jeudi 27 septembre 2007
rédaction : causez de votre animal familier
La rédaction, c’est tout un art, expliquais-je tout à l’heure au plus jeune de mes rejetons qu’en avait une à faire, justement. Où qu’il devait parler de son animal préféré, que ça tombe bien, puisqu’on a récemment, chez nous, adopté un chat.
Une rédac qui cause d’un chat, lui ai-je dit, ça doit fourmiller d’adjectifs.
« Sauf que je parle pas d’un fourmiller, je parle d’Abraham ».
Oui, notre chat s’appelle Abraham, ou Lewis, ou chacon, ou Schrödinger, selon qui c’est qui lui cause. Rien qu’avec ça, tu la tiens ta rédac. Tu peux expliquer pourquoi ce chat à quatre noms.
« Il a pas quatre noms, c’est moi son maître, et j’ai dit Abraham »
Bon, t’as qu’à dire pourquoi il s’appelle Abraham, et après tu le décris.
«J’étais pas venu te voir pour me dire ce que je dois mettre dedans, j’étais venu pour des conseils techniques. »
Conseils techniques… t’évites les répétitions, les lourdeurs, tu t’appliques à la concision. Les conseils techniques aux gamins, ça va par trois, après, c’est au moins un de trop.
Petit bouchon s’en va faire sa rédac dans sa chambre, à portée de voix.
Une demi-heure se passe.
« BON, J’TE LA
LIS
« Je préfèrerais que tu me l’amènes »
« NON, J’TE LA
LIS
QUAND NOUS AVONS DEMENAGE… »
« T’es obligé de me la hurler ta rédac ? »
« Quand nous avons déménagé, maman a accepté (é) qu’on adopte un chat. Un jour, (je sais, faut pas commencer les phrases par « un jour », mais là, c’était vraiment un jour). Donc, Un jour, je suis allé (é) avec mon pote Jean-Mi chez Madame Barrachin, et elle avait (ait là ?) un chat qui lui servait (ait) à rien. Alors j’ai téléphoné (é) à ma mère pour lui dire si je pouvais le prendre. Je l’appelle Abraham, parce qu’il donne toujours à sa queue la forme du sceptre d’Abraham. Comme il était (ait) enrhumé (é) quand on l’a adopté, il morve partout et c’est bien dégueulasse. Il aime quand je le caresse et il pue de la gueule (bon, je parie qu'y a un synonyme pour « pue de la gueule ») »
« CACOSTOMIQUE ».
« IL AIME QUAND JE LE CARESSE ET IL EST CACOSTOMIQUE ? »
« OUI, SI TU VEUX »
OK, ET LE « AI » DE « SI JE POUVAIS » C’EST BIEN AIS ?
« OUI. »
« C’EST BON, J’AI PLUS QUE L’ALLEMAND ET L’HISTOIRE »
« SUPER ! »
dimanche 23 septembre 2007
Feminum est
On le sait depuis belle heurette, le genre des noms de métiers est source de discorde sociale. Certains (et souvent c’est certaines) sont partisans de les féminiser systématiquement, d’autres de leur laisser leur genre originel en changeant simplement celui du déterminant qui les précède. Mais l’usage, lui, fait bien comme ça lui chante, c’est pas moi qui le dit, c’est Gilles Menage. Notez donc que si l’on dit « grammairien », on n’entend quasi-pas « grammairienne ». Alors que les infirmières courent les rues. Or, si l’on se livre à une analyse –toute superficielle, mais les analyses approfondies ont tendance à me gonfler velu, on se rendra compte que le peuple (j’entends par là vous et moi) semble obéir en la matière à une règle très subtile, quoiqu’à ma connaissance pas encore académiquement énoncée.
Comblons la lacune. Il semblerait qu’on féminise les noms des emplois subalternes pour laisser aux métiers de noblesse le masculin qui leur sied si naturellement.
On dit, une infirmière, et un chirurgien. Un juge, et une avocate. Un écrivain et une traductrice. Un préfet et sa femme.
Bien sûr, nombreuses sont les femmes de préfet à s’indigner, en tailleur Chanel, de l’ostracisme langagier dont restent victimes les gonzesses, et réclament à petits cris distingués qu’on ne dise plus qu’ « une écrivaine », une « chirurgienne », voire une « présidente ». C’est oublier qu’en France la présidente, comme la générale ou la préfète ne sont rien autre que les légitimes épouses de leurs VIP de conjoints.
Faut-il, Mesdames les récrimineuses de salon, que vous soyez bien peu sûres des qualités qui sont les vôtres, pour exiger ainsi qu’on les formate à la mesure de vos nichons. Consolez-vous en vous disant que certains noms ne seront jamais masculins. On dira toujours « une ménagère de moins de cinquante ans », n’en déplaise aux échioglosses[1] désœuvrées qui feraient mieux de remonter leurs manches et de montrer ce qu’elles savent faire, au lieu de se complaire dans leur vanité récurrente d’apprenties révolutionnaires de la lexicographie, non mais c’est vrai, soyons sérieuses.
[1] En grec langue de vipère, et en vrai plante famille des orchidées.
samedi 15 septembre 2007
One day
One day,
There’ll be
something more than the day
Something
franker that will be called Jode
Something
as translucent as rosin is
That one will
elegantly crimp in an eye
There will
be the auraille, crueler
The
volutin, more casual
The summum,
less never ending
The baouf,
still covered with snow
There will
be the chalmondre
The
ivrumini, the barhoic
And a whole
field of analognes
The hours
will be different
Not the
same, without result
No use to
decide right now
The precise
details of all this
One thing
remains certain: one day
There’ll be
something more than the day
jeudi 13 septembre 2007
L'avis des lecteurs
Il arrive, ponctuellement, que l’un ou l’autre lecteur de passage sur ces pages m’écrive un mail pour me dire ce qu’il pense de mes personnels gribouillages. Ces mails sont, toujours, une surprise. Quelquefois bonne, comme ce lecteur qui voilà une bonne année m’avait déclaré son « assuétude » (Michel pour le prochain café, j’attends un coup de fil), quelquefois moins, comme le mot de ce cuistre qui m’informait que ma polésie était bien celle qu’on pouvait attendre d’une comptable, que d’ailleurs je ne suis plus, et qui signait en outre Isidore Ducasse, rien que ça s’il vous plaît. Y’a des gens qui n’ont peur de rien. C’est que du véritable Lautréamont, j’eusse pris une gifle volontiers, mais d’un imposteur qui parie sur l’ignorance de ses semblables pour cacher son bête patronyme sous celui d’un illustre poète, pardonnez mon outrecuidance, mais je me gausse.
Vers de comptable, oui, et alors ? M’a-t-on jamais entendue me prétendre autre chose que ce que je suis, une housewife comme il en est tant, qui occupe ses heures oisives en comptant les pieds de veau du troupeau dans le champ d’en face ?
Ca m’occupe, pendant que je fais ça je suis pas au bistro, je braque pas les banques, et en plus je ne force personne à lire mes polésies. Alors l’avis d’aucuns Ducasse à la mords moi le mormon, je me le carre au cul, sans élégance, et même je réitère, parce que des polésies salaces, j’en écris autant que ça me fait plaisir, et comme ça ravit mes copines, aussi housewives et comptables que moi, je vois pas pourquoi je devrais me retiendre.
Rassurez vous, Monsieur, je
crois qu’il ne m’en reste guère en stock, et j’avions point le temps d’en
pondre d’autres, c’est que compter les pieds, ça prend du temps.
Aux autres, qui poussent l'indulgence jusqu'au sourire, je décline aujourd'hui
une révérence, et mille merci.
mardi 11 septembre 2007
Comment qu'on cause
D’aucuns lecteurs, pourtant visiblement doués d’entendement, m’ont fait récemment remarquer que certains termes qu’ils lisent sous ma plume ne figurent pas au dictionnaire, et que par conséquent, puisqu’ils n’existent pas, je devrais m’abstenir d’en user.
Ha ! (et c’est là un « ha » de gausserie).
Savez-vous bien, bande d’emplâtres, que les mots du dictionnaire, surtout du Larousse, ça va ça vient, et qu’un mot absent là peut se trouver ailleurs, voire même ailleurs que dans l’un ou l’autre plus ou moins recommandable ouvrage académique. Il est même des mots qui ne se trouvent plus que dans la quasi sénescente mémoire de quelques vieux, dont je commence à être, et cette parcimonieuse présence, loin de leur ôter toute légitimité, renforce encore leur droit à la résistance, encore et toujours, à l’envahisseur coupeur de termes qui dépassent.
Mais foin d’ecbases. Tiens, çui-là par exemple, que l’imbécile correcteur word souligne d’un tortillon pour le désigner à l’arbitraire jugement du dictionnaire qui décide seul de ça qu’est bon ou pas… il reste cher au cœur de quelques universitaires qui le préfèrent au populaire et facile digression. Devrions-nous, par ostracisme, et pour nous ranger à l’avis de l’immense majorité de ceux qui disent « tu rigoles, une seule réponse sur le web ! » le laisser choir dans le plus triste oubli ?
Que nenni et fi donc. Préférons, par souci de singularisme, l’ecbase à la digression, le compendieux au succinct, la batrasse à l’averse, l’eccoprotique au laxatif, et purgeons notre langue des crispations de culs-serrés qui la veulent formatée autant qu’un petit beurre, et si je veux dire torcidage pour entorse, c’est moi que ça regarde, non mais.
Les mots ne doivent pas, ne peuvent pas, être otages des académies, ni des lexicographes, ni même des corporations qui ont récemment pris l’imbécile réflexe d’ester en justice pour faire supprimer des listes de néologismes ceux qu’ils trouvent nuisibles à leur image publique. C’est ainsi qu’on a vu les agriculteurs grand-bretons s’insurger de voir aux pages des dictionnaires anglais « couch potato » pour adolescent – c’est vrai que l’image de l’Ernest outre Manche en prend un coup dans l’aile, ou d’aucuns syndicats de la police française protester contre le tout nouveau rebeu au Petit Robert 2008, à cause de l’exemple qui illustre le terme : "T'es un pauvre petit rebeu qu'un connard de flic fait chier, c'est ça."
Devant le refus de Robert d’obtempérer à l’injonction, la police appelle au boycott (il est permis çui-là, depuis Napoléon) du dictionnaire. Mais ça, sans rire, c’est pas nouveau.
lundi 10 septembre 2007
Journée du Patrimoine
Ce matin, en allant au marché quérir mes poireaux chez
Robert (il faudra que je vous parle de ce gaillard là), je me suis arrêtée pour
deviser un tantinet avec Sœur Michèle. Elle sortait de l’église, une grande
pancarte dans les mains, « Maison et Chapelle de la Galerie la Providence
Ben oui, journée du patrimoine oblige, sœur Michèle
est débordée. C’est ouvert toute l’année, il suffit d’aller sonner à la porte,
et hop sœur Michèle vous fait visiter, vous raconte l’histoire des lieux, vous
questionne… mais non, les visiteurs se pointent tous aujourd’hui pour
s’entasser dans la galerie, ne voient rien de rien, prennent un cours magistral
récité d’une voix aigre par des grenouilles de bénitier qui se portent
volontaires pour l’occasion, et se perdent dans leurs explications si l’on
soupire sur leur virgule, tant le sujet leur est étranger.
Sœur Michèle les a « briefées » hier. Elle m’a confié qu’elle leur avait fait réviser le sujet. C’est qu’avant d’être nonne, elle était prof d’histoire.
Je l’ai rencontrée pour la première fois le jour où lassée de comptabiliser des choses chez moi, j’avais décidé d’aller enfin visiter le couvent.
J’étais allée sonner, tout bonnement, à la porte du surréalisme. J’avais expliqué que j’étais la voisine, que j’aurais bien voulu faire le tour, vu que cette chapelle donne à toute la rue une atmosphère très particulière.
« Vous vous sentez attirée par notre ordre ? » m’avait-elle demandé. J’avais expliqué que non, pas vraiment. Qu’en plus j’avais un chéri et trois gosses… Je cherchais une excuse plausible.
« Quand vous serez veuve, peut être, comme notre sainte fondatrice » m’avait elle répondu.
J’avoue qu’elle m’avait chatouillé le zygomatique, et je l’avais suivie dans la chapelle qu’elle avait ouverte pour moi. Elle m’avait raconté François de Sales, m’avait montré tous les détails, confié son peu de goût pour les reliques, expliqué les sœurs converses, elle avait sorti pour moi de vieux livres… Sœur Michelle a de bonnes joues rondes, et les yeux qui brillent derrière ses lunettes.
Et de l’humour à revendre. C’est ça qui fait la différence entre une
nonne et une grenouille de bénitier. Bref, quand j’avais repris contact avec le
bitume quatre heures plus tard, nous étions devenues plus que de simples
voisines. Aujourd’hui, à chaque visite, toutes les heures, elle me fait coucou
de sa fenêtre, et tout à l’heure, elle a fait mine de se raser le menton,
histoire de me faire comprendre qu’elle a hâte que ça se termine. Elle n’est
plus toute jeune, la pauvre. Mais elle a beau dire, aujourd’hui, elle a mis un
joli twin set blanc cassé, et j’ai bien vu qu’au lieu d’être en chaussons, elle
a mis des souliers. Avec ses pieds tout gonflés, ce n’est pas très raisonnable.
Elle a beau dire, ça lui fait plaisir, cette affluence.

Photo 1 : soeur Michèle, vendredi, expliquait à deux touristes canadiens
qu'elle ne faisait pas de visites à la veille des journées du patrimoine.
Photo 2 : une partie de la file d'attente, cet après midi, sous la flotte.
vendredi 7 septembre 2007
A M'sieur Houzeau
Mes préférences à moi, Monsieur,
Vont à Molière,
Aussi pardonnez-moi si je l’ai massacré
C’est que c’était trop drôle, aussi, que d’essayer
D’angliciser ces vers, de les faire obéir
Aux grand-mères d’ailleurs, aux vioques d’autrefois
Qui me font – honte à moi,
Aujourd’hui encore rire.
Femmes
savantes donc, Messire d’Hondeghem…
PHILAMINTE
She has, unequalled insolence
After thirty lessons, insulted to my ear
By wildly misusing a simple basic term,
Though Vaugelas condemns.
CHRYSALE
Is that all ?
PHILAMINTE
What ? she keeps, although we disapprove
Hurting the mere structure of my beloved science,
Grammar, that can rule even kings,
That makes them bend their heads to its authority ?
CHRYSALE
I thought she was convicted of a crime.
PHILAMINTE
What ? And wouldn’t that be one ?
CHRYSALE
It is, undoubtedly.
PHILAMINTE
Would you be providing with some kind of excuse ?
CHRYSALE
I won’t.
BÉLISE
Good, it’s a pity, truly :
She wrecks the constructions
Though she’s been hundred times
Explained how it should be.
MARTINE
All the things you’re preaching is I think all the truth
But I wouldn’t manage to use of your jargon.
PHILAMINTE
The bitch, call jargon the language
All based on the reason, and beautiful usage !
MARTINE
Once one is understood, that’s he is speaking good
And your whole locutions is in no way yelping.
PHILAMINTE
Ho Lord, one of her own again !
Is in no way yelping !
BÉLISE
Ô you, unbending brain
Will you never ever, in spite of our pain
Learn the congruent words ?
Is in no way helping...
Stop going to the dogs !
MARTINE
Ho Lord, I’ve not studied, you has,
And I’m talking all straight, the way all people do.
PHILAMINTE
How can one bear ?
BÉLISE
Awful solecism !
PHILAMINTE
That's to kill a sensitive ear !
BÉLISE
Your spirit is really of a strange material
You, crappy head, is calling for a have,
will you spend your all life slaughtering the grammar ?
MARTINE
Hey, who wants to slaughter gran-ma or gran-father ?
PHILAMINTE
Ô Lord !
BÉLISE
Grammar, you weaky head
I’ve already told you where the word’s coming from.
MARTINE
All the way
Come it from where it wants
Even a one-horse town
I do not care about.
BÉLISE
What a villager soul !
Grammar tells us the laws that are ruling
The verbs and the nominatives
As well as adjectives, and even substantives.
MARTINE
Let me tell you Madam,
I don’t know those people.
PHILAMINTE
What a martyr !
BÉLISE
They are the names of words, and it is to be checked
The way they have to match.
MARTINE
Match or snatch, do I care ?
(Hé, sérieux, je m'avions bien marrée)
lundi 3 septembre 2007
Astellabe
Stella, c’est trois pommes
empilées, menue, menue…avec de grands yeux noirs qui brillent. Elle a fait
raccourcir ses oreilles d’Elfe. Dommage. C’était s’amputer d’une grâce.
Stella, quand elle dort pas, et elle se couche très tard, c’est qu’elle sourit.
Ou qu’elle rit franchement d’un air subtil du temps qu’il pourrait faire, si
les choses étaient pas ce qu’elles sont.
Mais comme elle sait aussi faire la part du vrai, elle prend ses précautions.
Elle joue sérieusement, souffle à sa fantaisie sur les dandy lions, chantonne
et parpalège et s’en va se coucher.
C’est à ce moment là, quand elle quitte ses amis, qu’elle leur fait de
très-compliqués au-revoir, avec des magies dans les mains, des caresses
cabalistiques.