Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

jeudi 8 mai 2008

C'est un homme isolé

qui vit en volontaire. Qui n'est bourgeois, abbé, robin ni militaire.(1)

Robin vaque au goudron en chaussures d’Archibald, veston croisé, cabas au bras et pas rasé. L’œil égrillard, la lèvre épaisse, et le mollet poilu sur la chaussette à côtes, il hésite quelquefois, une heure entière et plus, sur l’endroit où il va traverser. Là, non ici, non là. Réfléchissons tout haut, le quidam de passage en fera ses choux gras. Là, non ici, non là, enfin, voyons, peut-être. D’où vient le vent du nord ? Je l’ai pris dans la tête. Vous aussi Messieurs Dames, mais vous le savez pas. Moi, je suis libre, vous comprenez ? Non, vous comprenez pas, c’est ça la différence. Vous voyez un clochard ? Mais un clochard a honte ! Moi, je suis un homme libre. Je m’appelle Robin, et pis j’ai un veston.


 

(1) Piron.

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jeudi 24 avril 2008

A tempo.

Y’aurait du temps, qu’on aurait retrouvé égaré sous l’armoire avec un bout de sucre à grignoter sans fin. Et une valse à mille coups frappés à la fenêtre, celle qu’on avait fermée à cause de la pluie. Le bruit de l’eau qui noie les printemps trop subits, et le chant des oiseaux, qui ratent jamais leur quart de syncopette, alors que nous…
Mais on aurait du temps, ça change tout, scherzo tempo. Et on pourrait bailler des secondes aux corneilles, des premières aux moineaux, garder pour nous les miettes, et se les picorer dans le creux d’une main. Oui, mais laquelle, fatalitas ? C’est bien ça, tout est là. Chaque fois on perd le temps qu’on trouve sous les armoires en questions inutiles, alors que c’est si simple, deux double croches, un quart de silence - un quart, pas plus, une double croche.

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jeudi 13 mars 2008

Z.I des Iles...

La description du paradis, elle est là.
http://aubesvives.canalblog.com/
Celle qui suit n'est que contrefaçon.

File moi un bout de ton paradise. Ici l’herbe est que vert de gris, séchée au vent, et âcre au goût. Moi, tout c’que j’connais du soleil, c’est l’brillant du laiton poli. Artificiel qu’on dit pas mieux. Les paradis, y’en a des pires, anodisés, cadmiés, nickelés, chromés, dorés, électrolysés en vapeurs délétères grasses comme des fumées d’incendie. File moi un bout de ton paradise, je le collerai contre le mur, avec les photos de bimbos qui dégoulinent de graisses rances. Et quand je lèverai les yeux, au milieu de la zone de gris, je verrai… comment que tu dis ? des perles de jade fin et de sable farine.

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mardi 4 mars 2008

Au pinceau, ou à la truelle,

miroY’a des gens qui font des peintures, à l’huile, à l’eau, au gruyère mou, des choses qu’ils voient ou bien pas même, y’en a pour peindre ce qui n’est pas. Moi c’est ceux-là que je préfère, ceux qui peinturent comme des enfants qu’auraient rêvé de déstructure, qui mettent des points sur les A. Peintureurs, faites nous des ombres avec des rayons de lilas, des courbes grasses ou bien des angles, pétés de couleurs parpaga, celles qu’on voit sous les paupières quand on rêvasse en si majeur, quand le ciel prend des teintes absconses qu’auraient des noms qu’on connaît pas.

Posté par Marie Fox à 16:05 - polésie - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 29 février 2008

entre-deux (et trois zéro ?)

Laissez, que la pluie conte les camaïeux de gris. Si vous écoutez bien vous percevrez le parme, et la pointe rosée qui s’accroche déjà aux pivoines encore sèches, le gratton de vert mousse en reflet sur les branches, un écho de champagne, le poil fauve épagneul au pied de la forêt, et là, juste en deçà du nuancier des matins d’eau, vous entendrez une goutte qui roule sur le velours d’une primevère en naissance. C’est un prélude de symphonie majeure en arc en ciel coulis, en fondus déclarés de soleils qui déchirent à petits coups de dents l’argenté monocorde des spectres hiémaux.

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mardi 26 février 2008

polésie observée (1)

Y’a rien d’inné dans le chant d’un oiseau. Tout ça vient seulement de ce qu’il est créature sociable, aime communiquer, et ne se sait se résoudre à l’isolement du silence. Alors, tout jeune, chaque oisillon, doté d’un maître, apprend sa langue. Entre deux sommes très courts, il répète des phrases. A chaque essai c’est mieux. Plus juste, plus complexe, plus assuré aussi. Un oiseau qu’aurait pas de maître, il s’en chercherait un pour apprendre à causer. C’est ainsi que font les perroquets, les mainates, les corbeaux, les pies, les geais, les étourneaux, et même les rossignols qui sont les moins liants. Ça ne fait pas d’eux de grands esprits. Les grands esprits, chez les oiseaux comme chez les hommes, recherchent l’harmonie bien plutôt que le son. Tel cet oiseau d’un magnifique jardin qui, aux après-midi de silence, siffle l’air de Mozart qu’il a appris du portable qui sonne quelquefois sur la table dehors, et ravit de son art le Wolfgang dans sa tombe.


 

(1) mais par qui on sait pas.

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mercredi 20 février 2008

Le bonheur, mode d'emploi.

Y’a des cruautés nécessaires, des gestures de garde-soi. Crever les yeux d’un rossignol pour qu’il nous chante en plein midi, c’est guère plus dur que d’écraser l’œuf d’un pigeon sous le talon. C’est, comme on dit, l’affaire d’un quart d’heure, et peut-être même pas. Suffit de bien le maintenir de la senestre appuyé sur un tabouret en lui coinçant le cou avec un pouce en fer. De la dextre on se saisira d’une longue aiguille à tapisser que l’on appuiera sans trembler en plein centre du bouton noir. Une fois, deux fois, et c’en est fait d’un nocturne un intarissable en plein soleil ou sous la pluie. Le bonheur tient à peu de chose quand on sait molester ses facteurs. Et si le chant du rossignol ne suffit pas à nous égayer l’âme, on peut essayer autre chose. Pousser les pédants sous les trains, siffler merde à la boulangère, ou brosser au pinceau les ailes d’un papillon pour le voir se noyer dans une goutte d’eau. Y’a pas plus simple, vraiment, que d’être heureux, quand on sait les bons gestes.

 

(être capable d’écrire de pareilles horreurs au petit déjeuner, c’est grave docteur ?)

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jeudi 14 février 2008

Contretemps.

Quand on vise l’horizon, il faut fermer l’œil gauche et se choisir, avant toute chose, un moyen de locomotion. A dos de grenouille, par hélicitraction, où même à croupetons quand on est pas pressé. Le mieux, de l’avis des voyageurs-nés, c’est  à vol d’imagination. Paraît que c’est ainsi qu’on discerne au plus près le cercle concentrique qui enferme le tout. Mais les naturalistes s’insurgent à cette idée. Ils prétendent que ce cercle ne serait qu’une ellipse, défendent l’explétif au nom de l’explicuit, que rien n’est pas si simple et tout à renseigner. Alors, que faut-il faire, et choisir en quel nom ? Et si dans nos valises y’avait pas autre chose qu’une poudre d’illusion ? Il faut pourtant qu’on vise, dans l’angle à horizon, ce qu’on ne peut atteindre par simple observation. Faudrait fermer les yeux, peut-être, et flécher nos parcours en jetant au hasard de cartes compassées des oiseaux mellifiques qui planteraient leur bec là où on veut aller, inobjectivement.

Posté par Marie Fox à 08:56 - polésie - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 6 février 2008

Observations courantes.

La pluie n’est jamais perpendiculaire. Il faudrait des mesures pour asseoir l’assertion, mais on mesure mal avec le cul dans l’eau, à moins d’être équipé de caleçons waterproof, pis les démonstrations, ça sert pas à grand monde. Il suffit de savoir. Que la pluie n’est jamais perpendiculaire, ni les ponts parallèles entre eux, ni les rivières circonjacentes aux îles. Qu'il n’y a que les mers pour faire des histoires d’eau. Le reste n’est que goutte, crachin, courant ou stagnation, fluide, images embarquées en reflets infidèles vers les déserts mauresques où tout se noie au silice jaunâtre  tracé des mêmes chemins que ceux des galéruques sur les feuilles des ormes, ou des dytiques communs aux abords des ruisseaux.

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jeudi 24 janvier 2008

y'a des verres qui se perdent.

Y’a des verres qui se perdent, et c’est bien malheureux. C’est pour ça que chaque soir, à l’heure où chuis vivant, j’honore Bacchus avec modération (qu’est une chieuse de première, comme toutes les espagnoles qu’ont des noms à la con). Je sors un joli verre à facettes taillées, je caresse son pied pour qu’il ronronne un peu, j’indexe l’arrondi, lui chatouille la tranche, et puis je bois dedans d’un petit vin blanc doux, de Bergerac voyons, et quand il est fini, après deux cigarettes, je le penchouille bien pour la dernière goutte, et puis m’en revais - à des domestiques probables ou des fandangos silencieux, c’est suivant comment on regarde.

Posté par Marie Fox à 19:37 - polésie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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