vendredi 29 mai 2009
Non mais ho !
Ce matin, après ma demi heure quotidienne de gesticulations natatoires, je regagne benoitement les douches de la piscine, où, grand luxe, je suis toute seule. Hop, shampoing, je frotte, face au mur, en bénissant un silence bien revenu (aujourd'hui, c'est la journée "sport autrement" consacrée au thème du sport dans la vie des handicapés mentaux et pour fêter ça, on diffuse à fond les œuvres de Jhonny - à dix heures du matin), mais ça dure pas. Débarquent une vingtaine de demoiselles, première ou terminale, qui ont piscine aujourd'hui.
Piou-piou-piou-zont pas vraiment envie de se coller sous les douches, mais faut bien, vu que leur prof de gym irrupte en couvrant à elle toute seule les pépiements. Je me recolle le nez contre le mur, y'a pas photo, elles vont pas trainer là les filles, et je vais pouvoir poursuivre mon déchlorage peinarde.
Sauf que. J'en lâche mon shampoing. La prof de gym vient de me coller son pied au cul en me signifiant que c'est pas le moment de se laver les cheveux. Je me retourne, du savon plein les yeux, mais elle aussi a fait volte face, à la recherche de sa prochaine victime.
Me demandez pas ce qui m'a pris. Je suis désolée.
E.H.S
C'est presque comme H.E.C., amusant non ? Sauf que pour entrer à HEC, vaudra mieux pas avoir fait avant une EHS - Ecole Haute Sécurité.
- Fouiller les sacs des gamins à l'école : Quand j'étais prof, j'ai souvent assisté à ce rituel de début d'année d'enseignants qui consultent ensemble la liste des élèves classe par classe. Ha, lui je l'ai eu l'année dernière, un cauchemar, disait l'un. Tu fais bien de me prévenir, répondait l'autre en traçant devant le nom une croix rouge. On a intérêt à fouiller son sac, ajouteront-ils maintenant. Juste parce qu'il a une propension à ouvrir sa gueule, ou à contester, on sait jamais, si ça se trouve il a dans son cartable les œuvres présumées de Coupat.
- Brigade scolaire : Il était temps, de mettre aux services des directeurs d'écoles une force de frappe à caractère dissuasif contre les voyous. Ils y réfléchiront à deux fois avant d'arriver en cours avec une kalachnikov quatre couleurs.
- Portique de détection d'armes : Plus de couteau suisse pour la pomme du quatre heures. Evitez les couteaux à beurre aussi, on sait jamais. Et pour le cutter indispensable en cours de travaux manuels, pensez à munir vos enfants de la dispense obligatoire, dûment signée par les parents, contresignée par le chef de quartier, et tamponnée par le vigile de l'entrée.
- Dispositif de video surveillance : Prenons ça comme une illustration du cours de littérature consacré aux oeuvres d'Orwell.
- Diagnostic de sécurité spécial : Déjà 184 E.H.S repérées sur le territoire national. Comme pour HEC, on ne lésine pas sur les moyens pour atteindre l'objectif. Mais là, il ne s'agit pas de construire des amphitéâtres dotés de confortables sièges rouges rembourrés, de les équiper du wifi, ni de développer le fonds des CDI, ni de proposer les conférences d'intervenants hautement qualifiés facturées 500 euros de l'heure...
Quand j'étais au lycée, j'avais pour ami un trublion, un échalas livré le plus souvent à lui-même, qui passait tous ses mercredis après midi en colle parce qu'il dévissait les sonneries d'étage pour qu'on n'entende ni le signal de début des cours, ni celui de fin (il arrivait en avance TOUS LES MATINS pour être sûr d'avoir le temps de faire tous les étages. Rien de bien grave, sinon sa propension à provoquer l'ire des enseignants qui le trouvaient ingérable. C'est à cause de ça que nous nous étions liés au début. Nous partagions le statutde "zigotos" (fort acclamé parmi nos congénères mais peu apprécié - c'est normal - de ceux qui devaient nous guider sur le chemin des apprentissages). Je me souviens qu' il s'amusait à terroriser les vieilles juste en leur proposant de leur porter leurs courses. Gentil comme on n'imagine même pas qu'on puisse être gentil. Il est mort d'une overdose avant d'avoir vingt cinq ans. Pourris en paix, Patrick. Tes farces de potache n'étaient alors sanctionnées que par les heures de colles que franchement tu n'avais pas volées. Aujourd'hui, le lycée serait avec toi plus dur que tes dealers de l'époque, qui te laissaient crever quand t'avais pas trouvé assez de fric pour acheter ta came. Si on avait fouillé ta musette au lycée, on y aurait trouvé ton chichon, un peu d'héro dans les bons jours, mais on t'aurait pas sauvé pour autant, t'aurais juste passé un peu plus de temps en cellule plutôt qu'à rêvasser dans les champs.
Je me souviens du jour où je t'ai pris en stop sur la route de B. On avait un peu plus de vingt ans, et je t'avais pas vu depuis au moins six mois. Tu sortais tout juste de la maison d'arrêt, où m'avais-tu raconté, ils n'avaient cessé de t'emmerder pour que tu acceptes de travailler.
"Tu veux rire ? j'ai jamais voulu bosser même quand j'étais pas sûr de bouffer, alors bosser pour un demi salaire en tôle, hein.."
J'aimerais bien savoir ce qu'il adviendra des Patrick aujourd'hui, quand on aura eu la preuve, en ouvrant leurs cartables, que la route d'un ado mal aimé, c'est souvent l'express pour l'enfer. Même si - dans l'idéal, on leur propose un centre de désintox, un amour qui sauve, un travail qu'ils aiment (oui, mon vieux, y'aura des lapins, et même des chevaux, comme dans les rêves de Lenny), même si. Mais ça en prend pas le chemin.
Alors oui, je sais bien, c'est pas facile tous les jours pour les enseignants dans certains quartiers où l'on trouve plus de Patrick que de Jean-Henri, oui, les mômes des ZEP sont quelquefois violents, oui, il règne dans certaines écoles une ambiance de merde. Mais si on essayait plutôt dans ces zones-là, en vrac, des classes de dix élèves, des objectifs concertés entre les parties, des contrats de présence, l'engagement des collégiens dans le soutien aux primaires (avez vous remarqué comme ceux qui sont indifférents au sort qu'ils se préparent sont pourtant soucieux de celui des plus jeunes membres de leur fratrie ?) si on essayait le théâtre, l'adaptation de Molière en verlan, qu'ils joueraient en nike devant leurs potes, si on essayait d'être un peu humains et attentifs ?
Je rêve, je sais bien. Quand on se rend dans les Lycées ou les IUFM pour proposer des interventions bénévoles du genre Molière en verlan on est -poliment - éconduit. Bien sûr, on a pas tous l'envergure d'un Pierre Dulaine. Bien sûr.
jeudi 28 mai 2009
L'histoire de la vieille qui pisse.
Or donc, si vous voulez savoir pourquoi et comment aujourd'hui et maintenant, vous lisez le bazar dessous, je m'en vas pas vous refaire l'historique. Et si vous ignorez toujours tout de la géographie des fenêtres de Providence, rapportez vous aux archives diverses, dans la catégorie Soeur Michèle, ou d'autres, bref.
Nous sommes en août, toujours propice à des stations récréatives dans le soleil de sieste, abrité des rayons qui dardent velu derrière le vieux volet niqué, strictement invisibles. La rue n'est pas encore piétonne, et les voitures stationnent en vrac, deux pieds sur l'asphalte, deux sur la roche, sur toute la longueur du mur du couvent. Les piétons circulent donc en plein milieu de la chaussée, de toutes façons, y'a pas de trottoir. Soudain (et là je dis soudain, mais c'est une clause de style destinée à éveiller votre intérêt de manière à peine honnête.. -)))) bref, soudain, deux mamies poussives et hilares entrent dans mon champ de vision. Deux mômes à cheveux blancs dans la rue déserte, dont l'une se contorsionne, les mains entre les cuisses, en hoquetant des "arrête, arrête, je vais me pisser dessus" avant d'aviser le recoin parfaitement protégé des regards et de s'y précipiter, les jupes relevées sur ses fesses rebondies, en exhalant un rhaaa digne de Gotlieb.
Suivi immédiatement du rire des voisins, à leur poste aux aussi, du mien, et de celui de la deuxième vieille qui se tient les côtes, au bord de la fuite elle aussi.
Voilà, vous comprenez pourquoi j'ai fait installer un garde fou à ma fenêtre ? Un jour où l'autre, je serais tombée. Maintenant, avec un coussin en plus, c'est grand confort, et sans risques.
mercredi 27 mai 2009
Pour Marilé, maiss les autres peuvent lire aussi, hein.
Je suis quasi sûre de l'avoir déjà raconté, mais j'ai plus vite fait de recommencer que de chercher dans les archives, surtout que l'anecdote date déjà de quelques années.
Or donc, on est au cœur de l'été, et à l'heure la plus chaude de la journée. Je somnole assise sur le rebord de ma fenêtre, quand un brouhaha furtif s'insinue dans ma léthargie. Des bruits de pas souples sur le goudron chaud, des froissements de tissu, comme un vol de nonnes qui serait venu se poser devant l'entrée de la chapelle, mais pas exactement. Il y manque le verbiage. Curieuse, j'ouvre les yeux, et oui, c'est bien un vol de nonnes, des robes noires à guimpe blanche, des voiles immaculés serrés autour de visages cuivrés d'indiennes. Taciturnes que c'est rien de le dire (mouarf -) Eh oui, c'est ça qui m'a fait douter de leur arrivée un instant, la nonne en bande, ça piaille pire que les mouettes quand y'a du vent. Celles-là doivent appartenir à l'un de ces ordres dont les membres font voeu de fermage de gueule, sauf en cas d'urgence, où il leur est permis de crier "au feu". Comme c'est la première fois qu'il m'est permis d'observer in vivo cette espèce fascinante (faisons un peu de féminisme sans poil au pattes ni subtilité aucune, des gonzesses qui choisissent de fermer leur gueule, j'en connais pas une seule - en fait j'en connais pas une seule qui en soit capable). Je souligne la provocation et je laisse la place pour Orlando.
encore un peu.
Voilà.
Donc j'observe. La moyenne d'âge doit se situer dans les 65 ans, on échange quelques tapotements de manche vite réprimés par le regard sévère de la chef, et deux silouhettes seulement se singularisent par leur vivacité, abritées des regards dans l'ombre du mur. Ces deux-là doivent avoir moins de vingt cinq ans, des poupées de porcelaine brune, et l'une des deux, le visage encore arrondi par des lunettes en OO jette un coup d'oeil dans sa manche et éclate de rire, instantannément rejointe dans son hilarité par sa comparse. La chef se retourne, le sourcil intimidant d'impératif, juste au moment où dans le mouvement qu'elle fait pour masquer son rire, la demoiselle laisse échapper un portable flambant neuf.
Cette fois, c'est moi qui suis prise de fou rire. Elles sont en train de s'envoyer des SMS. Je ne suis malheureusement pas capable de vous décrire la vitupération gesticulatoire de la Duegne, mais je dois à ces nonnes-là l'un de mes plus durables fous rires. Et j'aurais bien fermé ma gueule une semaine entière pour pouvoir lire le texto.
Voilà, si t'es sage, je te raconterai la vieille qui pisse derrière les bagnoles avec l'intégralité des habitants de providence aux fenêtres.
Les intermittences de la mort...
Quand; au détour d'une librairie, on tombe sur un titre pareil, forcément, on embarque, même quand on n'a(1), comme moi, jamais entendu parler de l'auteur, qui - ai-je découvert après coup, a reçu un prix nobel de littérature.
Les intermittences de la mort ? Parce qu'elle bosse pas à plein temps ? Ben non, il pourrait bien advenir un jour que la mort, lasse de la mauvaise opinion qu'on a d'elle, décidât de se mettre en grève. Oh, pas longtemps, six mois, juste pour nous montrer ce que seraient nos vies sans elle. Avec humour, pertinence, et surtout avec un formidable talent d'écriture néo académique, Saramago nous embarque dans une histoire de oufs, qui une fois la dernière page tournée, nous laisse tout à la fois hilare, songeur, perplexe, avec l'envie d'y retourner voir (c'est rare, une deuxième lecture dans la foulée).
Remarquablement traduit par Geneviève Leibrich (et en matière de traduction, je sais de quoi je cause), ce livre-là sera rangé, après digestion, dans la partie "inoubliables" d'une bibliothèque, toujours bien moins dense que la pléthore des étagères "je me souviens plus de quoi ça cause". Marilé, promis, je te le poste dès que Laurence me lâche avec ses peintures, ou que je l'ai massacrée à grands coups de pinceau à réchampir !
(1) Chonchon me faisait récemment remarquer que la marque de la négation, sous cette forme là, a presque complètement disparu du discours écrit, y-compris dans la presse. C'est pas une raison. Le plus que j'y songe, le plus que je suis convaincue que la résistance des puristes est aussi indispensable à la vitalité d'une langue que le détachement néologistique et le créativitionnisme. Voir l'écriture à la fois complètement libre et détachée en même temps que rigoureusement académique de Saramago, d'où l'appellation ci-dessus de néo-académique.
mardi 26 mai 2009
Vol de nonnes.
Les week end de mai, les nonnes affluent à Providence pour visiter la Chapelle de la Galerie. Elles sont en vacances, elles ont le temps, elles se promènent. Comme Soeur Michèle met toujours un petit moment à venir leur ouvrir (celles de ce matin ont glandé une bonne demi-heure), elles pépient là à qui mieux mieux, sauf lorsqu'il s'agit d'un ordre silencieux (1), nous font coucou à la fenêtre, impatientant leur guide italien qui occupe la pause en leur dressant le plan des lieux en 1610, bref, c'est agréable, et souvent amusant.
Tenez, sur la photo, là, on les voit bien, toutes en uniforme, avec - c'est les vacances - parfois un détail vestimentaire qui les singularise un peu, comme une fermeture éclair au lieu de boutons ronds sur le gilet, un châle, où, comme cette fois, des nikes toutes neuves plutôt que des sandales.
Si, regardez bien, celle qui se tient sur la ligne de pierre blanche...
Photo : Patrick le Syndic.
(1) il me semble que je vous ai raconté quelque part les SMS.
Un juge et un magistrat, un juré ne l'ai pas.
Lis-je en marge d'une copie d'instruction civique, additionné de l'observation suivante : " Plus de concentration devient essentielle."
Notez, je me moque pas, hein, mais comme la copie est à l'avenant, je me dis que c'est le moment de mettre tout le monde en vacances...
lundi 25 mai 2009
Zorro est arrivéééé !
Dites, ça vous fatigue pas de tempester, de fustiger, d'exiger, de m'ériger en bourgeoise antisémite bas de gamme qui gâche son talent en ricanements déplacés ?
Bref, ça tombe pas trop mal, de toutes façons, j'avais prévu aujourd'hui de causer de votre comte de permission - avec la vôtre, bien entendu, si vous objectez, je retire, of course (mon avis sur votre livre, s'entend, parce que pour le reste, vous pouvez toujours vous carrer).
Quoique souffrant d'un grave rétrécissement de l'esprit, j'ai grandement goûté votre prose poétique (où va se nicher la grâce, hein ?). Prosodie parfaite, ou presque, choix délicat du mot, bref, on y retrouve vos plus belles qualités, et c'est un agréable moment de lecture que je recommande à tous ceux que vos jugements à l'emporte pièce et votre promptitude à monter les mayonnaises à l'ail ne découragent pas !
Révérence, cher Monsieur.
dimanche 24 mai 2009
Une voisine
qui, juchée sur un escabeau, le pinceau à la main, s'enthousiasme en vous racontant le dernier reportage animalier qu'elle a regardé au point de vous mimer (et là le pinceau s'avère précieux) le chimpanzé en rut, c'est un bonheur rare !
Lèse-Président.
Il y a encore deux ans, quand on barbouillait sur un mur "Chirac est un trou du cul", ou un peu plus tôt, "Mitterrand(1) est un trou du cul", on s'exposait à une amende forfaitaire pour dégradation du mur d'autrui. C'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui. Du moins tant qu'on n'écrit pas "Sarkozy est un trou du cul". Là, c'est l'amende spéciale "lèse-président". Dites, 100 euros pour - non pas avoir écrit - mais s'être exclamé "Sarkozy je te vois", vous trouvez pas ça un peu raide ?
On me dirait que nous sommes en train d'assister à un recul de civilisation que je serais presque pas surprise.
(1) j'ai jamais su lui mettre le bon nombre de t ni de r.


