Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

dimanche 3 juin 2018

Les premières cerises...

Il était minuit, ou deux heures, et enveloppée dans un burnous improvisé pour me protéger de ces saloperies de moustiques ardéchois, je contemplais les étoiles dans le jardin de ma mère. Ca sentait l'herbe sèche, le pin, le ventre de grenouille. Le ciel explosait de poudre scintillante, les montagnes, plus noires encore que la nuit, refermaient l'horizon. Les oiseaux s'étaient tus, et par intermittence, très loin, une mobylette tentait de se faire plus grosse que le boeuf. Maman relevait alors la moustiquaire de sa fenêtre et murmurait : "Tu as pas envie de cerises ?". Sans attendre ma réponse, elle glissait pieds-nus dans mon dos, s'accroupissait à mes côtés. "Viens on va faucher celles du vieux en bas." Sans abandonner mon burnous, je la suivais, on descendait la route sur le goudron collant, jusqu'au premier virage, on dévalait la côte du champ tondu ras et piquant sous les pieds. Elle connaissait le cerisier par coeur. Les branches basses, les fourches... Grimpe. Je grimpais. Les cerises étaient tièdes du soleil de la veille. On dévorait à l'aveuglette. La peau épaisse craquait sur les chairs gorgées de sucre, elle crachait ses noyaux en l'air dans l'espoir toujours vain de m'avoir au passage. Quand on était gavées, elle me disait descend. Mais invariablement, ce putain de burnous s'était pris dans les branches, et elle me rejoignait, dans sa chemise pâle, pour me libérer du piège vert. On rentrait en riant, les mains rouges du forfait toutes les nuits répété, et puis on s'endormait dans le soleil levant, au moment où les mouches reprenaient leur danse folle.

Posté par Marie Fox à 09:11 - Insignifiances - Commentaires [5] - Permalien [#]

piedmarie3


Commentaires

    Qu'est-ce

    que j'aime ça!!!

    Posté par chri, dimanche 3 juin 2018 à 10:47
  • Faucher les cerises ? ça m'étonne pas de toi.

    Posté par marie, dimanche 3 juin 2018 à 11:13
  • L'odeur du ventre de grenouille. Trop fort ! Qu'est ce qu'il doit en avoir poussé depuis des cerisiers autour...

    Posté par Ksavijer, dimanche 3 juin 2018 à 15:14
  • Je sais pas, j'ai jamais eu le coeur d'y retourner -)

    Posté par marie, dimanche 3 juin 2018 à 17:14
  • Oui,

    aussi, un peu mais surtout ton texte.

    En vrai pas trop pour les cerises, ils y mettent tellement de saloperies que d'en voler est le meilleur moyen d'être malade!
    Et puis je ne trouve pas ça très très correct de voler le fruit du travail d'autrui... Ne suis pas un merle.

    Posté par chri, lundi 4 juin 2018 à 09:52

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