mercredi 19 mars 2008
tri de vieux fichiers.
Je vous le ressers.
Haro sur l’ornithorynque
Il est, sur terre, un certain nombre d’espèces sournoises et parasites dont chacun souhaite se garder sans en avoir pour autant les moyens. Connais ton ennemi, a sûrement dit un célèbre guerrier. Apprenons aujourd’hui à connaître dans ses mœurs cette race rare mais particulièrement néfaste de fâcheux que sont les hautboïstes dont les mélopées aigües et lancinantes, qui s’apparentent sans conteste à l’agonie d’un cygne émasculé, sont souvent cause d’irréversibles pathologies auditives chez d’innocents contribuables.
Il faut avoir de près regardé un hautbois pour espérer percer enfin à jour un hautboïste.
Nous constatons qu’à tout observateur impartial, la ligne raide, coincée et légèrement évasée du hautbois évoque irrésistiblement l’image insolite de l’ornithorynque.
Or, et ce fait est resté, trop longtemps, méconnu du public, les hautboïstes sont, avec l’ornithorynqueet l’échnide, les seuls mammifères ovipares. Fait curieux, il semble cependant que les hautboïstes n’aient acquis que bien plus tard que l’ornithorynque cette singularité biologique. Une datation au carbone quatorze a permis d’établir que cette évolution fut consécutive à la victoire des sans culottes qui, s’appliquant à désennoblir la musique elle même, firent, en égalitaire conscience, un joyeux massacre de hautbois et de hautboïstes. Les rares survivants trouvèrent dans les thèses de Darwin leur salut et s’empressèrent d’opter pour les méthodes évolutives, traversant ainsi sans définitifs dommages les vicissitudes de l’histoire de France. Les aficionados déplorent cependant que le nombre de ces volatiles ait, par suite des persécutions, considérablement décru, au point qu’il n’en reste à ce jour dans certains départements ruraux comme l’Ardèche (07) qu’un seul exemplaire non encore fossilisé.
Force est cependant de constater que le fait de savoir que le hautboïste est ovipare ne suffit pas à l’identifier formellement. Catégoriquement enjoint de pondre sur l’heure, un pianiste serait impuissant, mais un hautboïste pourrait fort bien, lui, dans un légitime souci de sauvegarde, simuler l’impuissance. Et cette évidente constatation, placée là à dessein, nous amène par une habile transition au second point de la démonstration qui nous préoccupe.
Revenons un instant à l’examen minutieux de notre hautbois. Le hautbois est un instrument particulièrement vicieux qui ne consent à émettre ses couinements mélancoliques que pourvu d’une anche double, d’où il s’ensuit inéluctablement que tous les hautboïstes sont, eux aussi, hautement pourvus en duplicité. Leur fourberie, leur sens inné du sophisme, alliés à une rigoureuse logique en font de redoutables adversaires toujours avides de vaincre leurs malheureuses victimes en de vaines joutes oratoires héritées des passe-temps de salons ancestraux et trop précieux pour être véritablement honnêtes.
Nous disposons maintenant de deux indices sérieux pour démasquer le hautboïste, et l’étau se resserre, en attendant de se refermer sur sa proie.
Le hautbois, qui, nous l’avons vu, se déclara, pour son malheur ouvertement aristocratique, a longtemps cultivé le côté frêle et délicat qu’affectionnèrent, de tous temps, les valets de noblesse, et dans sa persistance à se réfugier dès les premiers frimas dans les lieux les plus clos, revendiquant sans pudeur sa dévotion à la musique de chambre, est devenu totalement inapte à se produire en extérieur dès les premiers frimas. Cette consternante révélation pourrait paraître anecdotique au lecteur hâtif. Elle constitue pourtant le dernier et indispensable maillon de la chaîne à ligoter le hautboïste qu’on pourra maintenant à coup sûr identifier au sortir de la messe de Noël comme le seul palmipède spécieux dépourvu de hautbois.
Il reste à noter que la même rigoureuse procédure peut et doit être appliquée sans restriction aux joueurs de basson, moins nocifs à l’oreille, mais aux effets extrêmement pernicieux sur le système nerveux de l’auditeur fortuit dont le silence tétanisé est trop souvent mis sur le compte d’un tacite consentement.
A bon entendeur,
et qui souhaite le rester, Salut.
.
dimanche 2 décembre 2007
Main Levée
C'est le titre d'un texte qu'on pourra lire si l'on le souhaite sur
à la date du trente novembre, mais que nonobstant je déconseille aux asthmatiques.
samedi 24 novembre 2007
Coupe Beatles et Rouflaquettes...
mardi 20 novembre 2007
Calendrier tintamaresque
O Juliette, qui pouvait septembre à vous voir décembre à ce degré d'octobre? Autrefois janvier votre sort, mai aujourd'hui, nous avons tremblé de tous novembre en voyant la mars que vous suivez. Je me juin à tous vos amis pour vous dire qu'aôut février mieux de quitter l'avril que vous menez... Ne me demandez pas où j'ai piqué ça, je m'en souviens plus. Mais c'est marrant non ?
mardi 14 août 2007
Etonnant non ?

Ce matin j’ai pris pour la
première fois la seconde ligne du tram. Je n’étais pas très bien réveillé, mais
quand j’ai vu foncer vers moi ce…
J’étais prévenu pourtant, je savais à quoi m’attendre, mais de le voir en vrai, ça m’a coupé le souffle.
Une énorme chenille de carnaval. Une caricature de printemps pour le salon de Gulliver. La peinture naïve et bariolée de l’éclosion des fleurs sur le pupitre des maternelles, et en même temps, un bouquet de chaleur et de tendresse, un vrai sourire, moqueur, indulgent…
Ceux de la première ligne, bleu profond avec les oiseaux, étaient délicieux, poétiques et consensuels.
Ceux là, la première surprise passée, je crois bien que je vais les adorer. Bon d’accord, ils sont moitié kitsch moitié Stark et moitié frappadingues, mais au moins ça réveille.
En plus ça va me donner l’occasion de voir des têtes nouvelles.
Tiens en parlant de têtes nouvelles, elle est mignonne la petite brune. Et elle sourit. J’ai même l’impression que c’est à moi qu’elle sourit. Oui, aucun doute, c’est à moi, chic.
J’essaie de sourire aussi, de ne pas avoir l’air trop ballot. Je me décide et m’approche d’elle.
J’évoque d’un regard circulaire le décor de la rame et je lui demande :
« Alors, qu’est-ce que
vous en pensez ? »
« Etonnant, non ? »
Elle me l’a fait à la Desproges. Je
Elle pose sa main droite sur ma poitrine. Elle sourit encore.
« Surpris ? Ca ne m’étonne pas, les vieux sont toujours surpris quand on leur montre qu’ils ne sont pas les seuls à avoir des lettres et des idées. »
Je m’enhardis à poser ma main sur celle de la délicieuse insolente.
« J’aimerais bien savoir ce que vous faites dans la vie, Mademoiselle l’Erudite »
Elle écarte ma main.
« Mademoiselle l’Erudite est étudiante en Lettres »
Je bondis, moi je suis prof de Lettres justement, le hasard est en marche !
Je le lui dis, elle sourit encore, me tripote le revers de la veste, et moi je dois commencer à prendre la teinte juste au dessus de homard dans la gamme crustacés en détresse. Je sens que je vais me mettre à bafouiller si elle continue à me regarder comme ça.
Le tram ralentit pour l’arrêt
suivant. Elle ramasse son sac par terre, hoche la tête.
« Je descends là,
salut »
Je la retiens par le bras
« Attendez, laissez moi
votre numéro de téléphone »
« 06 16 22 45 47 »
Elle m’a lancé son numéro au
vol en courant vers la porte.
J’ai porté la main à ma poche de veste pour le noter tout de suite, en répétant
le numéro comme un forcené dans ma crainte d’en perdre en route, et puis quand
j’ai compris, j’ai continué à répéter en boucle 22 22 22.
J’ai du mal à le croire.
Cette garce m’a piqué mon portefeuille.
Etonnant non ?
A l’arrêt suivant, un môme qui descendait a dit en passant près de moi,
« pauvre couillon ! »
Je lui ai mis mon pied au cul.
samedi 11 août 2007
Bref ?
Elle avait une tête de bref, et c’était pourtant une furieuse adepte du certes. Presque trop pour être honnête. Il m’arrivait de me tromper, bien sûr, quand je classais les gens en bref et certes à la première rencontre, mais cette fois là, j’étais pourtant sûre de ne pas me tromper. Elle n’était pas une certes, alors quel jeu jouait-elle ?
Je déteste ces énigmes apparemment inoffensives et qui finissent par avoir votre peau à coups d’interrogations insidieuses et de préférence nocturnes.
Je récapitulai en silence et en marchant. D’abord, il y avait ces invraisemblables couettes qu’elle portait en touffe sur des épaules de chat trop maigre et qui saillaient sous la fourrure de ses pulls détendus. Ensuite, il y avait ses yeux toujours brillants de malice et de larmes retenues. Trop sensible pour une certes. Définitivement.
Alors ?
Alors elle m’avait montré ses photos.
Des photos avec des cadres aux lignes incisives qui cachaient ce qu’elle voulait taire. Pour mieux mettre en exergue ses purifications.
Elle me montrait ses photos
de vacances, et je voyais de magnifiques portraits de la Passion
Là où d’autres auraient cadré un bête soleil couchant, deux bras haut crucifiés déchiraient aux épaules l’agonie d’une étoile qui me brûlait les yeux, et, effleurant l’eau noire, un chemin de lumière me montrait le passage vers… les heures dernières ?
Comment décrire cela sans tomber dans une poésie glauque. Il y faudrait un géomètre mystique. Les mots me trahissent toujours quand je parle du beau. Et Dieu que ces photos étaient belles.
Du dernier au premier plan, pourtant, tout était une photo de certes.
Presque jusqu’au premier plan. Pour cadrer sa photo, elle avait dû marcher vers l’Est jusqu’à broyer impitoyablement contre une digue tout espoir de suivre la lumière. Bref, le mur était là, par sa seule volonté, et n’avait d’autre but que de barrer le passage, de séparer l’affamée du festin, le désir de la satiété.
J’étais perdue, d’un coup d’œil, elle transformait une chaise de paille esseulée en allégorie du confort des maigres culs des campagnards, n’était sûre de rien et surtout pas d’elle même, et persistait à ponctuer ses doutes de certes.
J’avais gardé la photo du soleil. Je la regardais souvent et me persuadais que je finirais par trouver la clé.
Je commençai à rêver de Martine. Martine à la mer, Martine à la montagne, évidemment, c’était un peu facile, mais je finirais bien par tomber sur le bon rêve. La réponse devait être dans la photo. Je l’accrochai au-dessus de mon bureau pour m’en imprégner plus complètement.
Du cadre noir luisant, de fugitives ombres noires s’échappèrent un soir où j’avais trop fumé.
Elles se tordaient en douleurs convulsives dans le rai de lumière avant de rejoindre la nuit. Et je sus.
Mais je ne dirai rien.
lundi 14 mai 2007
Joueurs, une nuit de Providence.
Mankind, l’Humanité.
Mankind, de man, l’homme, et kind,
l’espèce ;
Mankind de man, l’homme, et de kind,
gentil.
C’est selon l’interprète.
La lune est exactement ronde, et
posée à l’angle du toit.
Dans l’ombre, dans l’ombre humide,
s’étire, s’étale se love et se dilue la mélopée d’un violoncelle.
Grave.
Grave cello. Un violoncelle aux chaleurs d’outre tombe,
aux lenteurs immortelles, aux frénésies soudaines, échos lointains
d’enthousiasmantes désespérances, aux boucles et aux méandres secrètement
pulsés par les courants imaginaires.
Dans le cadre de la fenêtre toujours
ouverte, la lune est exactement ronde, et posée à l’angle du toit.
Et dans la rue sautille le rythme en
syncopette, la polka d’un marmot qui bredouille ses premières mélodies. On
entend le miaulement rauque d’un chat, l’appel sourd lent et lancinant de la nuit qui s’installe, passagère.
El cello berce l’homme qui, en bas,
voue l’homme aux gémonies et crie sa partition, désespérando, gutturale, qui
vomit sa malédiction.
- Fuck
mankind.
There
is nothing kind about human.
And
God is drunk again[1].
Oui Dieu est pété du matin au soir.
Emma s’enivre au bois du violoncelle.
Elle se moque de Dieu.
Elle le connaît par coeur. Elle
sourit, oui, Dieu est pété du matin au soir, et rien n’est bon dans l’homme,
excepté le lyrisme.
Elle pose son archet. Boit à longs
traits l’eau transparente prisonnière du verre. S’approche de la fenêtre
toujours ouverte, et sa silhouette se peint en contre nuit sur la lune toujours
exactement ronde, mais plus tout à fait posée à l’angle du toit.
Elle aurait juré pourtant, que.
Elle aura profité d’une seconde
d’inattention, sûrement quand le chat a
miaulé pour faire diversion. Les chats sont toujours complices de la lune.
L’homme en bas est appuyé au garde
fou de fer. Laisse passer un chaos de claquements de mains, de cris sourds et
difformes.
Et quand ils rendent la nuit au
silence, il se met à genoux.
Et il parle à la fille dans la lune,
celle qui a un violoncelle.
- Reprends le cello. Joue la
polyphonie des schizophrènes.
La fille rit. Reprend le violoncelle,
le cale sous son menton, se blesse un peu au cou à cause de la pique.
Quand elle lève son archet, ses
cheveux commencent à pâlir, et bientôt l’homme rit, dément, de la voir chauve
sur la lune. Ses dents brillent dans la nuit. La musique porte son rire jusqu’à
la lune, et son rire caresse en cascade la peau noire de la fille qui joue en
silence.
Elle s’arrête et son bras se détend,
démesurément long, pour toucher de sa grâce les cheveux courts de l’homme qui
bataillent et s’agrestent sur sa tête révoltée.
La fille à la fenêtre voit l’image de
l’homme qui la voit dans la lune, qui la caresse de son rire.
Il est désespéré.
Il attend à genoux le verdict de
l’archet qui s’afrôle à sa joue, y laisse une traînée blanche.
Il attend à genoux le verdict de
l’archet qui pointe sur sa nuque, qui siffle et qui fend l’air, et qui cingle à
son coeur la vérité cruelle.
There’s
nothing kind about human.
Son sang coule. La fille a fiché dans
la lune le sol du violoncelle et joue,
joue et massacre la symphonie du temps.
Appuyé contre le garde fou en fer de
la lune exactement ronde, l’homme tend son ticket au préposé aux contes.
Et le préposé note. Un mort par
arbitraire.
Sous la fenêtre toujours ouverte, les
passants continuent de passer, bien en file devant la lune qui ce soir est
exactement ronde, et qui sans bruit est revenue se poser juste à l’angle du
toit.
[1] Putain d’humanité, il n’y a rien de bon dans l’homme, et Dieu est encore saoul.
samedi 10 février 2007
Hélas !
Je n’ai guère de succès avec les femmes. Dieu sait pourquoi.
Quand j’étais môme, pourtant, elles aimaient à me cajoler, me prodiguer ces mille agaceries qu’elles affectionnent. Je me souviens de certaine bougresse de baronne qui ne se contentait jamais, comme bien des dames, de caresser furtivement mon postérieur. Celle là aimait à pousser plus avant la drôlerie, et je n’aurais pas eu l’indélicatesse de m’en plaindre.
Cela, hélas, ne dura que ce que dure l’enfance.
Je grandis vite, abandonnant un minois que l’on avait jugé intéressant pour le faciès simiesque que je croise aujourd’hui aux miroirs. La beauté des laids. Même celle là n’était pas dans mes moyens. Certes, j’ai l’œil brillant, le poil vif, surabondant, dru, et harmonieusement réparti, mais cela seul ne suffit pas à faire un homme aux yeux des dames. Tout en moi les décourage, la voussure de mes épaules leur fait craindre quelque faiblesse de complexion, l’ampleur de mes oreilles vient désagréablement souligner l’étroitesse de mon front, et je les vois bien détourner la figure quand je m’approche d’elles, et qu’elles sont peu désireuses de tenir avec moi des conversations dans lesquelles d’ailleurs je ne brillerais guère. Ma vie est triste, hélas, et sans amour. Même les ersatz tarifés aux grands bonheurs célestes m'ont été refusés. Je persiste à croire, pourtant, que sans cette fichue paire de mains surnuméraire, j’aurais les mêmes chances que bien d’autres.