, et soumis eux aussi aux théories des cordes.
Justes pour un instant.
Le crin frôlait l’or vert des cantilènes prises au sommet de collines où dansaient les oiseaux, et quelquefois, l’un d’eux, percé d’un coup d’archet choyait en un tourbillon sourd.
Au loin les villes enflées crachaient leur poumon noir que des eaux crapaudines jadis lavaient du ciel.
Et les marins traçaient - du goulot de bouteilles tendues à bout de bras, les lignes inaccessibles d’Eldorados enfuis où les bottes de cuir d’hidalgos, prisonniers de dentelles dessinées de la plume d’un vieux fou de Bassan, foulaient de leur pas long les pavés ronds d’argent de Cuidad de Plata.
Pas très loin, pas trop près, vers les terres louisianes, des enfants nus jouaient à parier des cailloux sur le chemin du vent.
Pas très loin, pas trop près, les pères des enfants, rien qu’une imitation, presque tous des Jason au creux de la baleine échouée au sable hagard d’un Sahara désert, allaient dune après dune, en rêvant d’eau salée, de mouettes et de fientes
La voix rauque et usée d’une putain des ports filait en demi sourd ses rêves de non sens, de pianos saouls aux bordels d’Amsterdam, entre plume et diamant, nains voleurs, timbres postes aux contours découpés par d’indécis ciseaux et ornés d’hippocampes, et d’oiseaux lyre, d’académiciens morts, ou fripés par les lignes du temps.
Les aubes tombent dru sur la terre mouillée.
Juste pour un instant.
Au rythme de son sang battu à ses oreilles, à sa gorge serrée, le chant s’était reflux dans la mélopée terne du temps juste présent, redessinant à l’invariable, l’eau et le ciel en hasards persistants. Il était temps de reprendre la route.
mardi 27 janvier 2009
Polésie de trois fois rien
Narcisse et crocus, crocus et
narcisse, l’œil sur la couleur, le café au nez, les mômes à l’école, chéri
envolé et le feu qui chante, narcisse et crocus, crocus et narcisse, jaunes et
bleus mêlés, faudrait que tu bosses, au moins un moment, faudrait que tu bosses…
Oui mais je préfère rester dans ma bulle, de couleurs qui trompent un hiver trop laid.
Faudrait que tu bosses, faudrait que tu bosses...
Bon, ça va, j’y vais, ferme un peu ta gueule, laisse moi profiter, encore un quart d’heure, encore un quart d’heure… et après j’y vais.


