Melting Pot et vin blanc doux

Parce qu'on peut pas compter que sur la Providence.

samedi 11 août 2007

Bref ?

Elle avait une tête de bref, et c’était pourtant une furieuse adepte du certes. Presque trop pour être honnête. Il m’arrivait de me tromper, bien sûr, quand je classais les gens en bref et certes à la première rencontre, mais cette fois là, j’étais pourtant sûre de ne pas me tromper. Elle n’était pas une certes, alors quel jeu jouait-elle ?

Je déteste ces énigmes apparemment inoffensives et qui finissent par avoir votre peau à coups d’interrogations insidieuses et de préférence nocturnes.

Je récapitulai en silence et en marchant. D’abord, il y avait ces invraisemblables couettes qu’elle portait en touffe sur des épaules de chat trop maigre et qui saillaient sous la fourrure de ses pulls détendus. Ensuite, il y avait ses yeux toujours brillants de malice et de larmes retenues. Trop sensible pour une certes. Définitivement.

Alors ?

Alors elle m’avait montré ses photos.

Des photos avec des cadres aux lignes incisives qui cachaient ce qu’elle voulait taire. Pour mieux mettre en exergue ses purifications.

Elle me montrait ses photos de vacances, et je voyais de magnifiques portraits de

la Passion

du Christ. Cela aurait dû plaider pour le certes. Le Christ du moins, pas la passion.

Là où d’autres auraient cadré un bête soleil couchant, deux bras haut crucifiés déchiraient aux épaules l’agonie d’une étoile qui me brûlait les yeux, et, effleurant l’eau noire, un chemin de lumière me montrait le passage vers… les heures dernières ?

Comment décrire cela sans tomber dans une poésie glauque. Il y faudrait un géomètre mystique. Les mots me trahissent toujours quand je parle du beau. Et Dieu que ces photos étaient belles.

Du dernier au premier plan, pourtant, tout était une photo de certes.

Presque jusqu’au premier plan. Pour cadrer sa photo, elle avait dû marcher vers l’Est jusqu’à broyer impitoyablement contre une digue tout espoir de suivre la lumière. Bref, le mur était là, par sa seule volonté, et n’avait d’autre but que de barrer le passage, de séparer l’affamée du festin, le désir de la satiété.

J’étais perdue, d’un coup d’œil, elle transformait une chaise de paille esseulée en allégorie du confort des maigres culs des campagnards, n’était sûre de rien et surtout pas d’elle même, et persistait à ponctuer ses doutes de certes.

J’avais gardé la photo du soleil. Je la regardais souvent et me persuadais que je finirais par trouver la clé.

Je commençai à rêver de Martine. Martine à la mer, Martine à la montagne, évidemment, c’était un peu facile, mais je finirais bien par tomber sur le bon rêve. La réponse devait être dans la photo. Je l’accrochai au-dessus de mon bureau pour m’en imprégner plus complètement.

Du cadre noir luisant, de fugitives ombres noires s’échappèrent un soir où j’avais trop fumé.

Elles se tordaient en douleurs convulsives dans le rai de lumière avant de rejoindre la nuit. Et je sus.

Mais je ne dirai rien.

Posté par Marie Fox à 19:52 - Bidouilles et amusements - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

piedmarie3

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