vendredi 4 janvier 2008
Je préfère les violons
Un miroir ? Qu’est-ce que t’en ferais, d’un miroir ? On voit tellement mieux dans un carré de nuit. Je te dis un carré, mais ça n’existe pas. Et l’ovale non plus. Vues de l’esprit tout ça. Enfin bon, un miroir, ça ne réfléchit guère que l’image qu’on lui tend. Alors que les carrés, comme c’est subjectif, ça laisse les perspectives onduler sur les bords comme des rangées de phares. Ca vous brouillasse une hypothèse, ça n’incise que quand il faut, à angles aigus. Un miroir, c’est trompeur – malgré les apparences, et ça vous fait l’ovale un peu pendant en bas, l’œil ectique mais sans voir la luisance des fièvres. Scrute plutôt un grand carré de nuit. Tu y verras des esquisses au charbon jouer l’étincelle au contre-ombre, danser des ondulances sur des mi bémols maçonniques, et supputer des devenirs sans tain, des fantaisies pour duo de violon contrebasse et des dégueulandos longtemps pour piano droit. Tu sais, c’est les plus durs à traire. Sauf quand on a le tabouret qu’il faut. Mais c’est jamais le cas, les miroirs les soustraient, et c’est pas rigolo. C’est pour ça. Je préfère les violons et les carrés de nuit qui ne confisquent rien aux imaginations.
Aphone...
Depuis un mois, ma Virgule est aphone. Au début, j’ai béni le ciel, parce qu’une voix comme la sienne, de sentor, comme disait ma grand-mère, c’est dur pour l’entourage. Mais ça finissait par devenir inquiétant, en plus d’être pénible, parce que l’animal, même aphone, ne cessait pas pour autant de discourir en dessous de l’audible, m’obligeant à recourir à des trésors d’attention. J’ai donc fini par le trimballer chez un Oto-Rhino-Laryngologiste qui m’a rassurée. Y’a une disjonction des cordes vocales qui commence à se tasser, et mon rejeton va finir par retrouver sa voix, pour peu qu’il consente au mutisme le plus total pour quelques jours. Joie bonheur et félicité. Le silence sur prescription médicale, c’est une consolation, même éphémère, à laquelle je n’aspirais plus. S’il veut me faire part de considérations diverses, il va devoir me les écrire. Au moins on a des chances d’éviter les quiproquos comme celui d’hier, quand il est venu me demander si l’ail était un mensonge.
- Qu’est-ce que tu me chantes encore comme connerie ?
- Je te chante pas de conneries, je te demande si l’ail c’est un mensonge.
- Putain, l’ail, c’est une plante, comme l’oignon…
- T’es vraiment con hein, l’AIL, comme dans TELL A LIE.
- AHHH, oui, c’est un mensonge. Ta gueule maintenant, t’as pas le droit de parler.


