jeudi 30 octobre 2008
Don d'organes.
mardi 28 octobre 2008
Dans le frai de la pluie...
Il pleuvait ce soir-là. J’avançais dans la nuit à grands pas tout mouillés. L’œil clos, la bouche ouverte et les cheveux défaits, je dévorais l’eau froide, je tâtais des gouttières désertées par les chats et je guettais les mousses qui enflaient de vert sombre aux lézardes des murs. Il ne se passait rien. Juste qu’ici et là les flaques reflétaient les vaines mirobolances des feuilles sur le trépas. Les masses en contre-sombre des pierres du château se dressaient à mon Nord – et dans mon dos, au Sud, s’il survenait des choses, je ne les voyais pas. Je m’installai enfin au confort minéral d’une borne cavalière, pour rien, juste comme ça, j’étais pas fatigué et la mâchoire ouverte, je me laissai noyer dans le frai de la pluie jusqu’à ce qu’un poisson me tombe dans le bec. Je recrachai l’arête, les deux yeux et le cœur, et je rentrai – repu, prendre une douche chaude et me glisser tout nu dans mes draps de coton.
jeudi 23 octobre 2008
Cléromancie
Chez Barnabé y’a de vieux os, on joue à la cléromancie. Un tibia, un morceau de pelvis, un bout de temporal, y nous en faut pas plus pour tout savoir du monde. Tibia, oh, mon tibia, trouverai-je mon prince, et demain sera-t-il plus mieux bien qu’aujourd’hui ? On les baise, on les lance, on tressaille à leur choc, et puis on interprète ce qu’on a sous les yeux. Le futur à long terme, c’est plus facile qu’on croit de deviner c’est quoi rien qu’en lançant des os.
mardi 21 octobre 2008
Tranche de Providence.
Assise sur l’appui de ma fenêtre magique, je profite du soleil d’octobre. La rue est déserte, ou presque. Tout au bout, du parking, arrive un vieux monsieur à l’opulente chevelure blanche qui pousse l’un de ces antédiluviens automatophones qu’on dit de Barbarie[1], sur lequel est perché un vulgaire chat poilu comme ils sont tous. La trajectoire du trio à roulettes est sinueuse, heurtée, assez pour qu’intriguée j’ouvre tout à fait l’œil. Il fait autant de vagues qu’un type qui conduit en décryptant son GPS posé sur ses genoux. Quand il arrive à l’aplomb de mon perchoir, j’en hoquète de rire. Il est, effectivement, en train de chercher sa route au GPS. Un tas d’antiquités à la pointe de la technologie. Je présume qu’il cherche le Puits Saint Jean, ou la place Saint François, ou Sainte Claire, tout droit au fond, mon p’tit monsieur, et assez loin sivouplé pour pas me troubler la quiétude. Je supporte pas le piaillement asthmatique de ces engins.
Je referme les yeux, tire un peu le volet sur moi, et au moment où je me ramollis, un souffle de musique monte, feutré comme une clarinette, clair, doux. Papy s’est mis tout à côté, et en tournant sa manivelle, me tricote un nid de velours et de soie. J’en crois pas mes yeux comme c’est beau.
Il a joué qu’un seul morceau, et puis il est reparti en zigzaguant, si ça se trouve il avait fait une pause là que le temps de retrouver la connexion de sa machine avec le satellite. Tant pis pour moi, tant mieux pour les copines du Puits Saint Jean, ça les change un peu des latinos et des pseudo cheyennes qui leur pètent les couilles en permanence d’avril à décembre.
[1] Alors à propos des orgues, et de la grammaire. Monsieur Grevisse Du Bon Usage, qui sait tout de même de quoi il cause, nous dit que le mot avait les deux genres au Moyen Âge, avec prédominance du féminin. Le masculin s’est imposé (du moins au singulier) parce que le mot latin organum était neutre. Au 18ème siècle, on trouvait encore le féminin au singulier. Et de citer Marivaux Ma voix fait autant de bruit qu’une orgue de paroisse, en précisant qu’on trouve même une orgue de Barbarie sous la plume de Juliette Drouet.
Aujourd’hui, Orgue est masculin singulier, et féminin au pluriel quand il désigne un seul instrument, mais reste masculin quand il s’agit d’un véritable pluriel. Ni vu ni connu j’t’embrouille. Bref, si vous voulez en savoir plus, vous faites comme moi, vous ouvrez le pavé. Faites gaffe quand même, de fil en aiguille et de renvoi en note, demain, vous y êtes encore.
vendredi 17 octobre 2008
Ite Missa Est, rediffusion.
C’est une authentique autochtone, surprenamment auto stoppeuse. Le fichu est noué sous le menton, la blouse à fleurs dépasse du bas de l’anorak de tergal sur une jupe de laine et des chaussettes de tricot.
La chaussure est lacée serré à la cheville. C’est qu’y fait pas chaud, on est en janvier, et à la montagne. Il neige, et le cœur du village est à encore un bon kilomètre. Allez savoir ce qui arrive aujourd’hui à cette sexagénaire d’ordinaire si réservée, elle réclame un arrêt à grands mouvements du bras tout raide du pouce à l’épaule, qu’on dirait un chef de gare. Je pile, ou presque – sur la neige vaut mieux piler tout en douceur.
« Je vous emmène chez Peccore ? »
Peccore, c’est le nom du magasin. Du surnom de son tenancier, chapeau mou sur chafouine figure, la panse proéminente sous un gilet barré d’une chaîne de montre. Un reliquat d’avant les républiques. Le magasin, c’est mi épicerie arabe, mi dernière quincaillerie avant le désert du Colorado, mi arrière-boutique de marché noir. Pas d’enfants, pas de soleil, une sœur à perruque de traviôle qui ne quitte la caisse que pour s’en aller à l’église.
La mamie est montée dans ma bagnole. Ca fleure instantanément des remugles d’étable fraîche, mélange de bouse, pisse rance et choléra. Funérailles, si j’ouvre la fenêtre, je vais la vexer.
Elle dépose son filet sur le tableau de bord.
« Faut qu’j’alle aux commissions ! »
« Ben dites, vous êtes courageuse hein d’aller à pied par ce froid. Pis ça glisse. »
« Ho ça caille point tant, pis ça glisse bien un peu, mais j’ai des élastiques parmi, j’risque point. »
Je
jette un coup d’œil à ses pompes. Oui, elle s’est mis autour des pieds des tas
d’élastiques à confitures censés prévenir tout intempestif dérapage. Je peine à
contenir mon hilarité, pire qu’un Duc de Joyeuse. Pis bon, pour rire, faut
inspirer profondément, et comme l’atmosphère est pas respirable, je me
contiens, t’façons, on est presque arrivées. Elle se penche vers moi à la
faveur d’un virage serré pour me confier les derniers déboires de santé du
ouazin qu’a pissé du nez hier à remplir une pleine boye, si c’est pas
malheureux. Et du coup je comprends l’origine de ses audaces inaccoutumées.
Mamie s’est parfumée ce matin à la gnôle, pétée comme un coing qu’elle est.
Mais sous ces latitudes du quasi septentrion, ça s’oua point tant à la démarche
ou au maintient, ça se note qu’à des détails, des velléités de jeunette, comme
de faire le trajet aux commissions dans l’auto d’une étrangère. Je la laisse à
la porte de Peccore avant de poursuivre ma route, pour m’apercevoir au virage
suivant qu’elle a oublié de reprendre son filet de nylon. Je le laisserai en
passant chez l’Yvonne, elle le lui rendra tout à l’heure à l’église, avant
d’aller y raconter partout, qu’
mardi 14 octobre 2008
Numérisé par Google...
Avec l'accès internet au site Gallica, le bibliophile moderne avait fait un pas de géant, pouvant enfin de sa lointaine province consulter des tas et des tas de documents inaccessibles autrement à qui n'est ni chercheur, ni thésard, ni rien autre que simple amateur de raretés. Hélas, le processus de numérisation des documents demandant beaucoup de temps, et d'investissements, nombre d'ouvrages rares restaient dans l'ombre la plus totale, et la découverte des textes numérisés laborieuse à cause d'un temps de chargement de chaque page souvent excessif.
Or, depuis quelques mois, le nombre de recherches web de ce genre de littérature qui aboutit s'accroît tous les jours, Google s'étant mis à les numériser et les proposer en masse. J'ignore tout du processus et des gens qui oeuvrent à nous restituer ces vieilles lectures, mais ça ne me dispense pas de dire "merci m'sieurs dames", et de vous envoyer vous aussi chercher l'improbable qui vous titille l'imagination depuis longtemps, et qui si ça se trouve est là, à portée de clic, comme le Ménagiana, qui n'y était pas y'a encore six mois, et qui aujourd'hui, pouf, s'offre tout nu à nos papilles.... Tenez, je vous laisse deux extraits.
Menagiana ou Les bons mots et remarques critiques, historiques, morales & d'érudition. de Monsieur Menage, recueillies par ses amis ... De Gilles Ménage
Menagiana ou Les bons mots et remarques critiques, historiques, morales & d'érudition. de Monsieur Menage, recueillies par ses amis ... De Gilles Ménage
lundi 13 octobre 2008
Les meilleures choses ont une fin…
Jusqu’à aujourd’hui. Cette fois, j’ai tout ce qu’il faut pour boucler. Documents administratifs, comptables, techniques, y’a plus qu’à mettre tout ça en ordre et rendre les comptes avec mon tablier à la prochaine AG, au 15 décembre si tout se passe bien. Après ça, et à moins que j’échoue à contenir les assauts quérulents des consorts[1] O. et S., je serai en vacances. Ça va me faire bizarre.
[1] Étonnamment, le consort, et je dis le consort au singulier exprès, tant il est notoire qu’on ne voit jamais qu’une tête de l’hydre qui se cache derrière l’œil glacé DU représentant, est bien plus malfaisant que la somme de ses composantes. C’est ce qu’on appelle le concept d’émergence de l’emmerdement consanguin.
samedi 11 octobre 2008
Les vanités de ce monde...
Arnoldiana ou Sophie Arnould et ses contemporaines De Albéric Deville
Quoi d'neuf ?
Ah !
Quelle bévue
Monsieur, votre payeur est
Aveugle, et votre billet
Est payable à vue !
Le malheur, c'est que j'ai retrouvé ça griffonné sur une vieille facture - le sort a de ces ironies, et que j'ai pas noté l'auteur, ni la source. Tant pis, le mot n'en est pas moins sapide.
mardi 7 octobre 2008
Scottish ou merengue, c'est toujours une danse.
Diderot.
Y’a peu de pas, sais-tu, de l’aire de Broca à ta chorégraphie. Deux circonvolutions à peine, pour un tangoréro comme toi. Je pourrais te chanter treize vers du grand livre, ou du wernickulaire dont tu mimerais le sens d’une unique figure parfaitement rythmée. Parce que t’entends les vers comme un orchesographe, et tu les magnifies en grâces d’arabesques, de la cambrure iliaque à l’ondulé des mains. Ballerin funambule, volute de fumée que les airs éparpillent en dentelles usées, une rose à la bouche, ou les sabots aux pieds, ta danse est un poème, un art de mots muets.


