jeudi 13 mars 2008
Ca devait arriver...
Y'a encore dix ans, les mômes bouffaient du Henri Dès en colonie de vacances jusqu'à gerber. Le résultat logique, il est là, http://www.deezer.com/#music/result/ultra%20vomit
Ca s'appelle Ultra Vomit, l'album Objectif Thunes, et le plus que c'est con, le mieux que c'est bon.
Tiens, écoutez celle qui s'appelle "boulangerie pâtisserie", ça craint grave, mais moins que "poil de cul".
Bon, une fois ou deux je dis pas. Mais ma virgule démarre ses écoutes à 6 heures pétantes, et comme il va plus à la cantine, on remet ça un peu plus souvent que je ne saurais supporter. Ca va mal finir. Parce qu'en plus il chante dans la voiture.
Nous les mères, vous savez pas ce qu'on endure. C'est même à se demander comment on arrive encore à résister à l'envie de jouer au petit poucet quand on va faire un tour en forêt.
Leila
Leila, ça fait tellement longtemps que je veux la raconter qu'il faut bien que je m'y mette.
Elle est toute petite, avec des joues rondes sous le voile. Mais non, elle est pas nonne, juste marocaine. Elle a des yeux noirs qui pétillent derrière des lunettes sobres en métal gris, et un sourire, du dedans.
Au début, on se croisait devant l'école et on se saluait d'un sourire mutuel. Moi toute seule en walkman trottinette, elles avec sa poussette et ses copines arabes. Devant les écoles primaires, y'a toujours des groupes pré-constitués. Quand on les connaît pas d'avance, on n'a aucune chance d'intégrer l'un d'entre eux, mais ça m'a jamais dérangée. J'aime bien poser mes fesses sur la barrière du canal, un peu en retrait, et les observer. Plus j'observais, plus mon regard s'attardait sur Leila. C'est elle qu'a fait le premier pas, et qui laissant son groupe est venue me causer. Au début, que des insignifiances. Son Karim, ma VIrgule, sa fille boiteuse qui n'en finissait pas de manquer les jours d'école parce qu'elle avait trop mal. Et puis un jour, elle m'a raconté. Qu'elle avait pris la décision de la faire opérer par un autre.
Un autre ? j'ai demandé. Un autre quoi ?
Mais tu sais pas ?
Non, je sais jamais rien de ce qui s'échange à la sortie de l'école. Je regarde juste, j'écoute pas. J'écoute Tom qui raconte l'autre monde.
Alors elle m'a expliqué que son mari est chirurgien orthopédiste. Que quand leur fille est née avec cette malformation de la jambe droite, elle s'est pas inquiétée, sûre qu'il trouverait un moyen de pallier ces centimètres manquants. Mais voilà, son mari, il a jamais voulu. Sauf une fois, il lui a dit d'accord, je vais l'opérer. On a descendu la gosse au bloc, l'anesthésiste l'a endormie, mais lui, il a pas pu. Pas pu regarder dans le dedans de sa fille pour lui rendre la démarche élégante et tuer la souffrance.
Je lui en ai voulu, qu'elle m'a dit.
Moi, j'étais un peu sur le cul. Pas tant que son mari ait pas pu, mais qu'il soit chirurgien. On n'a pas l'habitude, dans la région, qu'un arabe soit docteur.
Elle a éclaté de rire quand je lui ai dit ça.
Pis, t'as pas le look d'une femme de chirurgien, j'ai ajouté. Mais y'a tellement de choses qui collent pas chez elle, qu'une de plus ou de moins, ça faisait pas grande différence.
Au fil de nos quart d'heures, elle m'a raconté qu'elle aimait lire plus que n'importe quoi. Ca, je m'en doutais, cette fille-là, elle cause verbal comme on écrit. Pensez, son mari, il est docteur en médecine, mais elle, elle est docteur en littérature arabe.
Là, pour le coup, j'ai failli tomber de ma rampe côté canards.
Franchement, on n'a pas le droit d'être aussi atypique.
T'en causes à ton aise, qu'elle m'a répondu. Sûr que t'es un modèle de typique toi.
La seule chose dont on n'a jamais parlé, c'est de son voile. Elle m'a expliqué les lettres arabes, elle m'a prêté des livres pour que je comprenne bien, on a ri ensemble à plus soif, mais j'ai jamais compris son voile. Après tout, ça me regarde pas, les cheveux de Leila. C'est peut-être bien là qu'elle est, la clé de ses mystères, de ses contradictions et de sa force, dans ce voile qui couvre ses cheveux et son front, comme une ruse pour mettre en lumière la lumière de ses yeux.
Z.I des Iles...
La description du paradis, elle est là.
http://aubesvives.canalblog.com/
Celle qui suit n'est que contrefaçon.
File moi un bout de ton paradise. Ici l’herbe est que vert de gris, séchée au vent, et âcre au goût. Moi, tout c’que j’connais du soleil, c’est l’brillant du laiton poli. Artificiel qu’on dit pas mieux. Les paradis, y’en a des pires, anodisés, cadmiés, nickelés, chromés, dorés, électrolysés en vapeurs délétères grasses comme des fumées d’incendie. File moi un bout de ton paradise, je le collerai contre le mur, avec les photos de bimbos qui dégoulinent de graisses rances. Et quand je lèverai les yeux, au milieu de la zone de gris, je verrai… comment que tu dis ? des perles de jade fin et de sable farine.


