mercredi 11 novembre 2009
ramentevoir.
que voilà un verbe joli autant qu'inusité. Il signifie "remettre en mémoire" et vient, nous dit Grevisse, de l'ancien français "mentevoir" et du latin tardif "mente habere", penser à.
mardi 10 novembre 2009
Code safranschou.
On immolait jadis les frelateurs de safran, conformément au code safranschou de Nuremberg.
Me demandez pas pourquoi safranschou, je sais pas. Si ça se trouve, à Nuremberg, ils en avaient profité pour légiférer en même temps sur la qualité de la choucroute.
mercredi 7 octobre 2009
C'est quoi le rapport ?
c'est quoi le rapport
entre jovial et diurne ?
entre joubarbe et aujourd'hui ?
entre diète et diane ?
devin et jeudi ?
entre bonjour, toujours, quotidien et dimanche midi ?
By Jove, mais oui, j'y suis, et celui-là aussi ! tous la même étymologie !
jeudi 24 septembre 2009
Où comment deux langues sont inégales devant certaines choses...
Chaplin, c'est l'apothéose du visuel. Décrire les gesticulations de ce clown-là, les représenter au lecteur, c'est un défi que je ne souhaite à personne de devoir relever, surtout en français. Pourquoi ? Parce que notre langue, si elle excelle à la description statique, est particulièrement difficile à manier pour exposer sans lourdeur des séquences de mouvements rapides. surtout avec ce côté saccadé de l'époque. Petite expérience... regardez la vidéo, et essayez de restituer verbalement le comique de Chaplin. J'offre une bouteille de vin blanc, frais de port payés, à celui qui m'offre quelque chose de convaincant. Pourquoi je vous raconte ça ? Hé bien parce que depuis maintenant des mois, je planche sur une traduction de l'anglais d'un texte dont le héros se prend, trente pages durant, pour le grand Charlie. Or l'anglais, lui, par le jeu des verbes à préposition (et pour peu qu'on le maîtrise fermement) jongle avec la séquence vidéo comme Anthony Gatto avec des quilles. Restituer ça en français, c'est se condamner à travailler a minima, ce qui fait que je suis assez peu inquiète pour mes bouteilles, sauf si Orlando s'amuse à concourir. Pour Marilé, je suis tranquille, sa spécialité à elle, c'est la lenteur...
lundi 14 septembre 2009
Hop !
Chacun le sait, hop est l'interjection favorite du trépidant Achille Talon. Si elle lui confère, malgré son relatif embonpoint, un aspect vif et bondissant, c'est qu'elle évoque le saut. Les enfants, bien avant d'être en mesure de lire les albums de Greg, savent que le "hop" donne le signal du décollage. Un deux trois, hop !
Mais pourquoi donc ? Hé bien sans être catégorique, j'ai bien une explication à vous soumettre. Hop en anglais signifie "sauter", "bondir".
(Oui - j'entends des voix qui s'élèvent pour me signaler que non, sauter c'est jump, et bondir c'est spring. Aussi, oui. Mais ça n'empêche pas.)
Ne serait-il donc pas vraisemblable que notre "hop" onomatopée légère, nous vienne tout simplement du verbe anglais ?
Le Dictionnaire Etymologique Online nous informe en outre que le mot désigne également, depuis 1731, l'endroit où se tiennent les bals populaires, où l'on danse en rotant de la bière. Et justement, comme tout se tient, en matière de langage, hops, avec un s cette fois, c'est le houblon, plante aux vertus bienfaisantes dont le papa d'Achille, Alambic Dieudonné Corydon Talon cause mieux que personne.
Vous vous en foutez ? Tant pis. Ca ne m'empèchera pas d'ajouter que "to catch someone on the hop" ne signifie pas, comme on pourrait le croire, "rattraper quelqu'un en vol", mais bien "prendre quelqu'un au dépourvu", parce que finalement, quoi qu'on en dise, tout ne se tient pas en matière de langage...
PS : A ceux qui s'interrogent sur le titre de la rubrique "on s'en fout", et me disent mais non, on s'en fout pas ! Vous, peut-être, mais quand j'essaie, entre la poire et le fromage, de faire partager à mes enfants mes supputations linguistiques, ils me coupent dès l'introduction d'un unanime et catégorique ON S'EN FOUT, et hop, ils me zappent (en anglais, channel hop !)
mercredi 9 septembre 2009
N'est-il pas étonnant
qu'on appelle "coupe-gorge" une rue où abondent les "coupe-jarrets" ?
mercredi 26 août 2009
Vénus et Saint Jean.
Nous connaissons tous la Vénus callypige, mais que faut-il penser - en termes d'étymologie - de Saint Jean Calybite ?
Hé bien pas du tout ce que vous croyez, et qui vous a fugitivement fait sourire. Le calybite, c'est un solitaire chrétien qui vit dans une hutte.
Mais l'un n'empêche pas l'autre, hein ?
mardi 25 août 2009
La belle histoire de sainte ursule.
Bien, maintenant que tout le monde s'est copieusement esclaffé et que le silence est revenu dans les rangs, je vous raconte.
Ursule était une très belle princesse de Cornouailles, qui jadis consentit à épouser un roi des environs de Cologne à la condition expresse qu'elle se ferait accompagner dans son exil par onze caméristes vierges qui convoieraient, chacune sur leur bateau, mille autres vierges, histoire de ne pas arriver toute seule. Ainsi fut fait, et l'armée de pucelles débarqua à Cologne où l'on mena joyeuse vie pendant quelques années avant qu'Ursule ne décidât d'aller rendre au pape une visite de courtoisie.
Imaginez, le long des mauvaises routes d'alors, la fabuleuse cohorte de jeunes femmes insouciantes cheminant par petites étapes en papotant. Onze mille douze pucelles (ou presque, car l'on peut supposer qu'Ursule, pour le moins, ne l'était plus) se donnant le bras par paire, selon leurs affinités, Cordule et Antonine, Othille et Languide, Praxède et Vibrande, Panfrède et Sémibaire, bref, l'aller se passa sans incident notable, quelques sandales nikées sur les cailloux, quelques piqûres de guèpes pendant les pique-nique, pas de quoi gâcher véritablement leur plaisir.
C'est en revenant de Rome que les choses se gâtèrent. Nos malheureuses romipètes trouvèrent sur leur chemin un parti de Huns conduits par Attila soi-même, qui vit là l'occasion de munir d'épouses ses soldats, et jeta lui même son dévolu sur notre héroïne, qui comme bien l'on pense refusa tout net de se lier au féroce barbare, suivie dans sa résistance par ses copines horrifiées du sort qu'on leur voulait faire.
Malheureuses ! Les Huns, vexés comme des poux qu'on les refusât, massacrèrent sur le champ les pauvres filles, et les laissèrent en tas sur la route avant de retourner à leurs invasions.
Quand au 16ème siècle, on retrouva leurs ossements, il fut tout d'abord malaisé de reconnaitre les restes d'Ursule de ceux de ses compagnes, et l'identification de sa dépouille ne fut rendue possible que par l'intercession d'un pigeon qui plusieurs jours de suite revint à la même heure se poser sur la même tombe pour la signaler à l'attention des chercheurs.
On réussit enfin à identifier une quarantaine de demoiselles, dont les reliques furent expédiées pour y être vénérées dans les plus grands lieux de culte d'Europe. C'est ainsi qu'on put longtemps prier Sainte Société à Saint Maximin de Provence, Sainte Vincence à Marseille, et pas moins de vingt et un crânes dans les églises de Paris. On garda à Cologne, selon l'expression de Calvin, une "pleine charretée" de ces reliques, et les cinq ou six têtes de Sainte Ursule, soigneusement enchâssées dans des bustes d'or ou d'argent, et calotées de velours cramoisi, furent expédiées à Notre Dame de Paris, Saint Jean d'Angéli ou au Mont Serrat pour édifier les foules.
Bien sûr, il est difficile, en nos temps éclairés, de croire à l'authenticité de tant de crânes, voire à la légende des onze mille vierges. Dans son délicieux Dictionnaire Critique des Reliques et Images Miraculeuses, le sieur Collin de Plancy nous livre une explication au mystère.
Il est fort possible qu'une erreur d'interprétation et de traduction d'une inscription relative à ces onze mille vierges soit à l'origine de la légende. Dans l''inscription portée aux martyrologes - SS Ursula et undescimilla virgines martyres - les moines copistes prirent le prénom de la camériste d'Ursule, "'undescimilla" pour l'abréviation barbare de "undecim millia", faisant d'une vierge onze mille.
Allez savoir où est la vérité, quand il existe dix versions de la même histoire !
Allez, comme je suis gentille,
Je vous raconte aussi l'histoire de ce chirurgien que l'évêque de Noailles chargea d'authentifier le prépuce du christ, auquel les femmes rendaient un culte de mauvais goût à l'église de Châlons sur Marne. Ce bon médicastre, ayant ouvert l'enveloppe de soie rouge qui abritait les restes saints, n'y trouva qu'un peu de poudre. L'ayant goûtée, il déclara qu'il ne s'agissait que de poussière de sable. L'évêque fit enlever la relique, et les bonnes gens de Châlons rebaptisèrent leur chirugien Croque Prépuce, quolibet innocent qui n'eut, heureusement, pas d'incidence notable sur sa pratique.
samedi 1 août 2009
un peu d'histoire...
Si je vous cause de Cromwell, vous savez tous à qui je fais
allusion. Sauf d'aucuns, qui demanderont quel Cromwell ? Celui qui
servit Henri VIII ou celui qui succéda à Charles Ier ? (ceux qui sont en train
de se demander quel Henri VIII et quel Charles Ier peuvent retourner vaquer à
leurs occupations, c'est pas la peine de rester). Pour ceux qui ont posé la question, je
continue.
Comment s'est construite cette aberration insulaire qu'est l'anglicanisme ?
Qu'est ce que l'anglicanisme d'ailleurs. Hé bien, par le jeu de subtils
croisements des intérêts d'un monarque et d'un ministre, l'anglicanisme n'est
rien d'autre que la branche puritaine du catholicisme, qui relève de la couronne
d'Angleterre plutôt que de celle de Saint Pierre.
Thomas Cromwell, au 16ème siècle, luthérien convaincu mais discret, profita du
désir qu'avait Henri VIII de se séparer de Catherine d'Aragon pour l'inciter -
devant le refus du pape d'annuler cette union, à nationaliser l'Eglise et à
s'en faire le chef. Malgré les efforts particulièrement coercitifs de Cromwell
pour faire évoluer cette église vers la réforme, les anglais restèrent
profondément attachés au catholicisme, et marchèrent même sur Londres pour
réclamer la restitution des abbayes confisquées.
De la réforme, l'Eglise anglicane adopta le droit pour les prêtres à se marier,
et une certaine honnêteté de pensée qui la conduisit, par exemple à être la
première à discuter de l'ordination de prêtres homosexuels - et contre laquelle
s'élèvent farouchement, on s'en doute, les Papes et cardinaux. Papes et
cardinaux, qui ont été retranchés d'ailleurs, de la hiérarchie anglicane,
guidée par l'Archevêque de Cantorbéry.
Du catholicisme, les anglicans ont gardé les sacrements et la liturgie, et
restent partagés sur la consubstantiation et la transsubstantiation. Vaste
débat. En théorie, parce qu'en pratique, qui pourrait gober l'une ou l'autre
avec son hostie, hein ?
L'autre Cromwell, Oliver, était un puritain du siècle suivant, habile et cruel
politicien qui profita de la révolution parlementaire pour se mettre à la tête
d'une république et fit vivre l'Angleterre, de 1649 à 1658, sous l'austère
férule d'un protestantisme tout aussi assidu que le catholicisme à pourfendre
la liberté de culte.
Il est à noter que si le premier Cromwell fut délibérément livré à la hache
d'un bourreau malhabile, le second eut à subir un rituel d'exécution post
mortem quand le fils de Charles Ier, Charles II, remonta en 1661, sur le
trône de son père mort sur l'échafaud. On fit jeter le corps de Cromwell dans un puits, et sa tête resta, paraît-il, plantée sur
un pieu devant l’abbaye de Westminster jusqu’en 1685.
Etonnant, non ?


