Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

vendredi 24 juin 2016

Chers amis anglais,

Je ne connais pas un seul d'entre vous qui ait voté pour le retrait de l'Europe. La première chose que j'ai faite ce matin en me réveillant, c'est de regarder les résultats du référendum, sûre, presque sûre, que vous n'aviez pas fait ça. Mais si. Et pour la première fois depuis longtemps, depuis que nous, Français, avions élu au parlement européen des députés du front national (c'était en 85 ou 86, je ne me souviens plus exactement de la date), j'ai laissé la politique m'attrister. J'avais eu honte, à l'époque, du vote de mes compatriotes. Aujourd'hui, j'ai honte du vote de ce grand pays qui est le vôtre. J'aime l'Angleterre depuis la première fois qu'enfant j'y ai posé le pied. J'aime vos villes, vos campagnes, votre littérature et votre langue. J'aime votre petit air supérieur de conquérants du monde, j'aime même ce nonchalant mépris que vous affichez pour tout ce qui n'est pas British. Quand mon fils a voulu partir faire ses études chez vous, je l'ai encouragé. Lui aussi est tombé sous le charme de votre anglitude. Il pensait rester à Londres, y faire sa vie. Ca risque d'être difficile. C'était pourtant une tradition familiale, chez nous, qu'au moins un enfant par fratrie s'expatrie Outre Manche. J'ai chez vous la moitié de ma famille. Des oncles, des tantes, des cousins, des amis. L'idée de demander un visa pour aller leur rendre visite me navre. J'étais chez vous comme chez moi, at home. J'aimais l'idée que nous étions liés par tant de choses. Combien de vos rois furent français ? Cette reine que vous vénérez aujourd'hui n'est-elle pas fille de la maison d'Hanovre ? Combien de vos soldats sont morts sur la Somme ou les plages françaises ? Vous êtes européens, par le sang des nations qui ont fondé la vôtre. Comment, comment avez-vous pu l'oublier ? Je sais que vous avez les reins solides, vous vous en remettrez, je vous le souhaite. Mais je ne peux m'empêcher aujourd'hui de regretter votre défection, ni de déplorer la réaction qu'elle suscite parmi le peuple français qui clame dans les bistros et les marchés "bon débarras". Il faut croire qu'il y a chez nous comme chez vous une majorité - une courte majorité - de gens sans âme et sans conscience, victimes d'un populisme sans cesse grandissant, attachés à l'ostracisme plus qu'à l'amour de l'autre. L'Europe, sans doute, avait besoin d'un choc pour rebondir sur les crises qu'elle subit depuis dix ans. Fallait-il vraiment en arriver là ?

Posté par Marie Fox à 13:40 - Comme je veux - Commentaires [4] - Permalien [#]

piedmarie3


Commentaires

    J'espère

    que ce n'est pas un peu partout le début d'une période de replis frileux et mortifères alors qu'il faudrait, au contraire, il me semble ouvrir grand les portes et les fenêtres...

    Posté par chri, vendredi 24 juin 2016 à 14:12
  • il serait bien que les media français et européens en général, rendent compte de la panique qui règne désormais dans le royaume uni. Les instigateurs de cette catastrophe eux-mêmes serrent les fesses, et Johnson serait bien avisé de pas sortir tout seul le soir, il risque le lynchage. Ca mettrait les pendules à l'heure.

    Posté par marie, samedi 25 juin 2016 à 08:00
  • Ce n'est pas seulement le populisme qui est en cause Marie, c'est aussi un rejet de plus en plus viscéral de ce qu'est devenue l'Europe. Pour info le fameux grand traité transatlantique dit TAFTA se fabrique dans la plus grande opacité qui soit, dans le dos des peuples et même des députés européens pour notre plus grand malheur. L'avenir que nous prépare les "conspirateurs" c'est juste un avenir à la Orwell...alors les Anglais ils ont peut-être donné un nécessaire coup de pied dans la fourmilière.

    Posté par Chris, mercredi 6 juillet 2016 à 08:54
  • que l'europe ait besoin de réforme, c'est un fait certain. Mais pour ceux qui, comme moi, sont partisans d'une europe fédérale (dont on n'a jamais été aussi éloignés) c'est un coup dur. Bien sûr que les anglais sont des emmerdeurs qui ont passé leur temps à pourrir le projet, mais il n'empêche que le choix est simple : l'union ou le retour au pouvoir des nations, et des nationalistes.

    Posté par marie, mercredi 6 juillet 2016 à 09:34

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