Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

lundi 5 décembre 2016

Et les brocolis ?

coc49

J'avais tout juste 18 ans quand je suis tombée sur mon premier Gotlieb. Il a tout de suite pris sa place sur mes étagères, Superdupont en tête. Le Pen n'était alors, dans les médias, qu'un "épiphénomène". Sa coccinnelle énonçait en bas de case ses remarques foutraques, et m'avait déconcertée à longueur de pages avec ses "brocolis".

Si ce crucifère est aujourd'hui présent dans toutes les assiettes, il était alors encore rare, et même son nom m'était inconnu. Nous passions nos samedis soirs à écluser des bières chez Marteau, bar minable et accueillant à nos vingts ans impécunieux. Nous étions cinq. Jules, Willy, son frère et son cousin, et moi, seule fille d'une bande de mecs. Je me souviens que l'un de ces samedis, ivres et enfumés, nous avions supputé pendant des heures sur la nature des brocolis, sans même songer à aller voir au dictionnaire.

C'est quelques semaines plus tard que ma belle-mère avait posé sur la table du dîner un plat de mornes brocolis. Jules et moi avions éclaté de rire. Nous étions loin du compte en imaginant une variante de spaghetti. Peu à peu, sous l'influence des nutritionnistes, le brocoli a pris sa place sur les étals de marchés. Soucieuse de la santé de mes enfants, je leur en ai servi une fois par semaine toute leur enfance, mais jamais je n'ai pu les poser sur la table sans me remémorer cette invraisemblable soirée passée à élaborer des hypothèses sur la nature des brocolis.

Plus tard, sur ce blog, j'ai longtemps agrémenté la rubrique "piqué dans" de la célèbre coccinelle - elle faisait partie de ma vie.

Alors ce matin, en ouvrant mon libé, quand j'ai lu qu'elle était morte, j'ai senti quel poids elle avait eu dans ma vie, j'ai vu défiler les images de mes vingts ans, les après-midi entières où, vautrés dans la chaleur des aoûts grenoblois, nous nous passions les albums dans notre piaule d'étudiants, hurlant de rire à chaque page. Salut Willi, alter ego de ma jeunesse, jamais revu depuis. Salut Gotlieb, salut la coccinelle. Ce soir, en mémoire de toi, ce sera bd et brocolis à l'eau. Et bière.

Posté par Marie Fox à 07:41 - Insignifiances - Commentaires [2] - Permalien [#]

piedmarie3


Commentaires

    Cette coccinnelle,

    elle m'a accompagné toute l'adolescence. J'étais abonné à Pilote...

    Posté par chri, lundi 5 décembre 2016 à 09:15
  • veinard. Ma mère m'interdisait les BD et les revues de ce genre. Je n'avais droit qu'aux classiques de la littérature - sans aucune censure pour le coup. J'ai découvert Laclos à 11 ans, je regrette pas, ça valait le détour, mais je me faisais des orgies de Pif Gadget quand j'allais voir mon cousin.

    Posté par marie, mardi 6 décembre 2016 à 08:11

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