samedi 14 juillet 2007
Alexandrins entre copines.
«Il faut se méfier des citations latines, elles cachent souvent quelque
chose de leste »
G. Flaubert
Alexandrins entre copines
Ce matin, nos lardons déposés à l’école
Nous allions d’un bon pas, riant comme des folles
Mais depuis quelques jours il nous manquait Violette
Qui faisait grise mine et boudait à nos fêtes.
C’est une amie commune et croisée en chemin
Qui nous montra l’église en secouant la main.
Elle est entrée ici, lança-t-elle en courant
Il faut que je me grouille, j’ai un cours d’Allemand.
Nous entrâmes au lieu saint en contraignant nos rires
Et nous vîmes Violette, blanche comme la cire.
Elle écorchait ses bas sur un prie-dieu usé
Et pleurait comme pleure une femme abusée.
Nous
Que fais tu là Violette, qui te fait larmoyer ?
Nous étions très inquiètes et nous t’avons cherchée,
Nous ne te trouvions point et enfin c’est Elise
Qui nous a suggéré de voir en cette église.
Te connaissant mieux qu’elle, nous cherchions dans les bars,
Et voilà que tu pries, c’est sans doute un hasard !
Violette
J’implore en vain le ciel qui ne daigne m’entendre
Qu’il rende à mon époux virilité moins tendre
Car depuis plusieurs mois, à ma grande détresse
Mon chéri de toujours dédaigne un peu mes fesses.
Nous
Crois tu qu’en une église tu trouveras secours
Ou conseil avisé pour t’aider en amour ?
C’est à un sexologue qu’il faudra t’adresser
Si tu veux voir un jour son dard se redresser.
Violette
J’ai commencé par là sans même vous le dire.
Nous
Que t’a dit le docteur, et pourquoi tu soupires ?
Violette
Esculape, averti en matière d’eunuques
M’a donné pour avis « consilio manuque »
Mais pour moi qui n’ai pas étudié le latin
Les citations romaines ne servent pas de rien.
Nous
Pour le latin, sans doute, tu ne l’as jamais su
Mais tu plagies Molière, et toute honte bue
Tu t’adresses au bon dieu pour une traduction
Qui ne demande, au vrai, qu’une bonne intuition.
On va t’aider, Violette, et le dire tout net
« Consilio manuque » a le sens de branlette.*
Ce soir dans votre couche œuvre un peu du poignet,
Quitte donc cette église et viens boire un café.
Morale
Mieux vaut rire entre amies qu’attendre un coup de main
De curés forts en thème mais bien trop puritains.
- « consilio manuque » devise attribuée à Figaro par Beaumarchais, signifie littéralement « par l’habileté et par la main ».
- Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).
lundi 18 juin 2007
Sella Stercoraria
SELLA STERCORARIA
(La chaise
percée)
Une femelle un jour au trône de Saint Pierre
Se hissa, en dupant par infinie bassesse
Les cardinaux, soumis aux vœux d’une drôlesse
Qui se fichait pas mal de Dieu et du bréviaire.
Qu’attendre des catins, même et surtout d’église ?
Celle là sans vergogne en procession pondit
Un lardon gros et gras dont la curée rougit.
Le scandale fut grand et la p… démise.
Il fallait sans tarder élire un nouveau pape,
Et s’assurer surtout qu’il serait masculin
Pour éviter que Dieu, aveuglé par ses seins,
Ne se sente trop homme, voire même priape.
A l’élection suivante sur un trône percé
L’aspirant au royaume, cul nu, fut installé.
On avait mis dessous un genre de valet
Dont le rôle, il me semble, se passe d’énoncé.
L’homme, du bout des doigts, tâta les attributs
De notre aspirant pape fort gêné par le froid,
Et les trouvant bien maigres et de fort peu de poids,
Oublia le latin dont on l’avait imbu.
Il eut dû s’exclamer en jargon de romain
Duos habet, bien sûr, et bene pendentes[1]
Mais troublé, ou sujet aux pensées décadentes
Il fit sans le vouloir un contrepet coquin[2].
Bien peu dans l’assemblée comprenaient le latin
Et pour les jeux de mots n’avaient que peu de goût.
Deux commères pourtant en rirent plus que prou
Et pene bendentes, peu bandantes, mâtin !
[1] « Il en a deux, et bien pendantes » annonce rituelle consacrant la virilité papale.
[2] Suivant l’art immémorial du contrepet, on inverse (dans ce cas précis) les premières lettres des deux mots, ce qui nous donne « et pene bendentes » qui peut se traduire par « à peine bandantes » si l’on est puriste, ou autrement, si l’on a décidé de considérer que la forme « pene » désigne un élément distinct des attributs masculins.
Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).
dimanche 15 avril 2007
Experto crede roberto
EXPERTO CREDE ROBERTO
Crois en Robert, qui le sait par expérience
Lourd, épais, rond de ventre et la bouche gourmande
Robert aimait surtout bien boire et bien manger.
Rural parmi les siens, il étanchait le soir
Aux bistros de campagne une soif sans égale,
Jouant les Grandgousier.
Il advint qu’une nuit au bord d’un précipice,
La démarche hasardeuse, il s’en fut compisser.
Ayant bu plus qu’un autre, il resta le dernier.
Suivant d’un œil hagard le jet au fond du trou
Il chuta, lourdement mais sans rien s’y briser
Ses comparses intrigués de son (profond) silence
Revinrent sur les lieux, inquiets pour sa santé.
L’homme, au fond du gouffre et déchaussé d’un pied
Ronflait paisiblement sur un lit d’argousiers.
Les édiles, soucieux des os de leurs ouailles
Firent par précaution barricader l’endroit
Et chacun quand il passe par là, où qu’il aille
Evoque en ses tréfonds ou dit à haute voix
Ce proverbe local en patois Visigoth
Qui dit « pisse point là ou t’y perds ton sabot »
Et quand Robert y passe il ajoute en un rot
Experto crede Roberto.
Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).
vendredi 9 mars 2007
Asinus in tegulis
Asinus in tegulis[1]
(Un âne sur le toit)
Sacrées fumelles, écoutez bien
La triste histoire de Martin.
De long temps Martin labourait
Et semait pour engranger l’or.
Eût-il voulu une vachère
Pour compagne
Que depuis dix ans ce fut fait.
Une Marie, une Lison
Aux hanches larges et au front plat
Une économe ménagère,
Au pays ça ne manquait pas.
Mais pour Martin, pas de Lison
Pas de Fanchette ou de Fanchon
Il voulait dedans sa demeure
Une qui ne battît point beurre
Mais qui montrât par ses dentelles
L’or de Martin dans sa ruelle.
Il s’en alla donc à la ville
Prendre par acte notarié
Le con et l’âme d’une fille
Dont le père au moins fût greffier
Et qu’il ramena dans son bourg
Un dimanche du mois de Mai.
La greluche passait pour belle,
Joliment faite au demeurant,
Martin la conduisit tout drêt
Chez les amis, chez les parents
Faire admirer sa demoiselle
Vanter ses charmes et ses talents.
Elle sait lire, et en latin !
Joue la harpe et le clavecin,
Elle a l’œil doux, voyez le sein
Blanc ferme et rond, tâtez les reins
Qui sont pleins de délicatesse…
Martin s’enivrait de noblesse.
Lors au soir il fallu rentrer
Martin déjà concupiscait
En dénouant son aiguillette.
Castelgueuse - c’était son nom -
Lui tint pourtant la dragée haute
Voulait voir l’or et les écus
Quand Martin voulait voir son c..
Il céda, remit sa casquette
(Je n’ose d’autre rime en ette)
Et grommelant dans ses chicots
Lui fit bientôt voir le magot.
Elle en voulut, pour l’immédiat
L’usus, fructus et la clavia
Disant qu’on verrait au matin
La blanche rondeur de son sein
Martin céda, la pauvre bête,
Et alla dormir sur le toit.
Quand à l’aube le voisinage
Tôt levé pour aller aux champs
S’avisa de lever la tête
Et découvrit Martin dormant
On gloussa, on ricana même
De voir spectacle si navrant
Et l’on débattit à l’auberge
Et des qualités et des malices
Des drôlesses qui en latin
Sans paraître y mettre la main
Font d’un époux encore novice
Un Asinus in tegulis.
[1] L’expression s’emploie pour désigner une chose étrange, inhabituelle, à forte connotation absurde.
Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).
mardi 6 février 2007
Tarde Venientibus Ossa
Tarde venientibus ossa
Dans son jeune âge une donzelle
Inconsidérément
S’éprit d’un esprit fort savant
Et qui passait pour bien connaître
Les grandes idées des grand maîtres.
Il était beau, le front altier
L’œil fier et noble, l’air conquérant
Adouci d’un collier de barbe
Qui cachait mal ses airs d’enfant.
Las, sitôt l’eut elle épousé
Notre donzelle déchanta
Bien sûr son prince était charmant
Mais si souvent pris dans ses livres
Son latin et tout son fatras
Que de l’aube à l’aube souvent
Il ne quittait son débarras,
Qu’en vain elle lui cornait l’heure
Et du dîner et du souper
Et qu’elle errait dans sa demeure
En célibataire esseulée.
De dépit elle dînait seule
Laissant pour lui un réchauffé
Que dans la nuit il goûterait
Quand la faim lui viendrait en gueule.
Un soir qu’il répondit « j’arrive »
A son « viens manger mon chéri »
Elle attendit, jusqu’à onze heures
En picorant là et ici
Puis, lassée, vida les gamelles
Les pots les pichets et les plats
Et, retournant à la poubelle,
Sur une vaisselle d’étain
Une carcasse elle laissa
Ainsi qu’un poulet en latin
Qui le nourrirait d’un cruel
« Tarde venientibus ossa[1] ».
[1] Ceux qui viennent tard ne trouvent que les os.
Les citations latines qui ont inspiré les textes qui figurent dans cette catégorie sont toutes extraites de l'Aperto Libro d'Orlando de Rudder, récemment réédité sous le titre de In Vino Veritas (finalement avec ces deux titres on cerne bien l'auteur, Révérence Cher Monsieur).