mardi 4 mars 2008
Encore Providence
Allez, je vous raconte mes malheurs, je sais que ça vous distrait toujours beaucoup. Or donc, le mardi, réunion de chantier. Et emmerdeuses. Elles s’étaient calmées un peu, faut dire que je leur avais plutôt soigneusement lié les mains, et la gueule. Mais bon. Vous vous souvenez que le cinq décembre dernier, les experts commis par la mairie à l’inspection des travaux ont prononcé la levée de l’état de péril. En conséquence, je suis depuis cette date tenue de rendre à chacun de mes copropriétaires le libre usage de son lot. Certes, certes. Mais c’est pas parce qu’on a changé la charpente d’un immeuble et qu’on a réalisé les coupe-feu que les travaux sont finis. Derrière, faut refaire la plomberie, l’électricité et tout le bazar. J’ai donc laissé les cadenas sur les portes, histoire de pas courir le matin après les particuliers pour ouvrir aux artisans. Et vous vous doutez bien que l’équipement des caves passe après celui des appartements, et ne sera donc pas fini avant la fin de ce mois, voire même de l’autre . Hé bien Mademoiselle, lasse de m’admonester hebdomadairement, a fait venir cette fois sur les lieux son notaire et un huissier, afin de faire constater :
- 1 – la fermeture abusive de sa cave ;
- 2 – l’utilisation au moins aussi abusive de ladite cave par les artisans pour stocker leur matériel ;
- 3 – l’inachèvement des travaux ;
Elle demande par conséquent et voie judiciaire une indemnisation pour la perte d’exploitation de son lot depuis le cinq décembre.
Le plus drôle de cette réclamation, c’est d’une part qu’elle ne l’a jamais loué son lot, d’autre part qu’elle me somme, et j’aime point qu’on me somme, de lui fournir le document que j’aurais rédigé, dans un élan de favoritisme éhonté, pour que la mairie rende à Gérard le droit d’exploitation de sa chambre froide depuis juillet. Mais je peux point lui donner, j’ai rien rédigé moi, j’ai juste dit s’il te plaît monsieur à l’expert juridique. Elle va avoir du mal à faire valoir son argumentation, Mademoiselle, et moi je vais y passer du temps, mais je vais bien rigolationner. Déjà qu’elle me doit toujours les dépens du dernier procès qu’elle a perdu, là elle va y laisser aussi les honoraires. Et je vais demander des dommages intérêt pour emmerdement excessif de la part d’une dame à qui je ne dois rien, et qui me doit elle, somme toute, la conservation d’une part de son large patrimoine immobilier. Non mais, vieille gueuse.
Au pinceau, ou à la truelle,
Y’a des gens qui font des
peintures, à l’huile, à l’eau, au gruyère mou, des choses qu’ils voient ou bien
pas même, y’en a pour peindre ce qui n’est pas. Moi c’est ceux-là que je
préfère, ceux qui peinturent comme des enfants qu’auraient rêvé de déstructure,
qui mettent des points sur les A. Peintureurs, faites nous des ombres avec des
rayons de lilas, des courbes grasses ou bien des angles, pétés de couleurs parpaga,
celles qu’on voit sous les paupières quand on rêvasse en si majeur, quand le
ciel prend des teintes absconses qu’auraient des noms qu’on connaît pas.
Saloperie de Providence.
Ils et elles vont toutes aller au salon du livre. Mes copines, mes copains, mon anglais préféré, all of them ou presque. Et moi, malgré leurs instances répétées pour me faire venir, je peux pas décoller d’ici, once more. D’abord parce que je dois veiller aux finitions de Providence, et puis parce que ça tombe juste au moment où je dois déménager, et puis aussi parce qu’il n’y a personne pour s’occuper de mes petits bouchons à la maison… sérieux, ça fout les glandes.
Mais je vais pas me plaindre hein, ça fait quinze mois que je me bats à faire à la fois Don Quijote et Sancho pour retrouver ma maison, c’est pas pour déserter le jour de l’ouverture. Vous me voyez faire ma Marie à Paris et laisser à un autre le soin de fracasser une bouteille de blanc contre la vieille porte de l’immeuble (que ces crétins sans âme voulaient me faire changer sous prétexte de sécurité). Allez, me duele el culo, mais faut savoir ce qu’on veut, et surtout d’où qu’on est, sinon c’est la chienlit. C’est ça, être adulte. Se battre contre les moulins à vent, et payer le prix pour être là au moment de la reddition de l’ennemi. Richelieu n’aurait pas choisi autrement. Et il était expert en pierres comme en lettres. Alors Anda, les filles, et pensez à moi quand vous croiserez là-bas tous ces gens que j’aurais aimé rencontrer avec vous. L’année prochaine, if God me met pas des bâtons dans les roues. Je m’en vais préparer ma réunion de chantier d’aujourd’hui, qui si je compte bien doit être l’antépénultième.


